Coupe du monde 2026 : le Mexique dompte la Corée du Sud et trace sa route vers les seizièmes de finale

Guadalajara assiste à une soirée de records et de soulagement. Pourtant, le sentiment dominant n'est pas l'euphorie, mais l'attente d'une version plus ambitieuse du Mexique.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
12 Minutes de lecture
© Photo : FIFA

Le Mexique a fait le travail. Jeudi soir, à Guadalajara, El Tri s’est imposé face à la Corée du Sud (1-0) grâce à un but de Luis Romo à la 50e minute. Le Mexique devient ainsi la première nation qualifiée pour les seizièmes de finale de cette Coupe du monde 2026. Un succès laborieux dans un match sans grand éclat, mais suffisant pour que le Mexique prenne la tête du groupe A.

L’enjeu était limpide avant même le coup d’envoi. Après le match nul entre l’Afrique du Sud et la République tchèque (1-1) plus tôt dans la journée, le vainqueur de cette rencontre entre le Mexique et la Corée du Sud pouvait valider son billet pour le tour suivant. Autrement dit, une victoire et l’affaire était pliée.

Mexique et Corée du Sud neutralisés dans un premier acte stérile

Les 50 000 spectateurs de l’Estadio Akron étaient avides de spectacle. Ils n’en ont guère eu. Pendant quarante-cinq minutes, les deux équipes se sont observées et ont procédé à des reconnaissances tactiques, sans jamais se menacer sérieusement. La seule véritable action de la première période ? Un sauvetage spectaculaire d’Edson Álvarez sur un lob de Son Heung-min à la 15e minute, mais le drapeau du juge de touche est levé : hors-jeu. Julián Quiñones a bien envoyé une tête vers le but coréen à la 20e minute, mais Kim Seung-gyu a facilement capté le ballon. Et c’est à peu près tout.

Le Mexique avançait sans conviction, tournait en rond et peinait à trouver les espaces. Les sifflets ont retenti à la mi-temps. Ce n’était pas la première fois. Une semaine plus tôt, contre l’Afrique du Sud, la même bronca avait accueilli le retour aux vestiaires des joueurs de Javier Aguirre. Le public mexicain veut certes gagner, mais il veut aussi voir du jeu.

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STATISTIQUES DU MATCH

TEMPS RÉGLEMENTAIRE

🇲🇽
1 – 0
🇰🇷
8
TIRS
9
42,4 %
POSSESSION
57,6 %
4
TIRS CADRÉS
2
0
CARTONS JAUNES
2
0
CARTONS ROUGES
0

La faute de Kim Seung-gyu offre l’ouverture à El Tri

Le scénario a basculé à la suite d’une grossière erreur du gardien coréen. À la 50e minute, Kim Seung-gyu est sorti de sa surface pour capter un ballon aérien sans danger. Gêné par son propre défenseur, Lee Gi-hyuk, au moment de la prise de balle, il a relâché le ballon. Luis Romo était là. Il n’avait plus qu’à pousser le ballon au fond des filets.

Luis Romo signe une soirée historique à Guadalajara

Âgé de 31 ans, Romo jouait là son tout premier match de Coupe du monde. Il évolue au sein du club local de Guadalajara, les Chivas, et a donc inscrit son premier but mondial sur sa propre pelouse. Détail savoureux : il est devenu le deuxième joueur mexicain le plus âgé à marquer lors de ses débuts en Coupe du monde, derrière Ricardo Peláez, qui avait également inscrit un but contre la Corée du Sud en 1998.

L’histoire de Romo dépasse le cadre sportif. Après son passage au centre de formation de Cruz Azul, le club l’avait libéré. Pour survivre, il avait travaillé comme pêcheur d’huîtres. Il a reconstruit sa carrière brique par brique, jusqu’à ce soir de juin 2026, où il a marqué son premier but en Coupe du monde, sous les yeux de ses supporters.

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Javier Aguirre privilégie l’équilibre au détriment du spectacle

Javier Aguirre a assumé ses choix. Pour ce match décisif contre la Corée du Sud, le sélectionneur mexicain avait aligné une équipe de travailleurs et d’abatteurs, laissant sur le banc des profils plus offensifs, comme le jeune Gilberto Mora (17 ans) ou l’Espagnol Álvaro Fidalgo (Betis). L’objectif était de couper les circuits adverses et d’étouffer Lee Kang-in et Hwang In-beom, les deux cerveaux du milieu de terrain coréen.

Le plan a fonctionné défensivement. Offensivement, c’était une autre histoire. El Tri n’a produit que 0,48 xG (expected goals) sur l’ensemble de la rencontre. Autant dire que la performance collective a laissé à désirer.

Après le coup de sifflet final, Aguirre a reconnu les difficultés de la soirée : « C’était difficile. Nous les connaissons très bien. Ils nous ont mis sous forte pression. Ils ne nous ont laissé aucun espace, et nous non plus. Au final, on avait le sentiment qu’une seule erreur pouvait faire la différence, dans un sens comme dans l’autre. Ce n’était pas un grand match et l’adversaire ne nous a pas laissé faire grand-chose. »

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La réaction tardive de la Corée du Sud ne suffit pas

La Corée du Sud a longtemps semblé résignée. Elle a monopolisé le ballon (58 % de possession) sans jamais vraiment inquiéter Raúl Rangel. Son Heung-min, sorti du terrain à la 56e minute, n’a laissé aucune trace dans cette rencontre. Lee Kang-in, lui, a passé la soirée à circuler sans but précis.

Le premier tir cadré de l’équipe coréenne n’est intervenu qu’à la 88e minute. La 88e. Sur l’ensemble du match. C’est dire à quel point Hong Myung-bo et ses joueurs ont peiné à exister offensivement.

Mais à la 87e minute, les Sud-Coréens ont failli égaliser. Sur un centre tendu côté gauche, Cho Gue-sung a plongé de la tête, puissamment, vers le bas du poteau. Rangel, le gardien des Chivas et héros du soir, a effectué un premier arrêt au ras du sol, puis une deuxième parade sur la reprise de Yang Hyun-jun. Un double sauvetage d’exception, peut-être le plus beau de ce Mondial jusqu’à présent.

Le sélectionneur coréen, Hong Myung-bo, n’a pas cherché d’excuses : « Nous avons joué exactement comme prévu. La manière dont nous avons encaissé le but est décevante. Nous donnerons tout lors du dernier match de la phase de groupes. J’ai demandé aux joueurs de rester calmes et de continuer à jouer. Ce n’était pas mauvais. Nous avons gardé notre sang-froid tout au long de la rencontre. Nous allons désormais nous concentrer sur la préparation du prochain match. »

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Lee Kang-in a, lui, exprimé sa déception sans détour : « Nous nous étions préparés pour gagner ce match, donc perdre est très décevant. C’est la Coupe du monde. Nous devons encore mieux nous préparer pour le prochain match. Il est terminé. Nous allons maintenant nous préparer pour le prochain match et gagner à tout prix. »

Groupe A — Classement
ÉquipeJVNDBPBCDif.PFPPtsForme
1🇲🇽Mexique Qualifié220030+3−56
2🇰🇷Corée du Sud En course2101220−33
3🇨🇿Tchéquie201123−1−11
4🇿🇦Afrique du Sud201113−2−121

Le Mexique entre dans une nouvelle dimension statistique

Cette victoire revêt une importance particulière pour le football mexicain. C’est la première fois de leur histoire que les Mexicains remportent trois matchs consécutifs en Coupe du monde. Leur dernière victoire remontait au dernier match du groupe en 2022, face à l’Arabie saoudite. Depuis, ils ont enchaîné avec une victoire contre l’Afrique du Sud lors de l’ouverture du groupe A, puis avec ce succès contre la Corée du Sud.

Le Mexique est également la première équipe de cette Coupe du monde à valider sa qualification pour les seizièmes de finale. Assurés de la première place du groupe A, les Mexicains joueront leur huitième de finale – le tour maudit, celui où ils ont été éliminés lors de sept de leurs huit dernières participations – à l’Estadio Azteca de Mexico, contre le troisième du groupe C, E, F, H ou I.

Par ailleurs, la défense mexicaine n’a plus encaissé de but en première période lors de ses 13 derniers matchs de Coupe du monde. Un chiffre qui remonte à la défaite 3-1 contre l’Argentine en 2010.

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Deux trajectoires opposées avant la dernière journée

Pour la Corée du Sud, l’aventure n’est pas terminée, loin de là. Hong Myung-bo et ses joueurs disputeront leur dernier match de poule contre l’Afrique du Sud, mercredi prochain. Un match nul leur suffirait pour se qualifier. En cas de défaite, tout dépendra des autres résultats. Avec trois points au compteur après leur victoire inaugurale contre la République tchèque, les Coréens ont leur destin entre les mains.

Reste que, après cette prestation terne à Guadalajara, des questions se posent. Cette Corée du Sud, qui avait atteint les demi-finales de la Coupe du monde 2002 à domicile et reste l’une des nations phares du football asiatique, a semblé bien loin de son meilleur niveau. Lee Kang-in, pilier du PSG avec plus de 120 matchs disputés pour le club de la capitale, n’a pas existé lors de cette rencontre.

Pour le Mexique, le défi est ailleurs. Gagner cette Coupe du monde à domicile ne passe pas seulement par la qualification. Cela passe aussi par la manière. Pour l’instant, El Tri convainc davantage par sa solidité défensive que par l’éclat de son jeu offensif.

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