Un but. Une élimination. Puis, en quelques heures, une tempête diplomatique que personne n’avait vue venir. C’est ce qu’a provoqué la sortie de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla contre Kylian Mbappé, le lendemain de la victoire des Bleus face au Paraguay en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Un penalty transformé à la 70e minute, une qualification arrachée dans la douleur, et voilà que le football cède la place à une polémique aux relents racistes qui dépasse largement le cadre du stade de Philadelphie.
Le penalty de Mbappé qui fait basculer l’après-match
Samedi soir, rien ne laissait présager un tel emballement. France 1, Paraguay 0 : un match viril, fermé, disputé avec les dents. Mbappé avait lui-même décrit la physionomie de la rencontre avec sa franchise habituelle : « Nous savions à quoi ressemblerait ce match. Nous aussi, on sait se salir les mains, on sait jouer moche. » Une victoire sans éclat, mais une victoire.
Le problème n’est pas venu du terrain.
Il est venu des réseaux sociaux, dans la nuit qui a suivi la rencontre.
Les propos racistes de Celeste Amarilla sur X
Céleste Amarilla, sénatrice du Parti libéral radical authentique et figure connue de la vie politique paraguayenne depuis plusieurs décennies, a publié sur X une série de messages visant directement l’attaquant du Real Madrid. Elle y qualifie Mbappé de « Camerounais colonisé » qui chercherait « désespérément à se faire passer pour Français ». Elle ajoute qu’il n’aurait « même pas appris à écrire » et qu’« au lieu du lait maternel, il tétait des noix de coco ».
Des mots crus. Des mots qui ne laissent aucune place au doute quant à leur nature.
Elle reproche également au capitaine des Bleus de ne pas avoir serré la main du gardien paraguayen Orlando Gill au coup de sifflet final, un geste qu’elle décrit comme « presque sacré » et dont l’absence relèverait, selon elle, du « mépris » et de l’« arrogance ».
Mbappé répond avec une fermeté rare
Mbappé n’a pas laissé traîner sa réponse. Elle est arrivée le lundi, ferme et sans détour, sur son compte X. « Madame Celeste Amarilla, vous êtes une femme méprisable et indigne de votre fonction », a-t-il écrit. Le ton monte encore d’un cran lorsqu’il évoque la performance de l’équipe paraguayenne, balayée par la polémique : « Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà oublié le parcours et l’effort historique réalisés par vos joueurs durant cette Coupe du monde, pour laisser place à une dame incompétente donnant la pire image possible de son pays. »
Une phrase, une seule, résume sa position : « Je ne laisserai jamais à des gens comme elle la liberté de propager leur haine et leur racisme à travers le monde. »
Le message a été vu des millions de fois en quelques heures.
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La FFF, l’Élysée et le Paraguay entrent dans l’affaire
L’affaire, déjà lourde, a rapidement quitté le seul terrain sportif. La Fédération française de football a annoncé qu’elle signalerait les propos de la sénatrice paraguayenne au parquet, les jugeant « totalement abjects et inacceptables ». Elle réclame des poursuites.
Emmanuel Macron a ensuite réagi par l’intermédiaire de l’Élysée : « Le président de la République se tient aux côtés de Kylian Mbappé et de l’équipe de France face aux attaques racistes dont le capitaine des Bleus est la cible. » Il a même évoqué, dans la foulée, « un but de plus » pour l’attaquant tricolore, « contre le racisme cette fois ».
La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, n’a pas été en reste. Elle a jugé ces propos « abjects, honteux et d’autant plus inacceptables qu’ils émanent d’une responsable politique », avant d’ajouter : « En s’en prenant à Kylian Mbappé, la sénatrice s’en prend à tout ce que notre capitaine incarne, ainsi qu’à tout ce que notre pays représente : la liberté, l’égalité et la fraternité. »
Même son de cloche du côté du staff des Bleus. Guy Stéphan, l’adjoint de Didier Deschamps, a résumé la situation en trois mots devant la presse : « Indigne, abject, scandaleux. »
Du côté du Paraguay, le gouvernement a pris ses distances dès le lundi après-midi. Un communiqué officiel qualifie les déclarations de la sénatrice de « contraires aux valeurs et aux principes qui inspirent la coexistence pacifique et le respect de la dignité humaine », des valeurs et des principes que le pays entend promouvoir. Le président paraguayen aurait même écrit directement à son homologue français pour condamner ces propos, précisant qu’ils n’engageaient ni le gouvernement ni le peuple paraguayen.
Celeste Amarilla entretient la polémique
On aurait pu croire l’affaire close. Elle ne l’est pas.
Dans la nuit de lundi à mardi, Celeste Amarilla a publié une longue lettre ouverte à l’attention de Mbappé. Elle y reconnaît une forme d’emportement sans jamais présenter d’excuses claires. Pire encore, elle retourne l’accusation contre le joueur français, dénonçant à son tour un traitement injuste. « Moi non plus, je ne tolérerai pas ta violence. Tu ne me connais pas, tu n’as aucune idée de qui je suis, et tu n’as pas le droit de dire que je suis une femme méprisable et indigne de la fonction que j’exerce », écrit-elle, avant de conclure sur une note menaçante : « Rétracte-toi, honore ta citoyenneté française et présente tes excuses, sinon je pourrai entamer des actions en justice pour violence de genre. »
De la contrition, elle n’en montre guère. En revanche, elle a de la mise en accusation à revendre.
Le football face au poids politique du racisme
Ce genre d’histoire n’a rien d’anodin. Le sport, et le football en particulier, agit comme un miroir grossissant des tensions d’une société. Une insulte lancée depuis un siège de sénateur a un poids bien différent d’une remarque anonyme noyée dans les commentaires d’un match. Elle engage une fonction, une institution, un pays tout entier, que ce pays le veuille ou non.
Kylian Mbappé, meilleur buteur de l’histoire des Bleus et actuellement en tête de la course au soulier d’or de la compétition avec sept buts, n’en est pas à sa première prise de parole publique sur ces questions. Mais jamais l’attaque n’avait pris une forme aussi frontale, venant d’une élue en exercice.
La suite de l’affaire se jouera sans doute devant la justice française, où la Fédération entend porter le dossier. Reste à savoir si Celeste Amarilla choisira, à un moment ou à un autre, la voie des excuses sincères plutôt que celle de la polémique entretenue. Pour l’instant, rien n’indique qu’elle y soit disposée.
Jeudi, la France affrontera le Maroc en quart de finale à Foxborough. Le ballon reprendra ses droits. Mais l’écho de cette semaine ne s’effacera pas de sitôt.



