Thomas Partey, qui s’est vu refuser l’entrée au Canada, ne jouera pas le match d’ouverture de la Coupe du monde 2026 avec le Ghana

À Toronto, le Ghana avance vers son premier match sans l’un de ses cadres. Autour de Thomas Partey, la Coupe du monde 2026 prend déjà une dimension plus lourde que le football.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
9 Minutes de lecture
Thomas Partey lors du match de Ligue des champions de l'UEFA opposant le Sporting CP à l'Arsenal FC — © Photo : Maciej Rogowski (Depositphotos)

Thomas Partey ne foulera pas la pelouse du BMO Field de Toronto. Le milieu de terrain ghanéen s’est en effet vu refuser l’entrée sur le territoire canadien, ce qui vient percuter de plein fouet les ambitions de son pays pour la Coupe du monde 2026. Le Ghana entamera son tournoi contre le Panama le 17 juin. Sans son vice-capitaine.

L’affaire est officielle. L’instance l’a confirmé dans un communiqué transmis à The Athletic : « La FIFA peut confirmer que le joueur Thomas Partey ne pourra pas se rendre depuis le camp de base du Ghana à Boston, aux États-Unis, au Canada pour leur premier match contre le Panama, le 17 juin, car sa demande de visa a été refusée par le gouvernement canadien. La FIFA n’est pas impliquée dans les procédures d’immigration des pays hôtes, y compris dans l’attribution des visas. Comme lors des précédentes éditions, c’est le gouvernement hôte qui détermine en dernier ressort qui reçoit un visa et est admis sur le territoire. »

Thomas Partey face au poids d’une procédure judiciaire majeure

Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir en arrière. En juillet 2025, la police métropolitaine de Londres a inculpé Thomas Partey de cinq chefs de viol et d’un chef d’agression sexuelle. Il a plaidé non coupable en septembre. En février 2026, deux nouveaux chefs d’accusation de viol ont été ajoutés concernant une quatrième femme, à la suite d’une enquête distincte portant sur des faits remontant à 2020. Partey a de nouveau plaidé non coupable en avril. Au total, sept chefs de viol et un chef d’agression sexuelle seront jugés devant la Southwark Crown Court de Londres. Initialement prévu en novembre, le procès pourrait désormais être reporté au début de l’année 2027.

Le droit canadien est sans équivoque sur ce point. Le site officiel du gouvernement précise en effet que « si vous avez commis ou avez été condamné pour un crime, vous pourriez ne pas être autorisé à entrer au Canada ». Partey n’a pas été condamné. Il est en attente de jugement. Mais sa demande de visa a tout de même été rejetée. L’IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada) avait prévenu avant le début de la compétition : « La sécurité des Canadiens est notre priorité alors que nous accueillons les participants et les visiteurs de la Coupe du monde de la FIFA. C’est pourquoi l’IRCC applique ses règles de manière cohérente et sans exception, quelle que soit la nationalité, le profil ou le rôle dans le tournoi. »

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Carlos Queiroz maintient sa ligne autour de la présomption d’innocence

Le sélectionneur du Ghana, Carlos Queiroz, n’a pas cédé à la pression. Lors d’une conférence de presse, le 2 juin, après le match amical contre le Pays de Galles, il a défendu sa décision d’avoir inclus Partey dans le groupe des 26 joueurs convoqués pour la Coupe du monde 2026. Sa réponse était directe, presque sèche. « C’est une réponse simple et fondamentale. Pour autant que je sache, en Angleterre, au Portugal et partout dans le monde, jusqu’à ce que le tribunal rende sa décision, la présomption d’innocence s’applique à toutes les affaires judiciaires. Mais aujourd’hui, et ce n’est pas seulement une question concernant Thomas, la façon dont les réseaux sociaux et les médias agissent parfois avec une totale impunité fait que nous sommes condamnés avant même d’avoir eu l’occasion de nous défendre. »

L’avocate de Partey, Jenny Wiltshire, du cabinet Hickman and Rose, a pour sa part déclaré que son client se réjouissait de « l’opportunité de finalement blanchir son nom ». Il conteste l’intégralité des accusations portées contre lui.

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Une trajectoire d’élite désormais fragilisée

Âgé de 32 ans, Thomas Partey reste l’un des joueurs les plus expérimentés du Ghana. Formé à Almería, il a ensuite joué à l’Atlético de Madrid avant de rejoindre Arsenal en 2020 pour 50 millions d’euros. Il est rapidement devenu un pilier du milieu de terrain des Gunners. Son contrat avec le club londonien devait se terminer fin juin 2025. Il n’a pas été renouvelé. Quatre jours après son départ d’Arsenal, les premières inculpations sont tombées.

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Villarreal l’a aussitôt recruté, malgré les protestations de certains groupes de supporters du club espagnol. Le club jaune a justifié sa décision en se basant sur un principe simple : « Le club respecte le principe fondamental de la présomption d’innocence et attendra l’issue du processus judiciaire, qui permettra de clarifier les faits de l’affaire. » Lors de la saison 2025-2026, Partey a disputé 32 matchs avec Villarreal. Son contrat expire fin juin, avec une option d’extension d’un an.

La saison précédente, à Arsenal, il avait encore aligné 35 apparitions en Premier League, avant son départ. Une longévité à haut niveau qui contraste avec l’ampleur des accusations qui pèsent sur lui.

Le Canada ferme la porte, les États-Unis restent ouverts

Le Ghana disputera donc son match d’ouverture contre le Panama sans Thomas Partey. Le vice-capitaine est resté au camp de base de Boston avec le reste de l’équipe. Il a obtenu un visa américain, mais pas canadien. Cette différence tient précisément aux règles d’admission propres à chaque État hôte de cette Coupe du monde 2026 organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique.

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La suite du calendrier ghanéen se déroulera en territoire américain. Le Ghana affrontera l’Angleterre au Gillette Stadium de Foxborough, dans le Massachusetts, le 23 juin, puis la Croatie au Lincoln Financial Field de Philadelphie, le 27 juin. Partey est a priori éligible pour ces deux rencontres. Un retour sur le terrain face à l’Angleterre aurait une résonance particulière : c’est là que vivent ses accusatrices, c’est là que son procès se tiendra et c’est là que sa réputation a été la plus fortement mise à l’épreuve.

La Coupe du monde 2026 sous le regard du terrain et de l’opinion

Lors du dernier match amical du Ghana avant la compétition, face au Pays de Galles à Cardiff, Thomas Partey a été accueilli par des sifflets dès ses premières touches de balle. Les 45 minutes qu’il a passées sur le terrain ont été ponctuées de huées continues. Il s’y est désormais habitué, notamment sur le sol britannique.

Ce Mondial devait être un sommet dans sa carrière. Le Ghana participe à ce que la FIFA présente comme l’événement sportif le plus regardé de l’histoire, diffusé dans des dizaines de pays auprès d’un public se chiffrant en milliards. Pour de nombreux footballeurs, la Coupe du monde reste l’objectif ultime d’une carrière. Pour Partey, elle se déroule dans un contexte radicalement différent. Il débarque à cette compétition comme le joueur le plus scruté, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec ses qualités de milieu de terrain.

La question se posera lors des prochains matchs : un joueur placé sous une telle pression judiciaire et médiatique peut-il encore peser dans le jeu ? Les supporters et observateurs ghanéens ont des avis tranchés sur la question. Pour Queiroz, tant que la justice n’a pas tranché, Partey reste un joueur comme les autres. Pour une partie du public, la situation est beaucoup plus complexe.

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