Ce jour-là, le vent avait décidé de jouer les trouble-fête. Perchée sur les hauteurs rocheuses de l’Île-Rousse, face au phare de la Pietra, JACQUEMUS présentait le 29 juin sa collection printemps 2027, baptisée Le Bonheur. Mais les paravents de plage censés protéger les invités du soleil corse se sont envolés les uns après les autres. L’un d’eux a même frôlé le journaliste Loïc Prigent avant de rouler plus loin sur la terrasse. Personne n’a été blessé. Le spectacle, lui, a continué.

Cette collection marque le retour du créateur à ce qu’il sait faire de mieux : transformer un paysage en vitrine vivante. Après le musée Picasso et l’appartement de l’architecte Auguste Perret, deux décors plutôt confinés, JACQUEMUS renoue avec le grand air. Isabelle Huppert, l’acteur sud-coréen Park Seo-Joon, la chanteuse Alizée, enfant du pays, et Stéphane Bak figuraient parmi les invités venus assister à la descente des mannequins le long du sentier escarpé menant au phare, construit en 1857 sous le Second Empire.
Mais restons sur les hommes.
| 📌 Repères clés |
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| 🌊 Lieu — Défilé présenté à L’Île-Rousse, face au phare de la Pietra. ☀️ Collection — Printemps 2027, baptisée Le Bonheur. 👕 Vestiaire — Caftans, organza, nylon transparent, pantalons larges et sandales d’eau. 🎨 Palette — Vert d’eau, jaune soleil, rouge tomate, rose et terracotta. 🧴 Enjeu — Premier parfum JACQUEMUS attendu au printemps prochain avec L’Oréal. |

C’est là que cette collection frappe le plus juste. JACQUEMUS propose une garde-robe masculine libérée de toute rigidité, conçue pour les chaleurs que l’Europe connaît désormais chaque été. Des caftans en laine fluide ouvrent le bal, suivis de pantalons coupe barrel en organza taillés au scalpel aux revers contrastés. Puis viennent les costumes en nylon transparent dont la veste se glisse directement dans la ceinture élastiquée d’un pantalon ballon. On est loin du costume parisien classique. On est ailleurs, sur une île, dans une lumière qui efface les conventions.
Les couleurs, elles, s’affichent sans retenue : vert d’eau, jaune soleil, rouge tomate, et ce pantalon rose à revers terracotta qui a fait tourner les têtes sur le podium. Aux pieds, de petites chaussures plates et ultralégères, pliables en deux, portées indifféremment par les hommes et les femmes du casting. Sur la tête, de petits chapeaux coniques en paille, semblables à des cônes de glace posés de travers. Le mood board du créateur s’inspirait, dit-on, de fruits d’été. Cela se voit, cela se sent, cela donne presque faim.
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Simon Porte Jacquemus n’a jamais caché que ses collections puisaient dans son enfance. La Corse n’est pas un décor anodin ici. Il y a passé des vacances avec sa mère, aujourd’hui disparue, et l’île a donc une valeur sentimentale que les paillettes du défilé ne suffisent pas à masquer. Ses enfants, Mia et Sun, ont également laissé leur empreinte sur cette collection. Il confie que ce sont eux qui lui donnent envie d’oser à nouveau le jaune, le rouge, les rayures et les petites sandales que l’on garde aux pieds en entrant dans l’eau.
Ce choix de site a également une dimension moins commerciale qu’il n’y paraît. La maison JACQUEMUS s’est en effet associée à la commune de L’Île-Rousse pour soutenir la restauration du phare, un monument classé qui veille depuis plus d’un siècle et demi sur cette côte capricieuse. Un geste de mécénat local qui tranche avec l’image parfois superficielle associée aux défilés spectaculaires.

Reste la question qui agite la profession depuis des mois. Cette collection prépare-t-elle le terrain pour autre chose ? JACQUEMUS doit en effet lancer, au printemps prochain, son premier parfum, développé avec L’Oréal, sa toute première incursion dans l’univers de la beauté. Le créateur assure qu’il n’existe aucun lien direct entre le vestiaire présenté à l’Île-Rousse et l’emballage du futur flacon. Il admet cependant penser désormais « en 360 degrés », non plus seulement comme créateur, mais aussi comme fondateur d’une marque qui doit exister au-delà du podium.
Pour l’homme qui s’habille aujourd’hui en JACQUEMUS, ce printemps 2027 tient une promesse simple. Celle de pouvoir porter l’été sans y penser, sans lutter contre la chaleur, sans se déguiser en dandy transi. Juste un caftan, un pantalon large et des sandales que l’on garde aux pieds jusque dans l’eau. Le bonheur, visiblement, tient parfois à peu de choses.


















