Anthony Vaccarello nâa pas besoin de crier pour se faire entendre. Mardi, Ă la Bourse de Commerce, il lâa dĂ©montrĂ© une fois de plus avec une sobriĂ©tĂ© qui tranche dans le paysage de la mode masculine actuelle. Les mots-clĂ©s de la saison ? Retenue. FluiditĂ©. Et une sensualitĂ© qui ne se dĂ©voile jamais.

Il faut dâabord parler du dĂ©cor. LâĆuvre Cloud #07145 de lâartiste japonaise Fujiko Nakaya enveloppait la rotonde dans un voile de brume. Cette atmosphĂšre brumeuse, créée par lâinstallation immersive, soulignait lâunivers aĂ©rien et minimaliste de la collection. Les mannequins en Ă©mergeaient par vagues, tantĂŽt quasi invisibles, tantĂŽt dâune nettetĂ© saisissante. Un choix scĂ©nographique qui nâavait rien dâanecdotique : le flou comme parti pris esthĂ©tique, la retenue comme sĂ©duction assumĂ©e.
Vaccarello le dit lui-mĂȘme : « Je trouve ça plus fascinant que quelquâun qui essaie trop fort de sĂ©duire. » On le croit volontiers. La palette de couleurs dĂ©saturĂ©es, signature de la maison, renforce cette vision radicale. Gris perle, beige poudrĂ©, noir sec. Une rigueur chromatique qui oblige le regard Ă se tourner vers dâautres Ă©lĂ©ments : la coupe, le dĂ©tail, le geste.

Car câest bien lĂ que tout se joue. Les Ă©paules sont nettement accentuĂ©es par des Ă©paulettes architecturales, dessinant des silhouettes en V tranchantes, tandis que des matiĂšres lĂ©gĂšrement chatoyantes captent la lumiĂšre oblique des projecteurs. Les vestes sâallongent et les pantalons remontent haut sur la taille, une rĂ©fĂ©rence Ă peine voilĂ©e aux photos de Jacques Chirac dans les annĂ©es 1980 que Vaccarello qualifie lui-mĂȘme de « daddy style » avec le sourire. Lâhumour affleure toujours sous lâĂ©lĂ©gance chez ce crĂ©ateur.
Les boutons bijoux qui ornent les vestes Ă deux ou trois boutons mĂ©ritent quâon sây attarde. Ils sont inspirĂ©s de Tina Chow, une figure du cercle Saint Laurent, qui avait pour habitude de glisser une boucle dâoreille dans une boutonniĂšre pour en faire une broche improvisĂ©e. Vaccarello transforme ce geste instinctif en motif rĂ©current, Ă©levant lâaccessoire au rang de signature. On voit Ă©galement un foulard de soie nouĂ© serrĂ© comme un choker autour du cou nu, ainsi que des derbies transparents en polychlorure de vinyle qui rĂ©vĂšlent le pied, ce qui nâavait pas encore Ă©tĂ© osĂ© pour lâhomme. Les annĂ©es 2010 avaient vu exploser les talons transparents pour femmes, portĂ©s jusquâĂ lâĂ©puisement par les Kardashian ; avec ces derbies, la transgression change de camp.

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Le point culminant du dĂ©filĂ© reste la finale : trois tenues dorĂ©es se succĂšdent sur le podium, un hommage direct Ă Alber Elbaz et Ă sa lĂ©gendaire collection automne-hiver 2000 pour Saint Laurent. Le tissu lamĂ©, lĂ©gĂšrement patinĂ©, ressort comme une braise dans la brume. Vaccarello ne se contente pas de citer lâhistoire de la maison, il la fait vivre.
Un mot Ă©galement sur les anoraks en nylon aux Ă©paules gonflĂ©es, portĂ©s avec des pantalons taille haute. Le sportswear nâĂ©tait pas une prĂ©occupation centrale dâYves Saint Laurent, mais Vaccarello est convaincu que câest prĂ©cisĂ©ment lĂ quâil se serait dirigĂ© aujourdâhui. Lâargument tient. Ces piĂšces aux tons acides, orange Ă©lectrique et vert fluo, injectent une Ă©nergie rare dans une collection qui, sans elles, risquerait de se refermer sur elle-mĂȘme.
Cela fait dix ans que Vaccarello tient les rĂȘnes de Saint Laurent. Il est lâun des rares crĂ©ateurs capables de transformer un costume gris classique en objet de dĂ©sir. Ce printemps 2027 le confirme : la maison nâa pas besoin de spectacle pour exister. Elle a juste besoin dâun homme qui sait oĂč il va.













