Portugal 1-1 RD Congo : Wissa écrit l’histoire et laisse Ronaldo sans réponse à Houston

Le Portugal contrôle le ballon, la RD Congo contrôle le rythme émotionnel. Entre maîtrise apparente et réalité du terrain, le scénario se renverse progressivement.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
12 Minutes de lecture
© Photo : FIFA

Portugal et la RD Congo se sont quittées sur un match nul (1-1) lors de leur entrée en lice dans le groupe K de la Coupe du monde 2026. C’était censé être la soirée de Cristiano Ronaldo. Ce fut celle de Yoane Wissa.

Avant même le coup d’envoi, tout le monde ne parlait que de lui. Ronaldo, âgé de 41 ans, allait disputer sa sixième Coupe du monde, un exploit accompli avant lui par Lionel Messi seulement. Il avait la nation portugaise dans sa poche, les caméras braquées sur lui et toute une histoire à prolonger. Mais le football a cette façon brutale de rappeler que le présent ne doit rien au passé.

Le Portugal démarre fort mais perd rapidement le contrôle

Le Portugal a ouvert le score très tôt. Dès la sixième minute, Pedro Neto a centré depuis la gauche et João Neves, âgé de 21 ans, a surgi de la tête pour tromper le gardien congolais. Un but dédié à Diogo Jota, décédé en juillet 2025 dans un accident de voiture avec son frère André Silva, une perte qui pèse encore lourd dans le vestiaire lusitanien et que ses coéquipiers portent au fond d’eux depuis le début du tournoi.

Avec ce but, Neves est devenu le troisième buteur portugais le plus jeune de l’histoire de la Coupe du monde, derrière Cristiano Ronaldo en 2006 et Gonçalo Ramos en 2022. Une statistique qui en dit long sur la nouvelle génération qui émerge autour du vieux capitaine.

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Pendant une demi-heure, le Portugal a fait tourner le ballon avec la tranquillité d’une équipe qui sait dominer. Vitinha, Bruno Fernandes et Bernardo Silva, le quatuor du milieu de terrain, ont circulé proprement sans jamais vraiment mettre le gardien congolais en danger. C’est là que le bât blesse.

Temps plein

Statistiques du match

🇵🇹 Portugal
1 – 1
🇨🇩 RD Congo
7Tirs8
75,4%Possession24,6%
1Tirs cadrés2
3Cartons jaunes1
0Cartons rouges0

Wissa inscrit un but qui entre dans l’histoire du football congolais

La RD Congo, elle, n’a jamais abdiqué. Wissa a tenté sa chance dès les premières minutes, avec un tir rasant légèrement dévissé. Kayembe a essayé à son tour. Des tentatives avortées, mais un signe clair : cette équipe venait pour jouer, pas pour subir.

Puis, dans les arrêts de jeu de la première mi-temps, tout a basculé. Sur un corner mal dégagé par les Portugais, Arthur Masuaku a centré au second poteau. Wissa, seul et complètement démarqué, a sauté au bon moment pour catapulter sa tête sous la barre. But. Premier but de l’histoire de la RDC en Coupe du monde. Le 32^e tir tenté par les Léopards depuis leur retour dans la compétition, 52 ans après leur unique participation sous le nom du Zaïre.

Ce moment dépasse le simple cadre d’un match nul dans une phase de groupes. Un demi-siècle d’attente soldé d’un coup de tête. Les joueurs congolais ont célébré avec une intensité qui ne trompait pas.

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Ronaldo traverse une soirée sans influence

La seconde mi-temps n’a rien arrangé pour Roberto Martinez. Le sélectionneur portugais a vu Neves croire marquer une deuxième fois, avant que João Cancelo, en position de hors-jeu, n’annule l’action. De l’autre côté, Cédric Bakambu a frappé le poteau sur une action finalement annulée pour faute.

Ronaldo, lui, a tenté deux fois sans jamais cadrer. Deux frappes molles, sans conviction, qui ont résumé son après-midi. Pendant 90 minutes, le meilleur buteur de l’histoire du football international a erré sur la pelouse du NRG Stadium, cherchant à jouer le rôle de liant entre ses partenaires plus jeunes et plus mobiles, se décalant volontairement hors-jeu pour libérer de l’espace sur les côtés, mais sans jamais y parvenir.

Ce n’est pas une surprise totale si l’on regarde les chiffres de près. Depuis son penalty contre le Ghana lors de la Coupe du monde 2022, Ronaldo n’a marqué qu’un seul but en 11 apparitions, entre cette compétition, l’Euro 2024 et ce premier match de la Coupe du monde 2026. Sur la même période, Messi en a marqué neuf rien qu’en Coupe du monde. Le contraste est vertigineux.

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Prolifique en sélection lors des qualifications (5 buts en 5 matchs) et régulier en club avec Al Nassr (28 buts en 30 matchs la saison dernière), Ronaldo semble pourtant frappé d’une forme d’impuissance dès que les grands tournois arrivent. À 41 ans, il est devenu le joueur de champ le plus âgé à démarrer un match de Coupe du monde. Un record de longévité qui force le respect. Mais ce soir-là, cela ne suffisait pas.

Groupe K — Classement

#ÉquipeJGNPBpBcDif.PtsForme
1
🇨🇴Colombie
110031+23
2
🇨🇩RD Congo
10101101
3
🇵🇹Portugal
10101101
4
🇺🇿Ouzbékistan
100113-20
Victoire Nul Défaite J = Joués · G = Gagnés · N = Nuls · P = Perdus · Bp = Buts pour · Bc = Buts contre

L’émotion de Houston autour du souvenir de Diogo Jota

Avant le coup d’envoi, le stade s’est figé. Une photo en noir et blanc de Diogo Jota, portant le maillot portugais, est apparue sur l’écran géant pendant l’hymne national. Bernardo Silva et Neves avaient les yeux rouges. Dans les tribunes, Joaquim et Isabel Silva, les parents du défunt attaquant, présents en tant qu’invités d’honneur, n’ont pas retenu leurs larmes.

La veille, Roberto Martinez avait déclaré : « Ce qui compte, c’est de nous battre pour l’un de ses rêves : gagner la Coupe du monde. Il n’y a pas de plus grande motivation que de garder son esprit vivant au sein de la sélection nationale. » Des mots qui résonnent fort quand on connaît l’importance de Jota pour cette génération.

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La RD Congo confirme qu’elle peut rivaliser avec les favoris

Ce résultat mérite qu’on s’y attarde, au-delà de l’anecdote historique. La RD Congo, 43e au classement FIFA, a fait jeu égal avec le Portugal, 7e mondial et l’un des favoris annoncés du tournoi. Les Léopards ont produit davantage de tirs et un indice d’expected goals (xG) supérieur à celui des Portugais (0,82 contre 0,64), malgré une possession de balle réduite.

Chancel Mbemba, leur capitaine et ancien défenseur de Newcastle United, a dirigé la défense avec une autorité qui a clairement mis le Portugal en difficulté. L’équipe de Sébastien Desabre a montré une organisation défensive solide et une grande efficacité en contre-attaque, deux atouts qui pourraient poser des problèmes à de nombreux adversaires dans ce groupe.

Le groupe K comprend également l’Ouzbékistan et la Colombie. Ces deux équipes se sont retrouvées le même soir à Mexico. Pour la RDC, un point d’entrée est loin d’être négligeable et d’autres bons résultats restent envisageables.

Wissa transforme une année difficile en symbole national

Pour Yoane Wissa, ce but revêt une importance personnelle considérable. Son transfert à Newcastle United pour 55 millions de livres sterling l’été dernier s’est transformé en saison noire : blessures à répétition, trois petits buts au compteur et pas un seul match démarré lors des 22 dernières journées de Premier League.

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Il y a même eu une polémique : Wissa avait décliné une convocation pour la Coupe d’Afrique des nations en milieu de saison, préférant se concentrer sur sa remise en forme avec son club. Un choix qui avait été incompris par certains de ses compatriotes.

Mais lors de ce premier match de Coupe du monde, il a été le joueur le plus remuant du terrain. Il a exercé un pressing constant sur les défenseurs, a effectué des courses dans le dos de la charnière lusitanienne et a remporté des duels avec détermination. Il n’a pas seulement marqué. Il a prouvé quelque chose.

Le Portugal confronté à ses limites offensives

Une chose est certaine : le Portugal devra hausser son niveau de jeu s’il veut tenir son rang de prétendant au titre. Un bilan de 75 % de possession pour une seule frappe cadrée illustre le problème. On ne gagne pas une Coupe du monde à force de faire tourner le ballon. Il faut aussi savoir trouver la faille, créer le danger et inquiéter le gardien adverse.

La qualité individuelle est incontestablement là. Mais Martinez doit maintenant trouver comment l’organiser pour qu’elle devienne collective et tranchante. Avec une équipe aussi bien dotée, l’exigence est à la hauteur des ambitions.

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