MUJI voit plus grand à Bastille et ouvre un nouveau chapitre européen

Rue du Faubourg Saint-Antoine, Muji quitte sa boutique étroite pour trois étages de bois blond, et le basique japonais trouve enfin la place de raconter toute son histoire.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
9 Minutes de lecture
© Photo : Muji
MUJI a ouvert le 8 octobre 2026 son nouveau magasin parisien au 64, rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le quartier Bastille. Cette adresse de 1 300 m² répartis sur trois niveaux accueille notamment un espace masculin et MUJI Labo. L’enseigne japonaise ambitionne de tripler son chiffre d’affaires européen entre 2025 et 2030.

Je connais le Muji de la Bastille depuis longtemps. C’était celui du 91, rue du Faubourg Saint-Antoine, ouvert en 2009. Un magasin un peu étroit où l’on venait chercher un carnet, un stylo gel ou un tee-shirt gris sans logo. On y entrait vite. On en sortait vite.

Ce temps-là est fini.

Depuis le 8 octobre, l’enseigne japonaise occupe le 64 de la même rue, à l’angle de la rue de Charonne. Elle s’étend sur trois niveaux et 1 300 mètres carrés. Là où un JD Sports alignait ses murs de baskets, il y a désormais du bois clair. Muji n’a parcouru que quelques dizaines de mètres, mais ce déménagement compte. Pour la marque, cette nouvelle adresse à Bastille marque le début d’un chantier européen d’une tout autre ampleur. Et au passage, les hommes y gagnent enfin un étage rien que pour eux.

MUJI voit plus grand à Bastille et ouvre un nouveau chapitre européen
© Photo : Muji

MUJI veut tripler son chiffre d’affaires européen d’ici 2030

Un petit rappel d’abord. Muji est la contraction de Mujirushi Ryōhin, qui signifie « produits de qualité sans marque ». Au Japon, c’est une institution, une évidence de la vie domestique. Sur le Vieux Continent, où elle est arrivée il y a plus de trente ans (premier magasin européen à Londres en 1991), l’enseigne a longtemps été perçue différemment. On la connaissait pour ses boîtes de rangement en polypropylène, sa papeterie et quelques articles en coton. Une image utile et sobre, un peu sage aussi.

- Publicité -

La direction européenne veut corriger cette vision partielle. Le nouveau magasin présente enfin les sept catégories de produits du groupe. Surtout, il leur donne de l’espace pour respirer, pour être mises en scène et pour être comprises.

Les chiffres témoignent de l’appétit de la marque. Muji vise en effet un triplement de son chiffre d’affaires européen entre 2025 et 2030. Le budget n’est pas communiqué, mais les étapes sont connues. Après Bastille, deux véritables flagships ouvriront en mars, les premiers de la marque en Europe. Le premier sera situé au 126, rue de Rivoli, à Paris, et disposera de plus de 2 000 mètres carrés de surface de vente. La marque le présente comme son plus grand magasin européen. Le second ouvrira sur Oxford Street, à Londres. D’autres ouvertures sont prévues à moyen terme.

« Cette ouverture à Paris illustre parfaitement notre ambition pour Muji en Europe », explique Takuo Nagahara, président du conseil d’administration de Muji Europe. Il ajoute vouloir imaginer de nouveaux espaces pour faire découvrir plus largement l’univers de la marque. Le magasin du Faubourg Saint-Antoine en constitue, selon lui, une nouvelle étape.

Au rez-de-chaussée, MUJI mise sur les matières naturelles

Les vitrines ont été pensées pour le quartier. La clientèle sera d’abord locale, et Muji le sait. La façade met en avant deux offres. D’un côté, la collection d’automne en poil de yak, avec des silhouettes amples, contemporaines et faciles à porter. De l’autre, des soins pour la peau fabriqués au Japon.

- Publicité -

Le yak mérite qu’on s’y arrête. Cette fibre chaude et douce reste encore rare dans les rayons des grandes enseignes. On ne l’attendait pas chez le roi du basique, et sa présence en vitrine témoigne de l’ambition textile de la maison.

Au rez-de-chaussée, le visiteur trouve d’abord la papeterie, fidèle à sa réputation. Juste à côté, un vaste espace accueille le prêt-à-porter féminin, construit autour de matières naturelles. Le décor reste fidèle à l’esprit de la maison, avec du bois blond, des lignes nettes et une décoration sobre. C’est le produit qui prime.

Pourtant, rien n’est triste. Les vêtements et les objets sont présentés de face, déclinés par couleur, en séries presque graphiques. L’œil comprend tout de suite et l’on sait où aller.

- Publicité -

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.

Le vestiaire masculin et MUJI Labo prennent le premier étage

Messieurs, montez.

C’est ici que le vestiaire masculin dispose enfin d’un espace digne de ce nom. Il côtoie l’offre voyage et le linge de bain. Les serviettes et les peignoirs y hésitent entre l’inspiration japonaise et un confort plus européen.

La vraie nouveauté est ailleurs. Pour la première fois, Muji Labo dispose d’un véritable espace. Il s’agit de la ligne la plus pointue de l’enseigne, avec des pièces souvent unisexes, des coupes plus travaillées et des matières plus recherchées. Le basique y gagne en épaisseur. Pour un homme qui aime la mode mais pas les logos, c’est sans doute le rayon le plus intéressant du magasin.

- Publicité -

Je le dis sans détour : on attendait ce moment depuis longtemps.

MUJI voit plus grand à Bastille et ouvre un nouveau chapitre européen
© Photo : Muji

Mobilier et art de vivre japonais investissent le dernier étage

Le dernier étage est consacré à la vie domestique. Le mobilier y occupe une place plus importante, et ce n’est pas un hasard. Pendant des siècles, le Faubourg Saint-Antoine a été le quartier des ébénistes, des ateliers et des showrooms de meubles. Muji s’installe dans ce paysage en connaissance de cause.

Autour des meubles, l’étage est découpé en zones. On y trouve le rangement, les petits accessoires de confort, les produits d’entretien, le linge de lit et les ustensiles de cuisine. Il y a aussi la sélection alimentaire, avec ces petites douceurs et ces plats venus du Japon que les habitués connaissent bien.

Des ateliers et des animations accompagnent l’inauguration jusqu’au dimanche 11 octobre. Le magasin est à quelques minutes à pied de la station de métro Bastille (lignes 1, 5 et 8). Mon conseil : allez-y un samedi matin, avant la foule.

- Publicité -

Après sa restructuration, MUJI prépare deux flagships européens

Derrière la boutique se cache une entreprise qui a appris la prudence. Au printemps 2024, sa holding européenne a été placée en administration au Royaume-Uni, avec près de 100 millions de livres de dettes. L’activité a été reprise par une autre filiale du groupe, au prix de fermetures de magasins non rentables. Depuis, Muji Europe a réorganisé son réseau et renoué avec des marges positives. Ryohin Keikaku, le groupe propriétaire de Muji, est coté à Tokyo et doit publier ses résultats annuels dans les prochains jours. Il avait revu ses ambitions à la hausse pour son exercice décalé 2025-2026. Il prévoyait une croissance des ventes de plus de 15 %, soit 907 milliards de yens (environ 5,6 milliards d’euros). Sur le dernier trimestre, ses ventes sur la zone Amériques-Europe ont progressé de 22 %.

La marque a donc les moyens de ses projets.

- Publicité -
ÉTIQUETTES :
Partager cet article