doublet ouvre le printemps 2027 sur une journée d’homme ordinaire, du réveil jusqu’à la nuit tombée, et la transforme en satire mordante de nos vestiaires contemporains. Masayuki Ino y déploie une galerie de personnages hauts en couleur, entre humour assumé et matières recyclées inédites, fidèle à l’écriture ironique qui a fait la réputation de la maison japonaise depuis 2012.

Le créateur japonais a bâti sa réputation sur un art consommé du clin d’œil. Depuis qu’il a lancé sa maison en 2012 aux côtés du modéliste Takashi Murakami, il cultive une écriture du vêtement où l’ironie fait office de colonne vertébrale, une approche qui s’est rapidement imposée comme l’une des plus singulières de la scène contemporaine. Ce printemps ne fait pas exception.
L’invitation donnait le ton. Une capture d’écran de l’application Notes, façon liste de tâches, égrenait le programme d’une journée ordinaire de créateur : réveil, café, e-mails, backstage. Sur le podium, un projecteur balayait le sol avant de remonter vers le ciel, tandis qu’un coq chantait quelque part dans la salle. La journée commençait vraiment.
Pour l’homme, Ino a conçu une galerie de personnages plutôt qu’un simple défilé de silhouettes.
| 📌 Repères clés |
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| 🎭 Collection — Doublet imagine le printemps 2027 comme une succession de scènes du quotidien revisitées avec humour. 🌱 Innovation — Charbon recyclé, fibre de banane et bois enrichissent plusieurs tissus expérimentaux. 👔 Vestiaire — Chaque silhouette détourne les codes classiques de la garde-robe masculine. 🇯🇵 Création — Masayuki Ino poursuit sa vision mêlant satire, précision technique et savoir-faire japonais. ✨ À retenir — Derrière l’absurde apparent, la collection propose une réflexion sur notre rapport au vêtement. |

Il y a d’abord ce garçon trop beau, avec des liasses de billets qui s’échappent de son short de sport rose bonbon, un tee-shirt siglé « Watch » et une montre brodée directement sur le poignet. Un clin d’œil à la frime, sans une once de méchanceté.
Vient ensuite le yuppie, qui commence sa journée à la salle de sport et la termine engoncé dans un imperméable plastifié, silhouette tout droit sortie d’un thriller new-yorkais des années 1980. Entre les deux, le costume garde sa coupe nette, mais l’esprit dérape allègrement.
Le propriétaire de chat, lui, traverse le podium façon rescapé, panier pour félin à la main et tee-shirt « I love PUMA » déchiré sur le torse. Un teaser à peine voilé pour la collaboration à venir entre doublet et l’équipementier allemand.
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Autre trouvaille, plus sobre en apparence : un même homme apparaît trois fois, toujours en chemise noire et jean bleu, à quelques détails près. Une manière de rappeler que la garde-robe masculine, sous ses airs de répétition, ne cesse jamais vraiment de bouger.
Derrière la fantaisie, une matière plus sérieuse s’est glissée dans les collections. Après le fil issu de la capture de carbone lancé la saison passée, Ino a introduit du charbon recyclé, de la fibre de banane et du bois dans certaines pièces. Un cardigan à motif léopard doit ainsi son ombrage au charbon transformé en teinture, tandis qu’un tweed marie les trois matières sans le crier sur les toits. La pièce la plus aboutie reste peut-être ce vêtement modulable qui peut se transformer en chemise, en robe fourreau ou en trench, chaque segment étant travaillé dans une fibre différente. Une façon d’inscrire l’innovation textile dans le quotidien plutôt que de la réserver à un futur hypothétique.

Le vocabulaire visuel de la maison, lui, reste fidèle à sa marque de fabrique. Des mannequins portaient une pièce en plastique de couleur chair imitant un string, associée à un pantacourt et à un crop top, tandis qu’une étiquette de pressing traînait encore dans le dos d’un tailleur et qu’une paire de lunettes de soleil semblait avoir fondu sur le col d’un tee-shirt. Plus loin, de fausses montres brodées ornaient les manches et des chaînes dorées s’imprimaient sur des blazers et des hauts, en écho direct aux détournements de sacs et de bijoux de luxe que doublet affectionne depuis plusieurs saisons.
Le trait est appuyé, parfois jusqu’à l’excès. Mais c’est précisément là que réside la signature d’Ino, ce Japonais né dans la préfecture de Gunma, qui a travaillé chez Miharayasuhiro avant de fonder sa propre maison. Le prix LVMH obtenu en 2018 n’a rien changé à son goût pour l’absurde assumé.
On pourrait regretter que la démonstration verse parfois dans la surenchère, au détriment de la spontanéité. Chez doublet, le vêtement reste avant tout un prétexte pour sourire.
Une question, presque enfantine, reste en suspens en sortant du défilé. À quoi ressemblera notre propre samedi soir, vu depuis un podium parisien ? Avec ce printemps 2027, doublet ne répond pas vraiment. Il préfère en rire.

















