Parc à thème Dragon Ball à Cergy-Pontoise ? La renaissance saoudienne d’un parc français oublié

Trente-cinq ans après la fermeture de Mirapolis, le Val-d'Oise s'apprête à accueillir un projet titanesque, porté par un accord franco-saoudien de 6 milliards d'euros et une licence manga culte.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
13 Minutes de lecture
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Le Val-d’Oise pourrait accueillir à Cergy-Pontoise un complexe de trois parcs d’attractions soutenu par 6 milliards d’euros d’investissements saoudiens et 22 000 emplois directs annoncés. L’un des trois parcs pourrait être un parc à thème Dragon Ball. L’ouverture est estimée autour de 2030-2031, mais le thème et le calendrier détaillé restent à confirmer.

Cergy-Pontoise n’avait plus fait parler d’elle dans le monde des loisirs depuis la fermeture de Mirapolis en 1991. Trente-cinq ans plus tard, la ville du Val-d’Oise revient sur le devant de la scène avec un projet qui dépasse largement le cadre régional. Trois parcs d’attractions doivent voir le jour sur l’ancienne friche du parc dédié aux contes et légendes français, et l’un d’eux pourrait plonger les visiteurs dans l’univers de Dragon Ball. L’annonce, tombée lundi 24 août en fin de journée, mêle diplomatie internationale, ambitions touristiques et nostalgie manga.

Paris et Riyad engagent 6 milliards d’euros dans le projet

Tout part d’une rencontre informelle. En décembre 2024, lors d’un déplacement d’Emmanuel Macron en Arabie saoudite, le président français et le prince héritier Mohammed Ben Salmane découvrent une passion commune pour les mangas. Cette discussion, racontée volontiers par l’Élysée, se transforme en négociation économique au fil des mois. Le résultat est tombé lundi 24 août 2026, en marge de la visite du prince héritier saoudien à Paris : un accord prévoyant 6 milliards d’euros d’investissements saoudiens et la création de 22 000 emplois directs, auxquels s’ajoutent des milliers de logements destinés aux futurs salariés et à leurs familles.

Sur X, Emmanuel Macron qualifie l’accord d’annonce hors normes, évoquant du jamais vu depuis la construction de Disneyland Paris – une formule qui donne la mesure de l’ambition affichée côté Élysée, mais qui reste, à ce stade, celle d’une déclaration d’intention plus que d’un chantier lancé.

📌 Repères clés
🐉 Dragon Ball est pressenti pour devenir le thème de l’un des trois parcs envisagés à Cergy-Pontoise, sans confirmation officielle définitive de l’Élysée à ce stade.
💶 Paris et Riyad ont annoncé 6 milliards d’euros d’investissements saoudiens liés au projet francilien.
👷 Le complexe est associé à une prévision de 22 000 emplois directs, auxquels devraient s’ajouter des logements pour les salariés et leurs familles.
🎢 Plus de 30 attractions seraient envisagées pour le parc Dragon Ball, dont un Shenlong monumental de 70 mètres abritant des montagnes russes, mais ces éléments restent à confirmer.
📅 Un projet de cette ampleur nécessiterait cinq à six ans de développement, ce qui place une éventuelle ouverture autour de 2030-2031.

Les trois parcs doivent prendre place sur l’ancien site de Mirapolis

Le choix du terrain n’a rien d’anodin. Situé à Courdimanche, dans l’agglomération de Cergy-Pontoise, le site s’étend sur une friche de 55 hectares laissée à l’abandon depuis la fermeture de Mirapolis en 1995. Ce parc pionnier, ouvert en 1987 et associé à une statue de 35 mètres représentant le géant Gargantua, reste dans les mémoires comme l’un des grands échecs économiques du secteur en France.

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Maxime Guény, directeur de la publication de Parcs et Loisirs Magazine, resitue cet épisode dans une interview accordée à Franceinfo. Selon lui, l’échec de Mirapolis ne condamne pas le site : le parc avait ouvert avec des objectifs démesurés, proches de deux millions de visiteurs dès la première année, et la fréquentation n’a jamais suffi à couvrir l’endettement accumulé. Un rappel utile pour ceux qui verraient dans les 6 milliards d’euros annoncés une garantie de succès automatique : l’histoire du site rappelle justement que l’argent seul n’a jamais suffi à pérenniser un parc.

Reste que la localisation présente un avantage stratégique évident. À l’est se trouve Disneyland Paris, au nord le Parc Astérix, et jusqu’ici, il n’y avait aucun grand parc à thème à l’ouest de l’Île-de-France. L’idée des investisseurs est de capter les touristes déjà présents dans la région parisienne en leur proposant un troisième temps fort après Disneyland et la tour Eiffel.

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Dragon Ball est pressenti pour l’un des trois parcs

Si l’Élysée ne confirme pas officiellement le thème du premier parc, l’information circule depuis une quinzaine de jours dans la presse et semble aujourd’hui largement admise : Dragon Ball servirait de fil rouge à l’un des trois établissements. Un choix qui s’explique par la notoriété exceptionnelle de la licence dans l’Hexagone. Toei Animation, le studio à l’origine de la série, revendique 94 % de notoriété auprès des 25-45 ans en France, un public qui dépasse très largement les seuls amateurs de mangas.

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Plusieurs sources évoquent déjà des pistes concrètes pour l’attraction phare du parc. Un Shenlong monumental de 70 mètres de haut abritant des montagnes russes ferait partie des plus de 30 attractions envisagées, aux côtés d’hôtels thématisés. Ces informations restent à confirmer une fois le projet détaillé, mais elles donnent une idée de l’ampleur du projet.

Dragon Ball garantit surtout une base de fans internationale, capable de justifier un déplacement dédié plutôt qu’une simple excursion locale, un pari sur la marque plus que sur la seule proximité géographique.

Qiddiya apporte son expérience des méga-parcs saoudiens

Derrière ce projet francilien se trouve la Qiddiya Investment Company, une filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund dédiée au divertissement, au sport et à la culture. L’entreprise n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2017, elle pilote le développement de Qiddiya City, un gigantesque pôle de loisirs situé à 45 kilomètres de Riyad, pensé pour devenir l’une des grandes destinations touristiques mondiales d’ici 2030.

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Le fleuron de ce projet saoudien, Six Flags Qiddiya City, a ouvert ses portes le 31 décembre 2025. Premier parc Six Flags construit hors d’Amérique du Nord, il propose 28 attractions réparties sur six zones thématiques, dont Falcon’s Flight, présentée comme la montagne russe la plus longue, la plus haute et la plus rapide au monde, avec un parcours de plus de 4 300 mètres et une vitesse de pointe de 250 km/h. À terme, Qiddiya City doit accueillir une douzaine de parcs à thème, un circuit de Formule 1 et un stade pouvant recevoir plus de 50 000 spectateurs.

Cette expérience accumulée en Arabie saoudite explique en grande partie pourquoi la France a choisi ce partenaire pour redonner vie au site de Mirapolis. Le marché français des parcs d’attractions est mature, mais pas saturé, rappelle Maxime Guény, qui y voit une réelle opportunité pour un nouvel entrant capable de mobiliser des moyens financiers hors norme.

Une ouverture du complexe reste improbable avant 2030-2031

Autant le dire tout de suite : personne ne montera dans une attraction Dragon Ball avant longtemps. Un projet de cette ampleur nécessite entre cinq et six ans avant son ouverture, ce qui situe l’horizon réaliste autour de 2030-2031, selon les estimations de Maxime Guény. À titre de comparaison, la construction de Disneyland Paris s’est étalée de 1987 à 1992. Au Royaume-Uni, un projet de parc Universal Studios suit une trajectoire comparable, avec une ouverture annoncée dans un délai similaire.

Les 6 milliards d’euros d’investissement seront débloqués en plusieurs vagues, précise l’Élysée, qui insiste sur l’ampleur du dossier et sur la nécessité de le mener à bien sur le long terme. Une prudence qui n’est pas seulement financière. Emmanuel Macron ne sera plus au pouvoir dans moins d’un an et rien ne garantit que son successeur portera le projet avec la même énergie.

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Le projet suscite déjà des réserves chez plusieurs élus locaux

Sur le terrain, l’enthousiasme n’est pas unanime. Le député LFI du Val-d’Oise, Aurélien Taché, a demandé au préfet de région une réelle concertation avec les élus, les associations et les habitants du territoire. Maryeme Bouslam, conseillère municipale d’opposition à Courdimanche, va plus loin et dénonce la méthode retenue pour ce dossier, qu’elle juge être piloté depuis l’Élysée sans consultation préalable des communes avoisinantes.

D’autres responsables locaux affichent en revanche un optimisme prudent. Jean-Paul Jeandon, président de la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, s’est félicité de la déclaration d’intention du gouvernement et de Qiddiya Investment, tout en rappelant qu’il s’agit encore, à ce stade, d’un projet susceptible d’évoluer.

Cette tension entre ambition économique et attentes locales n’a rien de nouveau dans ce type de dossier. Elle rappelle que les 22 000 emplois annoncés ne se matérialisent pas du jour au lendemain et que leur répartition entre grands groupes internationaux et acteurs locaux reste, pour l’instant, une inconnue.

Les transports seront décisifs pour absorber les futurs visiteurs

Le succès du futur complexe dépendra également de la capacité de la région à absorber les flux de visiteurs attendus. Maxime Guény insiste sur ce point : à l’époque de sa construction, Disneyland Paris avait bénéficié d’une aide de l’État pour développer les infrastructures nécessaires, notamment une gare RER dédiée. Sans un effort comparable en matière de transports, le pari du Val-d’Oise pourrait se heurter à des difficultés d’accès qui limiteraient la fréquentation.

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À titre de comparaison, Disneyland Paris représente aujourd’hui environ 20 000 emplois et reste la première destination touristique d’Europe. Les 22 000 emplois annoncés pour le projet de Cergy-Pontoise placent donc d’emblée la barre à un niveau comparable, ce qui donne une idée de l’ambition réelle affichée par les deux gouvernements.

Le thème des deux autres parcs et leur implantation restent inconnus

Beaucoup de zones d’ombre subsistent. La localisation exacte des trois parcs sur le site de l’ancien Mirapolis n’a pas encore été précisée, pas plus que le thème retenu pour les deux autres établissements. L’Élysée se contente d’indiquer que le choix appartient aux investisseurs saoudiens, sans donner de calendrier détaillé pour les annonces à venir.

Une chose semble toutefois acquise : le Val-d’Oise s’apprête à devenir, dans les années à venir, un terrain d’observation privilégié pour comprendre comment un fonds souverain étranger peut transformer une friche industrielle en destination touristique mondiale. Entre les promesses économiques et les inquiétudes locales, le dossier ne fait que commencer.

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