Le sélectionneur Sabri Lamouchi limogé par la Tunisie après un seul match de Coupe du monde

Dans les couloirs du stade, le silence remplace les certitudes et transforme une défaite sportive en crise ouverte pour tout le football tunisien.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
8 Minutes de lecture
Le sélectionneur Sabri Lamouchi de l'Équipe de Tunisie de football lors d'une conférence de presse - © Photo : Depositphotos

La Tunisie n’a pas attendu longtemps. Après une lourde défaite 5-1 face à la Suède, dimanche soir à Monterrey, le sélectionneur Sabri Lamouchi a été congédié dès le lendemain par la Fédération tunisienne de football. Un cas inédit dans toute l’histoire de la compétition.

Le naufrage contre la Suède précipite la chute de Lamouchi

C’était dans la nuit du dimanche 15 juin, au Estadio Monterrey. Les Aigles de Carthage avaient rendez-vous avec leur premier match de groupe dans ce Mondial 2026. Ils en sont ressortis lessivés et humiliés, avec cinq buts encaissés et une seule réalisation au compteur. Yasin Ayari, dont le père est tunisien, a inscrit deux buts pour la Suède, une image particulièrement cruelle pour les supporters des Aigles de Carthage. Viktor Gyökeres et Alexander Isak, les deux redoutables attaquants de l’équipe suédoise, ont fait ce qu’ils savent faire de mieux : détruire des défenses. La Tunisie n’avait tout simplement pas les armes pour résister.

Lamouchi n’a pas esquivé les questions des journalistes après le match. « C’est une défaite difficile. C’est douloureux », a-t-il déclaré en zone mixte. « Commencer la compétition avec une défaite aussi lourde, c’est difficile. Avec des joueurs de classe mondiale comme les deux attaquants suédois, on ne s’en remet pas. Nous avons commis beaucoup trop d’erreurs. Nous avons notre fierté. Nous devons réagir. Nous devons donner une meilleure image. »

Des mots honnêtes. Mais insuffisants.

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Un limogeage sans précédent après un seul match

Le lundi matin, la Fédération tunisienne a officiellement communiqué la nouvelle sur son compte Instagram. Le message était bref et sans détour : « La décision a été formellement prise de relever le coach Sabri Lamouchi de ses fonctions. » Mondher Kebaier, ancien sélectionneur de la Tunisie, serait pressenti pour le remplacer en intérim.

Avec ce limogeage, Lamouchi entre dans les livres d’histoire, mais pas de la façon dont il l’aurait souhaité. Il devient le premier entraîneur à être renvoyé après un seul match de Coupe du monde. Avant lui, trois cadres (Carlos Alberto Parreira, sélectionneur de l’Arabie saoudite; Cha Bum-kun de la Corée du Sud et Henryk Kasperczak, sélectionneur de la Tunisie) avaient déjà été écartés en pleine compétition, tous lors de l’édition 1998 en France. Aucun d’entre eux n’avait toutefois été remercié après le premier match.

La Fédération tunisienne avait pourtant laissé filtrer quelques indices, interrogée par ESPN quelques heures avant l’annonce officielle. « Nous avons un problème avec le coach », s’était-elle contentée de répondre. La suite, on la connaît.

Des résultats inquiétants bien avant l’entrée dans le tournoi

Sabri Lamouchi, âgé de 54 ans, avait été nommé sélectionneur de la Tunisie en janvier 2026, en remplacement de Sami Trabelsi, éliminé en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 par le Mali aux tirs au but. Une campagne douloureuse, marquée par un but tunisien tardif en fin de match, suivi d’une égalisation adverse dans le temps additionnel.

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Lamouchi avait alors hérité d’une sélection à reconstruire. Ancien international français d’origine tunisienne, il avait tenté de rajeunir l’effectif. Il avait notamment lancé Khalil Ayari, ailier de 21 ans du Paris Saint-Germain, et avait convoqué l’attaquant des Vancouver Whitecaps, Rayan Elloumi, 18 ans, ainsi que le défenseur Raed Chikhaoui, 22 ans. Un choix assumé, tourné vers l’avenir, au détriment de l’expérience.

Mais son bilan en cinq matchs à la tête des Aigles n’avait rien de rassurant. Une seule victoire, obtenue face à Haïti en mars (1-0). Trois défaites. Et surtout, un cinglant 5-0 encaissé face à la Belgique, le 6 juin, lors d’un match amical de préparation, huit jours avant le début du tournoi. Autant dire que les signaux d’alarme clignotaient déjà bien avant Monterrey.

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Les supporters dénoncent une équipe sans structure ni identité

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Omar Belghith, un supporter tunisien interrogé par The Athletic, n’y est pas allé de main morte. Selon lui, la défaite face à la Suède est « Les supporters dénoncent une équipe sans structure ni identité ». Et il ne s’est pas arrêté là.

« Il n’y avait ni tactique, ni structure, ni identité — juste du chaos sur le terrain », a-t-il affirmé. « Les joueurs semblaient perdus, complètement dépassés par les événements. L’équipe a commencé sans véritable avant-centre. Chaque décision semblait mauvaise, de la première à la dernière minute. »

Mais Belghith pointe un problème plus profond que le seul cas de Lamouchi : « Le vrai problème, ce ne sont pas seulement les entraîneurs. Ce sont ceux qui les nomment et qui laissent les choses se dégrader. La responsabilité totale remonte jusqu’au sommet. À un moment, ce n’est plus une question d’entraîneurs, c’est un système qui répète les mêmes erreurs. »

La Tunisie replonge dans ses anciennes crises de gouvernance

La Tunisie a déjà vécu ce genre de turbulences. En 1998, lors de la Coupe du monde organisée en France, la Fédération avait évincé son sélectionneur, Henryk Kasperczak, en cours de compétition, après des défaites face à l’Angleterre et à la Colombie. Ali Selmi avait alors pris les rênes pour le dernier match de poule, un match nul contre la Roumanie.

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Plus récemment, en février 2024, la Côte d’Ivoire avait suivi une trajectoire similaire lors de la CAN 2023. Jean-Louis Gasset avait été limogé deux matchs après le début du tournoi, alors que l’équipe était sur le point d’être éliminée. Son remplaçant, Émerse Faé, avait finalement mené les Éléphants jusqu’à la victoire finale. Un conte improbable dont la Tunisie aimerait s’inspirer. Mais les Aigles sont derniers du groupe F avec zéro point et doivent encore affronter le Japon le 21 juin, puis les Pays-Bas le 26 juin. Le chemin est encore très long.

Mondher Kebaier face à une mission presque impossible

Mondher Kebaier connaît bien ce groupe. Il avait déjà été sélectionneur de la Tunisie, notamment lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, où les Aigles de Carthage avaient tenu en échec la France, championne du monde en titre (1-0), lors du dernier match de poule. Une performance symbolique qui avait marqué les esprits, même si la qualification pour les huitièmes de finale n’avait pas suivi.

Sa mission est aujourd’hui bien plus compliquée. Il hérite d’une équipe déstabilisée, d’un vestiaire sous tension (des rapports évoquent une altercation entre le fils de Lamouchi et un supporter tunisien comme élément déclencheur de la crise) et d’un calendrier impitoyable. Qualifier la Tunisie pour les huitièmes de finale relèverait du prodige.

Mais dans le football, le prodige existe.

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