La connaissance de l’Holocauste par Pie XII : Un silence qui en dit long

Par
Olivier Delavande
Fils d’un pĂšre français et d’une mĂšre vietnamienne, Olivier Delavande a baignĂ© dans une double culture qui a façonnĂ© sa curiositĂ© et son ouverture d’esprit dĂšs...
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© Photo : Science History Images / Alamy

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la rĂ©action du Vatican Ă  l’Holocauste a fait l’objet de controverses et de dĂ©bats parmi les historiens et les chercheurs. Une lettre rĂ©cemment exhumĂ©e des archives privĂ©es du pape Pie XII jette un nouvel Ă©clairage sur la connaissance qu’avait le pape de l’Holocauste pendant les jours les plus sombres du rĂ©gime nazi. Cette dĂ©couverte relance le dĂ©bat sur le rĂŽle du Vatican et de Pie XII pendant cette sombre pĂ©riode de l’histoire de l’humanitĂ©.

La lettre, trouvĂ©e par l’archiviste du Vatican Giovanni Coco et Ă©voquĂ©e dans un entretien avec Massimo Franco, a Ă©tĂ© envoyĂ©e par le jĂ©suite allemand antinazi Lothar König au secrĂ©taire privĂ© du pape, Robert Leiber. Elle mentionne le four crĂ©matoire SS du camp de BeƂzec, en Pologne occupĂ©e par les Allemands, et fait Ă©galement rĂ©fĂ©rence Ă  Auschwitz, bien qu’un autre rapport mentionnĂ© dans la lettre n’ait pas Ă©tĂ© retrouvĂ©. Cette correspondance est une preuve cruciale du flux d’informations sur les crimes nazis parvenant au Saint-SiĂšge pendant le gĂ©nocide.

Auparavant, le Vatican avait pu considĂ©rer les camps comme de simples camps de concentration. Cependant, les informations fournies par König allaient au-delĂ , puisque la lettre dĂ©crit le “haut-fourneau” de BeƂzec, prĂšs de Rava Rus’ka, oĂč “jusqu’à 6 000 hommes, principalement des Polonais et des Juifs, meurent chaque jour.” La machine de mort est dĂ©crite dans toute son indicible horreur.

Le silence de Pie XII face aux crimes de masse perpĂ©trĂ©s par le TroisiĂšme Reich a fait l’objet de vives discussions entre les dĂ©tracteurs et les dĂ©fenseurs du pape Eugenio Pacelli. Son procĂšs en bĂ©atification, entamĂ© en 1967, a Ă©tĂ© trĂšs controversĂ© au sein mĂȘme de l’Église catholique.

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Le 2 mars 2020, des archives attendues depuis longtemps ont Ă©tĂ© ouvertes et tous les documents relatifs au pontificat de Pie XII, de 1939 Ă  1958, ont Ă©tĂ© rendus accessibles. L’accessibilitĂ© de ce vaste matĂ©riel a permis aux chercheurs d’intensifier leur travail pour clarifier le comportement du pape.

La connaissance de l'Holocauste par Pie XII : Un silence qui en dit long
© Photo: Smith Archive / Alamy

La recherche de Coco, incluse dans le volume “Le ‘Carte’ di Pio XII oltre il mito”, est une Ă©tape cruciale dans la reconstruction historiographique en cours. Une confĂ©rence internationale organisĂ©e Ă  l’UniversitĂ© pontificale grĂ©gorienne de Rome du 9 au 11 octobre sera l’occasion de comparer diffĂ©rentes perspectives sur les nouveaux documents du pontificat de Pie XII et leur signification pour les relations judĂ©o-chrĂ©tiennes.

Il est indĂ©niable qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors que le Vatican recevait des informations de plus en plus nombreuses et dĂ©taillĂ©es sur les atrocitĂ©s nazies, Pie XII a choisi de garder le silence ou, tout au plus, d’exprimer sa tristesse en termes gĂ©nĂ©raux. Un exemple notable est un bref passage du discours de NoĂ«l du pape Pacelli, le 24 dĂ©cembre 1942, dans lequel il fait rĂ©fĂ©rence Ă  “des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalitĂ© ou de leur race, sont destinĂ©es Ă  la mort ou Ă  une dĂ©tĂ©rioration progressive”.

On peut mĂȘme Ă©mettre l’hypothĂšse que le pape a tenu ces propos Ă  la suite des rĂ©vĂ©lations que venait de faire König sur les camps nazis. Cependant, une condamnation explicite du TroisiĂšme Reich et de son rĂ©gime n’a jamais Ă©tĂ© Ă©mise par le Saint-SiĂšge, et Pie XII n’a jamais clairement identifiĂ© les Juifs comme victimes de l’extermination en cours. Son prĂ©dĂ©cesseur, Achille Ratti, Pie XI, avait Ă©tĂ© beaucoup plus ferme dans l’expression de son hostilitĂ© Ă  l’égard de l’idĂ©ologie raciste et nĂ©o-paĂŻenne du rĂ©gime hitlĂ©rien.

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Peut-ĂȘtre le pape craignait-il qu’une prise de position claire n’aggrave la situation et ne rende plus difficile l’aide de l’Église aux persĂ©cutĂ©s pendant ces jours sombres. La situation s’est compliquĂ©e aprĂšs l’occupation de Rome par les Allemands en septembre 1943. Plusieurs explications peuvent ĂȘtre trouvĂ©es Ă  la prudence du Vatican : certes, la diplomatie du Saint-SiĂšge Ă©tait soucieuse de maintenir son “impartialitĂ©â€ Ă  l’égard des belligĂ©rants. Le lourd hĂ©ritage de l’aversion millĂ©naire des chrĂ©tiens Ă  l’égard des Juifs a peut-ĂȘtre aussi jouĂ© un rĂŽle.

Cependant, avec les Ă©lĂ©ments supplĂ©mentaires fournis par Coco dans l’interview de Franco, il devient impossible de soutenir que Pie XII n’était pas suffisamment informĂ© du traitement inhumain que les nazis rĂ©servaient Ă  leurs victimes. Ce ne sont pas seulement des sources polonaises ou liĂ©es au camp luttant contre l’Allemagne, mais mĂȘme un jĂ©suite allemand qui a fourni au Vatican des preuves solides pour comprendre l’horreur qui se dĂ©roulait au cƓur de l’Europe.

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