Au printemps 2027, Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood libère l’homme en chemise de nuit

Des cotons bazin rapportés de Barbès et une veste du XVIIe siècle au dos de chutes nourrissent la collection homme printemps 2027 d'Andreas Kronthaler pour Vivienne Westwood.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
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Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood présente sa collection homme printemps 2027 à Paris, au Palais de la Femme. La collection place la chemise de nuit au centre du vestiaire masculin estival. Les modèles utilisent notamment des cotons bazin colorés achetés à Barbès. Le créateur relie cette proposition au confort et à la chaleur estivale.

Faire ses courses à vélo en chemise de nuit, sans rien dessous, au sortir d’un été caniculaire : telle est l’expérience qu’Andreas Kronthaler a tentée avant d’en faire une collection. Le résultat a défilé à Paris et montre ce que les hommes s’autorisent à porter quand il fait trop chaud pour faire semblant.

Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood a fait le pari de l’été et d’un homme à l’aise dans ses vêtements. Pour le défilé printemps 2027, donné au Palais de la Femme, le créateur autrichien a sorti la chemise de nuit du placard et l’a envoyée sur le podium : large, colorée, et sans rien dessous. Le vestiaire masculin de la maison y gagne une liberté qu’on ne lui connaissait pas à ce degré. À l’heure où chaque été un peu plus chaud remet en cause le costume et ses couches, cette proposition ne tombe pas tant comme une provocation que comme une réponse.

Ce jour-là, Paris n’avançait plus. La marche des fiertés partait de la place d’Italie, passait par le Quartier latin et gagnait Bastille, tandis que des brocantes et des vide-greniers occupaient la rive gauche. Le soleil était de la partie, la foule aussi. Pour rejoindre le Palais de la Femme, il fallait de la patience ou un vélo en libre-service. Jaden Smith comptait parmi les invités arrivés à l’heure. D’autres, coincés dans les embouteillages après le défilé précédent, ont compris que celui-ci ne les attendrait pas.

Andreas Kronthaler se tenait déjà en tête de la file des mannequins. « C’est l’été, a-t-il résumé. Tout dépend de ce que vous avez envie de porter. »

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La couleur est née à Barbès. Le créateur a arpenté les boutiques de tissus de ce quartier du nord de Paris et a rapporté des cotons bazin aux teintes franches et au toucher lustré. Il a choisi ses longueurs « très au hasard » et laissé la suite se décider sur le mannequin.

Ces cotons habillent des chemises de nuit au volume généreux. Elles tombent bas, flottent autour du corps et captent la lumière. Sur un homme, l’effet surprend d’abord. Il séduit ensuite.

Autre point de départ : une veste de la fin du XVIIe siècle, la Cheat Jacket, découverte grâce à un institut londonien du costume. Son beau tissu n’occupait que le devant. Le dos, invisible de face, était assemblé avec des chutes. Andreas Kronthaler a fait de cette économie d’époque une règle de saison. Ses silhouettes associent des étoffes différentes selon l’angle, et les mannequins se sont retournés plusieurs fois sur le podium pour permettre d’apprécier l’ensemble. Ce détail en dit long sur la maison : chez Westwood, l’histoire du vêtement n’est pas une référence qu’on cite, c’est une matière qu’on détourne.

« Le dos compte autant que le devant », a-t-il expliqué. « Cette collection tient tout entière au mouvement. »

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Le vestiaire suit cette logique. Des gilets posés de travers, taillés dans ce que l’étiquette annonce comme du « jersey de luxe ». Des bloomers léopard, d’une audace tranquille. Des manteaux frangés très travaillés. Et la fameuse veste du XVIIe siècle réinterprétée : du beau drap là où l’œil se pose, une étoffe plus modeste ailleurs.

Le créateur ne s’en cache pas : il dessine aussi pour son propre plaisir. Des hommes solides dans des chemises de nuit amples, des hommes en maillot : un plaidoyer espiègle pour la séduction masculine. « Un homme devrait être aussi sexy qu’une femme, a-t-il déclaré en coulisses. Je ne vois aucune différence. » Ce propos n’est pas nouveau chez Westwood, mais dans un moment où l’on rediscute beaucoup de ce qu’un homme peut porter, il prend un relief particulier.

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La chemise de nuit a une origine très personnelle. Après un été étouffant, Andreas Kronthaler en a porté une pendant une journée entière, à vélo, pour faire ses courses. « Il n’y a rien dessous, vraiment », a-t-il plaisanté. « Les gens ont adoré. Partout où j’allais, on me souriait ou on me saluait gentiment. » C’est ce qui distingue cette création d’un simple coup d’éclat : elle a d’abord été testée dans la rue, avant d’arriver sur le podium.

Le reste de la garde-robe estivale joue la même carte. Un slip de bain orné d’éclairs, accompagné d’une bouée orange. Des plateformes à motif cachemire dotées de cornes de diable. Des badges proclamant « Boys ❤️ My Swag ». Des breloques d’une franchise totale, suspendues à des mailles dorées. Rien de discret, mais rien d’agressif non plus : l’humour désamorce l’audace.

Andreas Kronthaler a confié que cette collection était la première depuis la disparition de sa femme où il avait trouvé comment perpétuer l’envie de Vivienne Westwood de faire porter un message par la mode. Il l’a prolongée en renouvelant sa collaboration avec Body & Soul, une association de prévention du suicide. « C’est ma façon de faire passer un message », a-t-il précisé.

Pendant le défilé, le poète punk Stuart McKenzie déclamait ses vers en direct et la voix de Vivienne Westwood surgissait par fragments. « On trouve des idées en développant des idées qui existent déjà », disait-elle. Cette phrase résume la maison. Finalement, le créateur a embrassé le poète pendant que le dernier mannequin quittait le podium.

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Pour ceux qui voudraient s’y essayer, le point d’entrée est simple : une chemise de nuit ou une chemise ample en coton vif, portée ouverte sur un pantalon de lin, avec des sandales ou des plateformes selon l’humeur. Le printemps 2027 de la maison britannique autorise à s’habiller pour le plaisir. Et de soigner le dos. Notre avis : peu de collections pour hommes assument aussi franchement que l’élégance estivale commence par le confort et par le courage de ne plus se prendre au sérieux.

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