Jude Bellingham entre dans l’histoire des tournois majeurs masculins à l’âge de 22 ans

Chaque grand tournoi semble accélérer son histoire. À 22 ans, Jude Bellingham avance déjà au rythme des légendes.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
9 Minutes de lecture
© Photo : Depositphotos

Il n’avait pas encore 23 ans. Et pourtant, Jude Bellingham vient d’inscrire son nom là où personne en Europe n’était jamais parvenu. Mardi soir, lors du match d’ouverture de l’Angleterre contre la Croatie au Mondial 2026, le milieu de terrain des Three Lions est devenu le plus jeune joueur européen à avoir disputé quatre tournois majeurs masculins différents. Un record. Pur. Absolu. Absolu.

Il avait 22 ans et 353 jours lorsque Thomas Tuchel l’a aligné dans le onze de départ face à la Croatie. Quelques secondes après le coup d’envoi, le compteur s’est mis en marche. Et une fois de plus, l’histoire a choisi Bellingham.

Les plus jeunes Européens

à avoir disputé 4 grands tournois masculins

#JoueurNationalitéÂge
1Jude Bellingham🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 Angleterre22 ans 353 j.
2Jamal Musiala🇩🇪 Allemagne23 ans 108 j.
3Pedri🇪🇸 Espagne23 ans 202 j.
4Jeremy Doku🇧🇪 Belgique24 ans 019 j.
5Michael Owen🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 Angleterre24 ans 182 j.

Jude Bellingham s’installe au sommet de la précocité européenne

Pour comprendre l’ampleur de cette performance, il faut regarder les chiffres en face. Avec cette apparition contre la Croatie, Bellingham compte désormais 16 sélections en tournois majeurs avec l’Angleterre, devançant ainsi des légendes telles que Frank Lampard, Tony Adams ou Bryan Robson. Des joueurs qui ont marqué le football anglais pendant des décennies. Des références que l’on croyait intouchables.

Il détient désormais le record du plus grand nombre d’apparitions dans des tournois majeurs pour un joueur européen avant l’âge de 23 ans, devant son coéquipier Bukayo Saka, mais aussi devant Josko Gvardiol (14 sélections), Pedri (14 sélections), Cristiano Ronaldo (12 sélections) ou encore Michael Owen (12 sélections). Autant de monstres sacrés que le jeune Anglais laisse derrière lui avec une déconcertante facilité.

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Le précédent record avait pourtant été battu seulement quatre jours plus tôt par l’Allemand Jamal Musiala, lors de la victoire 7-1 contre Curaçao, à l’âge de 23 ans et 108 jours. Bellingham l’a effacée avec des semaines d’avance. Une génération entière semble se bousculer au portillon : Pedri (23 ans et 202 jours) et le Belge Jérémy Doku (24 ans et 19 jours) ont eux aussi atteint leur quatrième tournoi majeur lors de cette Coupe du monde 2026. Mais c’est bien l’Anglais qui trône au sommet de ce classement générationnel.

Apparitions en grande compétition — avant 23 ans
RangJoueurNationalitéApparitions
1Jude Bellingham N°1🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 Angleterre16
2Bukayo Saka🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 Angleterre15
=3Josko Gvardiol🇭🇷 Croatie14
=3Pedri🇪🇸 Espagne14
5Cristiano Ronaldo🇵🇹 Portugal12

Une ascension bâtie au rythme des grands rendez-vous

La question n’est plus de savoir si Bellingham est un grand joueur. La question est de comprendre à quelle vitesse il est en train de construire quelque chose d’unique dans le football européen.

Tout a commencé en novembre 2020. À 17 ans et 136 jours, il fait ses débuts en sélection lors d’un match amical contre la République d’Irlande à Wembley, devenant ainsi le troisième plus jeune joueur à porter le maillot de l’Angleterre, derrière Theo Walcott et Wayne Rooney. Cinq ans et demi plus tard, il compte seize apparitions en tournois majeurs. Le temps s’est accéléré pour lui comme pour personne d’autre.

Ce qui frappe chez Jude Bellingham, c’est sa capacité à peser sur les rencontres qui comptent. Pas celles du milieu de tableau. Les vraies. Celles dont on se souvient. À l’Euro 2024, c’est son coup de tête acrobatique inscrit à la 95e minute qui a évité l’élimination de l’Angleterre face à la Slovaquie, renvoyant le match en prolongations, avant qu’Harry Kane ne le remporte d’un coup de tête décisif. Un geste de haute voltige, dans le temps additionnel, alors que tout semblait perdu.

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Ce genre de moment ne se programme pas. Il révèle simplement ce qu’un joueur a dans le ventre.

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Un profil qui casse les catégories

Ce qui rend Bellingham difficile à classer, c’est son refus d’être cantonné à un seul rôle. Lors de l’Euro 2024, il a occupé plusieurs positions au fil des rencontres : milieu offensif, couloir gauche, milieu axial et côté droit. Il a passé 39 % de son temps de jeu en tant que meneur de jeu offensif, 38 % sur le flanc gauche, 20 % en tant que milieu défensif et 3 % sur le côté droit de l’attaque. Une palette rare pour un joueur de son âge.

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C’est précisément ce profil que Thomas Tuchel cherche à exploiter lors de la Coupe du monde 2026. Capable de récupérer un ballon au milieu de terrain, de le porter sur trente mètres, de créer un décalage ou de conclure lui-même, Bellingham est le couteau suisse de l’équipe d’Angleterre. Une nécessité. Une nécessité.

Face à la Croatie, il a d’ailleurs trouvé le chemin des filets en seconde période, contribuant à la victoire 4-2 de l’Angleterre, dans un match où Kane a signé un doublé et où Rashford a alourdi la marque en fin de rencontre. Un succès au goût de confirmation pour les Three Lions, engagés dans cette Coupe du monde en favoris discrets, mais assumés.

Quand les attentes deviennent un moteur

Certains joueurs se recroquevillent sous le poids de l’attente. Et il y a les autres. Bellingham, lui, semble s’en nourrir. À chaque tournoi, la pression monte d’un cran. À chaque grande compétition, les attentes sont plus lourdes. Il n’a jamais reculé.

Au fil des tournois qu’il a disputés avec l’Angleterre, il a inscrit trois buts et délivré deux passes décisives. Des chiffres sobres pour un joueur de sa stature, mais qui masquent une réalité plus complexe : son apport au jeu va bien au-delà des statistiques. Il organise, il accélère, il déstabilise. Et parfois, il sort un geste qui change tout.

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Il aborde ce Mondial 2026 à un âge où d’autres joueurs commencent tout juste à percer en équipe nationale. Pour lui, ce sera la quatrième participation. Avec seize apparitions à son actif. Un palmarès de routard dans un corps de gamin.

Ce n’est plus une promesse. C’est une réalité qui s’écrit tournoi après tournoi dans les grandes compétitions du monde entier.

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