Études Studio signe un printemps 2027 où le temps devient une matière à créer

Dans le béton brut du Palais de Tokyo, Études Studio printemps 2027 convoque Gordon Matta-Clark pour bâtir un vestiaire masculin qui résiste — au temps, aux tendances, à l'oubli.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
7 Minutes de lecture

Il suffit parfois d’un sous-sol pour toucher quelque chose d’essentiel. Le 23 juin dernier, Aurélien Arbet et Jérémie Egry ont présenté la collection printemps 2027 d’Études Studio dans la galerie basse du Palais de Tokyo, un espace brut et bétonné, presque souterrain, qui sentait la cave chaude par 36 degrés. Un choix d’espace qui n’est pas fait par hasard. Un choix qui en dit long, ou presque.

Études Studio signe un printemps 2027 où le temps devient une matière à créer
© Photo : Études Studio

La collection s’intitule Short Term Eternity. Ce titre est emprunté aux Art Cards de l’artiste américain Gordon Matta-Clark, mort à l’âge de 35 ans en 1978 d’un cancer, et qui a laissé derrière lui une œuvre aussi radicale que brève. Matta-Clark avait développé le concept d’« anarchitecture » et était notamment connu pour ses « building cuts » : des découpes à grande échelle pratiquées dans des bâtiments voués à la démolition. Pour cette collection, le duo parisien s’est notamment inspiré de Conical Intersect, l’œuvre par laquelle Matta-Clark avait percé un cône géant à travers deux immeubles du XVIIe siècle condamnés par le chantier du Centre Pompidou. Un geste absurde et magnifique. Exactement ce qu’Arbet et Egry cherchent depuis toujours.

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© Photo : Études Studio

Fondé en 2012, Études Studio est un collectif à la croisée de la mode et de l’art basé à Paris. Arbet et Egry se connaissent depuis leur jeunesse dans la périphérie de Grenoble et ont fait leurs premiers pas ensemble dans la mode et l’édition. Ce substrat commun, l’amitié de longue date, la curiosité partagée et l’édition comme premier langage confère à la marque une cohérence que peu de labels français peuvent revendiquer. Depuis leur première collection, ils collaborent avec des artistes contemporains : Daniel Everett, Mark Gonzales, Robert Crumb, Henry Taylor, et même le cinéaste Gus Van Sant. Matta-Clark s’inscrit donc dans une longue lignée. Mais cette fois, la collaboration va au-delà du simple motif ou du clin d’œil graphique.

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Études Studio signe un printemps 2027 où le temps devient une matière à créer
© Photo : Études Studio

La collection printemps 2027 propose une réflexion sur le temps qui passe et sur ce que l’on fabrique malgré soi. L’idée centrale est de transformer l’usure de la ville en beauté, de faire des traces du temps, des graffitis et des gestes éphémères, des imprimés, des coupes et des intentions vestimentaires. Une position qui, dit autrement, reviendrait à affirmer que la mode n’est pas condamnée à l’obsolescence programmée. Qu’il est possible de créer des pièces durables.

Le vestiaire s’ouvre sur des longueurs fluides en crème et en kaki, des manteaux structurés côtoyant des vestes assouplies, des fermetures zippées, des poches techniques et des éléments amovibles permettant de faire évoluer les silhouettes. Le denim joue la carte de la durabilité : des traitements multiples (surteintures, lavages acides, pulvérisations de pigments et finitions résinées) évoquent les surfaces patinées des paysages urbains. Rien n’est neuf ici pour faire semblant. Tout semble avoir vécu sans être fatigué.

Études Studio signe un printemps 2027 où le temps devient une matière à créer
© Photo : Études Studio

Des pièces en maille aux bords effilochés donnent un léger parfum industriel, tandis que des sweats jacquard aux découpes courbes font écho aux structures trouées de Matta-Clark. En revanche, les pièces à grandes ouvertures circulaires maintenues par une armature métallique sont moins convaincantes. La référence y est trop frontale. On préfère de loin la chemise imprimée aux splotches multicolores qui semble recouverte de graffitis et traduit à elle seule le dialogue engagé avec l’univers de l’artiste.

Les Art Cards de l’artiste, ces notes aphoristiques qu’il a rédigées tout au long de sa pratique, apparaissent directement sur un ensemble chemise-pantalon et résonnent dans la bande-son du défilé. Un travail d’archive sobre et juste, qui n’écrase pas le vêtement sous le poids de la référence.

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© Photo : Études Studio

Côté silhouettes masculines, très majoritaires, les bermudas zippés portés avec des chemises ton sur ton caramel ou raisin écrasé affichent une urbanité maîtrisée. La palette de couleurs oscille entre des beiges crayeux, des sables grisés, des bruns métalliques et des rouges brique, comme des façades patinées par les années. Des nuances d’ardoise et d’aubergine ponctuent l’ensemble. Rien de spectaculaire. Beaucoup d’élégance discrète.

Le Studio Bag, archétype du sac de coursier introduit la saison dernière, s’offre un nouveau format plus ample, conçu pour les déplacements quotidiens. Il est décliné en cuir grainé à l’aspect usé, en suède souple ou en toile traitée. Une pièce qui, dans la logique de la collection, dit : ce sac est fait pour durer, pas pour être remplacé dans six mois.

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© Photo : Études Studio

Baptisée Short Term Eternity, la collection maîtrise ses marottes habituelles – pièces d’outerwear aux clins d’œil outdoor, détails utilitaires, traitements denim intenses, jeux de longueurs – sans jamais se laisser déborder par elles. C’est cela, finalement, la progression d’Arbet et Egry. Ils savent désormais exactement jusqu’où aller. Juste avant que ça ne devienne trop.

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La mode a une mémoire courte, dit-on souvent. Études Studio, elle, construit patiemment une bibliothèque. Collection après collection, collaboration après collaboration, elle refuse d’être le produit de son époque pour peut-être en devenir une trace durable.

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© Photo : Études Studio
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© Photo : Études Studio
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© Photo : Études Studio
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