La saison 2 d’Acharnés sur Netflix perd de son mordant malgré un casting impressionnant

Dans le calme trompeur de Montecito, une vidéo volée transforme le malaise d'un couple en une guerre ouverte où chaque secret devient une arme de destruction sociale massive.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
9 Minutes de lecture
© Photo : Netflix

Disponible sur Netflix depuis le 16 avril 2026, la saison 2 d’Acharnés renouvelle son casting de fond en comble. Lee Sung Jin est de retour aux commandes, mais le contexte a changé. Finis les tête-à-tête entre un entrepreneur en difficulté et une femme d’affaires bien installée. Place à deux couples que tout sépare – génération, statut, ambition – et qui vont se retrouver liés par un secret filmé sur un smartphone. La promesse reste intacte. L’exécution, elle, est plus inégale.

La saison 2 d'Acharnés sur Netflix perd de son mordant malgré un casting impressionnant
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Une intrigue relancée par un simple enregistrement vidéo

Tout commence par une scène de ménage. Josh (Oscar Isaac), directeur général d’un country club huppé de Montecito, en Californie, et sa femme, Lindsay (Carey Mulligan), décoratrice d’intérieur, se livrent à une dispute d’une violence rare : verre brisé, accusations tranchantes, club de golf brandi. Mauvaise surprise : deux employés du club, Ashley (Cailee Spaeny) et Austin (Charles Melton), sont témoins de la scène. Réflexe immédiat : ils filment.

C’est le point de départ. Un simple enregistrement qui, entre les mains de deux jeunes mal payés et sans couverture médicale, devient un levier de chantage. Lee Sung Jin connaît bien ce procédé : il consiste à amplifier une friction banale jusqu’à ce qu’elle révèle tout ce que les personnages tentaient de cacher. La mécanique est rodée. Ce qui change, c’est l’échelle. Quatre protagonistes au lieu de deux. Des sous-intrigues internationales. Un country club comme microcosme du capitalisme américain.

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Un couple en apparence solide mais déjà fissuré

Josh et Lindsay sont un couple millennial qui a tout misé sur les apparences. Derrière la façade se cachent une réalité bien moins reluisante : dettes accumulées, mariage au point mort et contrat professionnel de Josh qui expire sans perspective claire. Carey Mulligan interprète Lindsay avec une fatigue sourde, celle d’une femme qui a renoncé à ses propres projets sans jamais vraiment l’avouer. Elle porte ses frustrations à fleur de peau sans jamais les exprimer. Le travail est précis et sobre.

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Oscar Isaac, lui, joue sur un registre différent. Josh est un homme en retrait dont le ressentiment envers une clientèle arrogante et fortunée couve en silence. Quand il explose, c’est de manière physique et totale. Le corps et la voix tendus, Isaac laisse sortir quelque chose de brut que ses personnages habituels ne laissent que rarement transparaître. « Les couples se disputent. C’est normal », lâche Lindsay à Josh dans le premier épisode, juste après qu’ils réalisent qu’Austin et Ashley ont tout vu. Aucun des deux ne croit vraiment ce qu’elle dit.

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Deux visions du couple qui s’opposent frontalement

Ashley et Austin forment l’autre pôle de la série. Fiancés et précaires, ils sont convaincus qu’il suffit de saisir les bonnes occasions pour changer de vie. Lee Sung Jin les décrit avec une ironie douce-amère : leur maîtrise des outils numériques contraste avec leur méconnaissance sidérante des conséquences réelles de leurs actes. Cailee Spaeny et Charles Melton incarnent ce décalage avec un naturel désarmant, enchaînant les scènes comiques et les moments où les failles de leur relation commencent à s’agrandir.

Car, sous la comédie des quiproquos, la série pose une question plus sérieuse : les jeunes générations sont-elles vraiment mieux armées que leurs aînés pour affronter les contradictions du couple ? La réponse est non. Les formes changent, mais le fond reste le même. Mais le fond, lui, résiste.

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Des figures secondaires qui élargissent le terrain de jeu

La présence de Youn Yuh-jung dans le rôle de la présidente Park, propriétaire du country club et milliardaire au sourire tranchant, ajoute une couche supplémentaire au dispositif. Oscarisée pour Minari, l’actrice coréenne interprète ici un personnage dont la brutalité feutrée propulse la seconde moitié de la saison. Song Kang-ho, révélé dans Parasite, incarne le Dr Kim, mari de la présidente, nettement plus jeune qu’elle, et auteur d’un moment de grâce dans un épisode tardif que l’on ne voudrait pas gâcher.

Ces deux présences constituent l’un des atouts majeurs de la saison. Elles élargissent le propos au-delà du conflit entre les deux couples et confèrent à la série une ampleur qu’elle peine parfois à atteindre.

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Une critique sociale omniprésente mais trop appuyée

La critique du capitalisme est omniprésente dans la saison 2 d’Acharnés. Le country club, ses clients sûrs de leur bon droit, la précarité du personnel qui les sert : tout cela est mis en scène avec une insistance qui finit par peser. La série veut rappeler à chaque scène que l’argent corrompt, que les riches écrasent et que le système broie. Ce n’est pas faux. Mais cette répétition finit par sembler mécanique.

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Or, le paysage audiovisuel récent regorge de fictions sur le même sujet. The White Lotus, Sans filtre, Anatomie d’un divorce : les séries et films sur la toxicité des élites fortunées et le malaise des couples en milieu de vie se multiplient. La saison 2 d’Acharnés se retrouve dans un champ encombré et peine à trouver le point de vue original qui lui permettrait de se distinguer.

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© Photo : Netflix

Une réception critique plus divisée que la saison 1

La saison 1 avait affiché un score de 98 % sur Rotten Tomatoes, l’un des plus élevés jamais enregistrés pour une série en streaming, et avait remporté 8 Emmy Awards en 2024, dont celui de la meilleure série limitée, ainsi que des récompenses pour Steven Yeun et Ali Wong. La saison 2, à sa sortie, plafonne à 83 %.

Un score positif, mais sans éclat. The Guardian lui a accordé trois étoiles, la qualifiant d’imitation peu convaincante de The White Lotus. Variety a critiqué une saison « surchargée et confuse ». À l’inverse, IGN lui a décerné un 10/10. Les écarts sont significatifs. Ils traduisent une série qui ne laisse pas indifférent, mais qui ne fait plus l’unanimité.

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Une série qui conserve son intensité malgré ses failles

Malgré ses faiblesses, la saison 2 d’Acharnés reste une série captivante. Ses acteurs s’investissent pleinement dans un matériau exigeant. La construction parallèle des deux couples fonctionne par moments, notamment quand les fissures du couple Ashley-Austin commencent à refléter celles de Josh-Lindsay. La série aborde avec justesse la manière dont les gens se construisent des récits rassurants pour éviter de se regarder en face, jusqu’au moment où cela devient intenable.

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« La saison 2 d’Acharnés s’annonce comme un face-à-face entre deux couples à des étapes différentes de leur vie : Ashley et Austin, deux jeunes ambitieux qui tentent de se faire une place, et Lindsay et Josh, un couple de la génération Y marié qui s’efforce d’empêcher ce qu’ils ont déjà construit de s’effondrer complètement », résume un critique américain. La formule est juste. Reste que la saison 1 avait su aller plus loin dans l’analyse. Ici, la chair est bonne. L’os, lui, est moins facile à atteindre.

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