Ce rendez-vous était attendu, mais sa forme a surpris tout le monde. Ce 2 juin 2026, la manufacture du Locle a présenté la ZENITH G.F.J. Double Signed avec Naoya Hida & Co., une édition limitée à dix exemplaires marquant le lancement officiel du programme Double Signed de la manufacture du Locle. Derrière ce titre technique se cache une idée simple et forte : inviter un horloger indépendant de renom à réinterpréter l’un des garde-temps les plus emblématiques de la maison. Pour cette première collaboration, le choix s’est porté sur Naoya Hida, fondateur de la micro-manufacture japonaise éponyme. Le résultat est une montre d’une rare cohérence dans laquelle deux cultures horlogères distinctes parviennent à dialoguer sans que l’une n’efface l’autre.
Au cœur du projet se trouve le Calibre 135, le mouvement le plus récompensé de l’histoire de ZENITH. C’est lui qui donne son nom à la collection G.F.J., lancée en 2025 à l’occasion du 160ᵉ anniversaire de la manufacture, en hommage à son fondateur, Georges Favre-Jacot. Ce choix technique d’exception n’est pas anodin.

Le Calibre 135, monument de la précision suisse
Pour comprendre ce que représente cette pièce, il faut revenir sur le pedigree du mouvement qui la propulse. Le Calibre 135 n’est pas un mouvement ordinaire. Considéré comme le mouvement le plus récompensé de l’âge d’or des concours de chronométrie, il a accumulé au fil des décennies une part considérable des 2 333 prix de chronométrie obtenus par ZENITH dans les grandes compétitions d’observatoires. Dans les années 1950, c’est ce calibre qui dominait les épreuves auxquelles participaient les meilleures manufactures suisses, avec une précision mesurée en fractions de seconde par jour.
Sa légende a connu un premier renouveau en 2022. Après la très acclamée collaboration avec Kari Voutilainen, qui avait vu dix mouvements Calibre 135-O d’origine des années 1950 minutieusement restaurés et finis, ZENITH se tourne désormais vers l’horloger japonais Naoya Hida pour une interprétation distinctement différente de ce mouvement historique. Cette version modernisée tourne à une fréquence de 2,5 Hz, dispose d’une réserve de marche de 72 heures, d’un grand balancier à inertie variable avec spiral Breguet et d’un mécanisme stop-seconde. Elle affiche également une précision certifiée COSC de ± 2 secondes par jour. La célèbre raquette à double flèche, qui permet un réglage de haute précision, figure toujours sur le mouvement.
C’est sur cette base que s’appuie aujourd’hui la G.F.J. Calibre 135 Double Signed. Côté finitions, le mouvement reprend les côtes de Genève larges et les anglages réalisés à la main, soulignés ici par un traitement ruthénium sombre ponctué de marquages couleur or jaune. Visible à travers le fond saphir, l’architecture du calibre témoigne d’un travail manuel considérable.

Naoya Hida, la discrète référence de l’horlogerie japonaise
Naoya Hida n’est pas venu à l’horlogerie par hasard. Né à Kyoto en 1963, il a rejoint en 1990 une société de négoce d’importation de montres étrangères. Après avoir travaillé dans plusieurs agences d’importation et comme représentant de filiales japonaises de manufactures suisses, il s’est lancé à son compte en 2018 pour fonder Naoya Hida & Co. Trente ans passés au contact des plus grandes maisons lui ont forgé un œil acéré et une connaissance intime des mécanismes et de l’esthétique horlogère. Il a successivement représenté les marques Jaeger-LeCoultre, Vacheron Constantin, Breguet, F.P. Journe et Ralph Lauren au Japon.
Dès la sortie de son premier produit en 2019, la micro-marque indépendante est rapidement devenue la coqueluche des passionnés d’horlogerie, son savoir-faire étant salué à l’étranger et sa popularité ne cessant de croître. Ce qui distingue Naoya Hida, c’est sa capacité à exprimer une profondeur visuelle réelle à travers une sobriété absolue. Ses créations s’inspirent méticuleusement du design des montres de collection des années 1930 à 1950, associant le travail manuel d’artisans hautement qualifiés aux technologies de pointe des machines de microfabrication les plus avancées. Le modèle NH Type 2A, notamment, avec ses proportions maîtrisées et son esthétique années 1950, a posé les fondations d’un langage visuel que la collaboration avec ZENITH vient prolonger de façon naturelle.

Tokyo, point de départ d’une collaboration inattendue
C’est dans l’atelier tokyoïte de Naoya Hida que tout a commencé. Romain Marietta, directeur du produit chez ZENITH, s’y est rendu pour une rencontre qui a rapidement débouché sur un projet concret. Leur passion commune pour l’histoire horlogère a immédiatement créé un lien, nourri par des références partagées et une exigence mutuelle.
« La connexion avec Naoya Hida a été immédiate, portée par une passion commune pour l’âge d’or de l’horlogerie, mais aussi par une curiosité et une ouverture d’esprit partagées. Lorsque différentes disciplines et sensibilités dialoguent autour d’un design classique, elles peuvent faire naître à parts égales nuance, tension et harmonie, des qualités dont émerge souvent la véritable beauté. » Romain Marietta, directeur du produit, ZENITH WATCHES.
Pour Naoya Hida, cette invitation avait une résonance particulière. Le Calibre 135 n’était pas inconnu de lui, loin s’en faut. Il l’avait découvert dans les années 1990, précisément au moment où il débutait sa carrière dans la distribution horlogère. L’opportunité de travailler sur ce mouvement n’était donc pas celle d’un horloger découvrant un objet étranger, mais celle d’un connaisseur retrouvant quelque chose qu’il admire depuis des décennies.
« Le Calibre 135 me fascine depuis que je l’ai découvert dans les années 1990. Lorsque ZENITH m’a offert l’opportunité de réinterpréter la G.F.J., j’ai été à la fois surpris et ravi. L’idée était de retranscrire l’atmosphère et l’esprit de l’époque du Calibre 135 de manière contemporaine. Je recherchais quelque chose de sobre, mais qui ait une véritable profondeur. La passion est essentielle en horlogerie ; elle en est indissociable. Ma plus grande joie est de pouvoir créer une montre comme celle-ci, qui a une véritable signification à mes yeux. » Naoya Hida, fondateur et PDG de NAOYA HIDA & Co.
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Un cadran d’exception façonné selon les arts japonais
La contribution de Naoya Hida à cette G.F.J. Calibre 135 Double Signed se concentre essentiellement sur le cadran. Un choix cohérent avec sa démarche habituelle, lui qui considère le cadran comme le lieu d’expression privilégié de son savoir-faire. Réalisé en argent massif, il reprend les codes esthétiques du modèle NH Type 2A. La philosophie est la même : rien de trop, tout à sa place, chaque détail est pesé.
En hommage à l’histoire de ZENITH, les gravures ont été remplies de laque bleue, une couleur signature pour la marque, et non pas de laque noire, comme le fait habituellement Hida. L’ensemble des indications, y compris les doubles signatures ZENITH et Naoya Hida & Co., a été gravé à la main par le maître graveur Keisuke Kano. Les index, également gravés à la main et remplis de la même laque urushi, participent à cette unité visuelle.
Les aiguilles des heures et des minutes sont en or massif : usinées par CNC, puis polies à la main. L’aiguille de la petite seconde, logée à 6 heures, est en acier bleui thermiquement. Ce soin apporté aux aiguilles révèle une attention portée aux contrastes de matières que l’on retrouve dans toute la démarche de Hida : rien n’est laissé au hasard, chaque élément est traité avec la même rigueur que le reste de la montre.

Platine, urushi et denim japonais dans un même écrin
Le boîtier est l’œuvre de ZENITH. Avec ses 39,15 mm de diamètre et ses 10,5 mm d’épaisseur, ses flancs polis élancés et ses proportions équilibrées, il confère à la montre un caractère raffiné qui convient parfaitement à une montre de précision habillée. Le platine, préféré à l’or ou à l’acier, confère une densité en main que les collectionneurs connaissent bien et qui renforce le caractère sérieux de la pièce.
La montre est livrée avec trois bracelets distincts, ce qui constitue l’une des caractéristiques les plus inattendues de cette collaboration. Le premier est confectionné en cuir Himeji Kurozan, un matériau japonais rare associant des techniques de tannage traditionnelles à des couches successives de laque urushi, polies à la main une par une. Le second est réalisé en cuir Wagyu, travaillé par les artisans de Kyoto Leather selon des savoir-faire ancestraux. Le troisième, d’un bleu indigo profond, est fabriqué en denim japonais non extensible provenant de la manufacture Kaihara, implantée à Fukuyama, dans la région d’Hiroshima. Ces trois bracelets se ferment à l’aide d’une boucle ardillon en platine gravée des initiales G.F.J.
Ces trois bracelets ne sont pas de simples accessoires. Ils prolongent la logique de la collaboration en introduisant des savoir-faire régionaux japonais qui n’ont rien à envier aux techniques horlogères en termes de minutie et de tradition. Le denim Kaihara, par exemple, est l’une des toiles les plus respectées du Japon, produite selon une méthode de teinture à l’indigo naturel vieille de plusieurs siècles.

Double Signed, la renaissance moderne d’une tradition recherchée
Pour comprendre la portée du programme Double Signed, il faut se souvenir de ce que représentaient autrefois les montres co-signées dans le monde de la collection. Dans l’horlogerie ancienne, la double signature avait une saveur particulière. Voir le nom d’un détaillant prestigieux, comme Tiffany & Co. ou Serpico y Laino, affiché à côté de celui d’une manufacture, comme Patek Philippe ou Rolex, sur un cadran, c’était la promesse d’une pièce passée par les bonnes mains. Les collectionneurs se les arrachent encore.
ZENITH réinterprète cette tradition en lui donnant une nouvelle dimension. Ici, la double signature ne désigne pas un circuit commercial, mais une rencontre créative entre deux manufactures. Pour cette première pièce, ZENITH ne s’associe pas à un revendeur, mais à un confrère, et pas n’importe lequel. Ce programme ne se limite pas à cette première édition : il a vocation à inviter d’autres horlogers indépendants à proposer leur vision de la G.F.J., chacun apportant sa sensibilité propre au cadran ou aux finitions, tout en respectant l’essence du modèle.
« L’horlogerie a toujours évolué grâce aux échanges entre les cultures, les savoir-faire et les passions. Avec le programme Double Signed, l’intention n’est pas simplement de réinterpréter nos icônes, mais de créer un véritable dialogue entre deux visions distinctes de l’horlogerie. Ce que j’admire particulièrement dans le travail de Naoya Hida, c’est sa capacité à exprimer une grande profondeur par la retenue. Je lui suis reconnaissant pour l’intelligence et la sensibilité qu’il a apportées à la G.F.J., enrichissant cette création d’une perspective à la fois profondément personnelle et naturellement en phase avec l’esprit de Zenith. » Benoît de Clerck, PDG de ZENITH Watches.

Une exclusivité qui reflète l’évolution du marché haut de gamme
Limitée à seulement dix exemplaires dans le monde, la montre ZENITH G.F.J. Calibre 135 Double Signed avec Naoya Hida & Co. figure parmi les sorties horlogères de luxe les plus exclusives de 2026. Proposée à 65 900 euros, elle ne sera pas accessible au plus grand nombre. Ce positionnement tarifaire pour une montre-bracelet à trois aiguilles sans complication peut surprendre au premier abord. Mais le contexte change la perspective.
Un boîtier en platine représente à lui seul un surcoût important par rapport à l’acier ou à l’or. La main-d’œuvre nécessaire à la fabrication du cadran, à la gravure, au remplissage à la laque urushi et à la confection des trois bracelets artisanaux représente des heures de travail manuel que les prix industriels ne reflètent jamais. Et derrière le Calibre 135, il y a une décennie de développement, de restauration et de remise en production d’un mouvement qui n’existait plus sous forme commerciale.
Le marché de l’horlogerie indépendante japonaise, dont Naoya Hida est l’un des représentants les plus en vue, fonctionne lui aussi sur une logique de rareté et d’artisanat. Ses montres s’adressent à une clientèle de collectionneurs avertis, souvent déjà familiers des grandes manufactures suisses. Le fait que ZENITH ait choisi ce partenaire pour inaugurer son programme indique clairement sa volonté de toucher ce public d’amateurs qui regardent au-delà des noms connus et cherchent la cohérence entre un objet et l’histoire qu’il porte.
Le début d’un nouveau chapitre pour ZENITH
Ce qu’il faut retenir de cette annonce, c’est peut-être moins la montre elle-même, aussi soignée soit-elle, que ce qu’elle inaugure. Le programme Double Signed positionne ZENITH sur un terrain original : celui de la collaboration créative avec des horlogers indépendants plutôt que sur celui du partenariat commercial ou marketing. La manufacture du Locle ne cherche pas simplement à capitaliser sur la notoriété d’un nom ; elle propose une réinterprétation de son propre héritage à travers le regard d’un autre.
Naoya Hida se distingue par sa touche maîtrisée et précise. Ses créations semblent toujours ancrées dans l’histoire, sans jamais paraître dramatiques ou sentimentales. Si la maison parvient à maintenir ce niveau d’exigence dans ses prochains choix de partenaires, le programme Double Signed pourrait devenir une référence dans un secteur où les collaborations sont souvent superficielles.
Pour l’heure, cette première pièce parle d’elle-même. Un calibre de concours réinterprété par une manufacture centenaire, un cadran conçu par l’un des horlogers indépendants les plus respectés du Japon, le tout présenté dans un boîtier en platine accompagné de trois bracelets artisanaux d’une facture impeccable. Il est difficile de demander beaucoup plus pour dix exemplaires numérotés.



