| Suno Vinyl est un service de pressage annoncé par Suno qui permettra de transformer jusqu’à 46 minutes de morceaux issus de sa bibliothèque en vinyle 12 pouces personnalisé. Le disque est annoncé à 45 dollars hors livraison, avec pochette et labels personnalisables. Fabriqué en PETG, il n’est pas encore commercialisé et reste accessible via une liste d’attente. |
Suno veut désormais faire sortir la musique générée par intelligence artificielle des écrans. Avec Suno Vinyl, l’entreprise prépare un service capable de presser jusqu’à 46 minutes de morceaux sur un véritable 12 pouces personnalisé, annoncé à 45 dollars hors livraison. Après avoir bousculé la création musicale, elle s’attaque ainsi à l’un de ses objets les plus physiques et les plus chargés de mémoire.
Le principe est simple. L’utilisateur choisit des morceaux dans sa bibliothèque personnelle Suno, jusqu’à 46 minutes au total, soit la durée classique d’un album pressé sur un format 12 pouces. Il importe ensuite une pochette et les étiquettes des deux faces, en couleur, avec ses propres visuels ou ceux générés par l’outil. Le disque part alors en fabrication, passe un contrôle qualité, puis est expédié à l’adresse indiquée.
Sur sa page dédiée, Suno mise sur l’émotion plutôt que sur la prouesse technique. L’entreprise évoque des chansons pour « l’anniversaire, la fête, la private joke devenue un hymne », et promet un objet qui n’est pas une « nouveauté gadget », mais un enregistrement véritablement pressé. Le message est clair : transformer un fichier numérique éphémère en souvenir tangible.
Reste que le service n’est pas encore accessible. Une liste d’attente a été mise en place sur le site, avec la mention que les détails techniques sont en cours de finalisation avant le premier lot de pressage.
Suno annonce un prix d’environ 45 dollars par disque, hors frais de port. Un montant qui reste dans la fourchette basse du marché : en 2026, un vinyle produit en petite série chez un artiste établi se négocie généralement à ce niveau de prix.
Le disque sera composé de polyéthylène téréphtalate glycol (PETG), un plastique que la société qualifie d’éco-responsable. Ce choix contraste avec le PVC classique, souvent critiqué pour son empreinte environnementale, et utilisé par la grande majorité des pressages. Reste à savoir si le rendu sonore et la durabilité du sillon tiendront la comparaison sur le long terme, un point que Suno n’a pour l’instant pas détaillé publiquement.
Ce lancement ne sort pas de nulle part. Début juin, Suno a bouclé un tour de table de plus de 400 millions de dollars, ce qui a propulsé sa valorisation à 5,4 milliards de dollars, soit plus du double des 2,45 milliards atteints sept mois plus tôt. Un bond rare pour une société fondée il y a moins de quatre ans. Le fondateur et directeur général, Mikey Shulman, avait alors défendu une ambition simple : permettre à davantage de personnes de s’exprimer par la musique, au-delà du cercle des professionnels du secteur.
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Presser des vinyles s’inscrit dans cette logique de diversification. L’entreprise cherche visiblement à ancrer son offre dans le monde physique, alors que ses détracteurs lui reprochent justement de ne produire que du contenu désincarné, généré en quelques secondes sans studio ni musicien.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Suno est toujours empêtrée dans plusieurs procès pour violation du droit d’auteur. Universal Music Group et Sony Music continuent de la poursuivre devant la justice américaine, lui reprochant d’avoir entraîné ses modèles sur des dizaines de milliers d’enregistrements protégés sans leur autorisation. Les deux maisons de disques ont d’ailleurs demandé au tribunal l’autorisation d’ajouter 61 026 enregistrements à leur plainte, après avoir utilisé une technologie d’empreinte audio pour identifier des œuvres dans les données d’entraînement de Suno. L’entreprise s’oppose à cette extension, qui reste à ce stade soumise à la décision du tribunal.
Warner Music Group, de son côté, a choisi une autre voie. La maison de disques a réglé son litige avec Suno en novembre dernier via un accord de licence, une première dans l’industrie. Un modèle musical développé conjointement avec Warner doit d’ailleurs être lancé dans les prochains mois.
Dans ce contexte tendu, presser des vinyles à partir de morceaux générés par IA revient presque à provoquer les maisons de disques sur leur propre terrain, celui de l’objet physique et de la collection. Certains musiciens ne s’y sont pas trompés : sur les forums spécialisés, les réactions oscillent entre ironie et inquiétude pour l’avenir de la profession.
Mais la question de fond demeure entière. Un disque pressé à partir d’une IA entraînée sur des œuvres protégées reste un disque issu d’une zone grise juridique. Tant que les tribunaux n’auront pas tranché, chaque nouvelle extension de Suno, aussi séduisante soit-elle sur le papier, continuera d’avancer sur un terrain miné.



