Pourquoi le sel fait-il fondre la glace et que signifie-t-il pour notre planĂšte ?

Le sel fait fondre la glace en interférant avec le processus de congélation de l'eau, mais les écoulements de chlorure endommagent les écosystÚmes et les infrastructures. Des alternatives telles que le prétraitement de la saumure et les mélanges de jus de betterave offrent des solutions plus écologiques, mais réduire l'utilisation globale de sel reste essentiel pour concilier sécurité et durabilité.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un pĂšre français et d’une mĂšre vietnamienne, Olivier Delavande a baignĂ© dans une double culture qui a façonnĂ© sa curiositĂ© et son ouverture d’esprit dĂšs...
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© Photo : JDunbarPhoto (Depositphotos)

Chaque hiver, plus de 20 millions de tonnes de sel sont Ă©pandues sur les routes et les trottoirs verglacĂ©s, ce qui tĂ©moigne de la lutte de l’humanitĂ© contre l’emprise de l’hiver. Mais derriĂšre cette solution pratique se cache un processus fascinant de chimie et de consĂ©quences environnementales inattendues.

La capacitĂ© du sel Ă  faire fondre la glace repose sur un principe appelĂ© « dĂ©pression du point de congĂ©lation ». L’eau pure gĂšle Ă  0 °C (32 °F), mais lorsque le sel se dissout dans l’eau, il perturbe la formation ordonnĂ©e des cristaux de glace. « Les ions de sel agissent comme des invitĂ©s indĂ©sirables Ă  une fĂȘte », explique Megan Ferguson, professeur de chimie Ă  SUNY New Paltz. « Ils se coincent entre les molĂ©cules d’eau, ce qui rend plus difficile leur intĂ©gration dans la structure rigide de la glace ». Le chlorure de sodium (NaCl), le sel de dĂ©verglaçage le plus courant, se divise en ions sodium et chlorure, qui attirent chacun les molĂ©cules d’eau et abaissent le point de congĂ©lation jusqu’à -9 °C (15 °F).

Le chlorure de calcium (CaCl₂), une autre option populaire, est plus performant que le sel de table car il se divise en trois ions au lieu de deux. « Plus d’ions signifie plus d’interfĂ©rences », explique Kenneth Smith, chimiste de l’environnement Ă  la retraite. « Le chlorure de calcium est donc efficace jusqu’à -29 °C, mais son coĂ»t plus Ă©levĂ© limite son utilisation Ă  grande Ă©chelle. »

Pourquoi le sel fait-il fondre la glace et que signifie-t-il pour notre planĂšte ?
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Le coût caché de la sécurité hivernale

Si le sel permet de sĂ©curiser les routes, il a un coĂ»t environnemental Ă©levĂ©. Les ions chlorure, inoffensifs Ă  petites doses, s’accumulent dans les cours d’eau et empoisonnent les Ă©cosystĂšmes d’eau douce. Une Ă©tude rĂ©alisĂ©e en 2025 par des chercheurs canadiens a rĂ©vĂ©lĂ© que les cours d’eau urbains situĂ©s Ă  proximitĂ© de zones fortement salĂ©es dĂ©passaient souvent les limites fĂ©dĂ©rales en matiĂšre de chlorure, menaçant ainsi les poissons, les amphibiens et les plantes. « Le sel dĂ©shydrate les espĂšces aquatiques, tout comme l’eau de mer rendrait une personne malade », explique Taryn Smit, une Ă©cologiste qui Ă©tudie la pollution par les sels de voirie.

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Les dĂ©gĂąts ne se limitent pas Ă  l’eau. Le sel corrode les ponts, les vĂ©hicules et le bĂ©ton, ce qui coĂ»te aux États amĂ©ricains environ 5 milliards de dollars par an en rĂ©parations d’infrastructures. Dans les rĂ©gions de gel et de dĂ©gel du Canada, le sel accĂ©lĂšre la dĂ©tĂ©rioration des routes, crĂ©ant des nids-de-poule qui augmentent les coĂ»ts d’entretien.

Concilier sécurité et durabilité

Les innovations visent Ă  rĂ©duire l’impact du sel sans compromettre la sĂ©curitĂ©. Le prĂ©traitement Ă  la saumure, une solution d’eau salĂ©e, rĂ©duit l’utilisation globale de sel en empĂȘchant l’adhĂ©rence de la glace. « Une saumure Ă  23 % de sel appliquĂ©e avant une tempĂȘte peut rĂ©duire de 70 % les besoins en sel granulĂ© », explique Robert Addai, spĂ©cialiste des matĂ©riaux Ă  l’universitĂ© Western.

Les alternatives Ă©cologiques telles que le jus de betterave et la saumure de fromage gagnent du terrain. Ces additifs permettent de conserver le pouvoir dĂ©glaçant du sel tout en rĂ©duisant le ruissellement des chlorures. Cependant, leur coĂ»t Ă©levĂ© et leur disponibilitĂ© limitĂ©e empĂȘchent leur adoption Ă  grande Ă©chelle.

Pour les propriĂ©taires, la modĂ©ration est la clĂ©. « Commencez par pelleter, puis n’utilisez pas plus d’une cuillĂšre Ă  soupe de sel par mĂštre carrĂ© », conseille M. Smit. Le balayage des rĂ©sidus de sel aprĂšs le dĂ©gel empĂȘche le ruissellement et permet de les rĂ©utiliser.

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L’avenir du dĂ©glaçage

Les chercheurs explorent des solutions avancĂ©es, depuis le bĂ©ton conducteur qui fait fondre la glace grĂące Ă  des Ă©lectrodes intĂ©grĂ©es jusqu’aux systĂšmes routiers alimentĂ©s par l’énergie solaire. Mais pour l’instant, le sel reste essentiel. « C’est une question de compromis », explique Joel Thornton, spĂ©cialiste de l’atmosphĂšre. « Sans le sel, les dĂ©placements hivernaux s’arrĂȘteraient, mais son hĂ©ritage environnemental exige une utilisation plus intelligente. »

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