Le duo Christophe Lemaire et Sarah-Linh Tran a choisi lâOpĂ©ra Bastille pour prĂ©senter sa collection automne 2026 de LEMAIRE, dans la continuitĂ© de la collection automne 2025, dĂ©jĂ marquĂ©e par un luxe discret et une Ă©lĂ©gance fonctionnelle. Fini le dĂ©filĂ© linĂ©aire traditionnel oĂč les mannequins se succĂšdent mĂ©caniquement. La maison parisienne opte pour une approche scĂ©nographique qui interroge la dĂ©shumanisation croissante de lâindustrie de la mode.
| đ Format : performance théùtrale scĂ©nographiĂ©e đ Lieu : OpĂ©ra Bastille, Paris đ„ Direction crĂ©ative : Christophe Lemaire & Sarah-Linh Tran đ Vestiaire : masculin, proportions gĂ©nĂ©reuses, silhouettes fluides đš Inspirations : théùtre, poĂ©sie, cinĂ©ma, humanitĂ© rĂ©elle đ§” MatiĂšres : cuir, daim, velours froissĂ©, denims enduits đ§ Intention : rĂ©sister Ă la dĂ©shumanisation de la mode |

Un dĂ©filĂ©-performance théùtral Ă lâOpĂ©ra Bastille
Lâauditorium plongĂ© dans lâobscuritĂ© fait face Ă un rideau gris sur lequel la lumiĂšre joue avec les ombres. Les mannequins apparaissent par petits groupes de sept hommes, puis quatre femmes, avant que dâautres configurations ne surgissent. Cette orchestration, signĂ©e de la main de la scĂ©nographe française reconnue Nathalie BĂ©asse, transforme la prĂ©sentation en une sĂ©rie de tableaux vivants. Le sonnet 141 de Shakespeare flotte dans lâair tandis que les mannequins se dĂ©placent sur la scĂšne semi-circulaire.
Certains invitĂ©s bĂ©nĂ©ficient dâune vue plongeante sur les opĂ©rations qui se dĂ©roulent en contrebas. Les mannequins glissent silencieusement ou surgissent en grappes Ă©nergiques. Parmi eux, lâactrice sud-corĂ©enne Doona Bae, lâacteur japonais Kazuya Tanabe et la danseuse amĂ©ricaine Julie Anne Stanzak, membre du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch. Cette derniĂšre pirouette dans une robe jaune beurre vaporeuse, ses talons bloc serrĂ©s contre elle.

Un vestiaire masculin ample, fonctionnel et poétique
Les hommes dĂ©filent dans des vestes en cuir et en daim qui tĂ©moignent dâun savoir-faire artisanal impeccable. Les manteaux Ă©lĂ©gants glissent sur des pantalons aux proportions gĂ©nĂ©reuses. Les chemises aĂ©riennes affirment cette fluiditĂ© qui caractĂ©rise la griffe depuis ses dĂ©buts. Sarah-Linh Tran Ă©voque en coulisses des denims enduits qui imitent le cuir ou lâaluminium, donnant aux piĂšces une texture mĂ©tallique captivante.
La collection masculine LEMAIRE affiche une approche pragmatique de lâhabillement. Les piĂšces conservent une dimension quotidienne, fonctionnelle et utilitaire, fidĂšle Ă une approche plus dĂ©contractĂ©e et sensorielle dĂ©jĂ perceptible dans les collections prĂ©cĂ©dentes. Pour autant, Christophe Lemaire refuse de limiter son travail Ă la simple fabrication de vĂȘtements portables. La maison revendique un goĂ»t prononcĂ© pour lâart, la poĂ©sie et les ambiances.
Les proportions jouent avec lâamplitude. Des vestes structurĂ©es couvrent des pantalons amples qui offrent une libertĂ© de mouvement rarement vue dans le vestiaire masculin contemporain. Les silhouettes sont fluides sans ĂȘtre volumineuses. Les coupes Ă©pousent le corps sans le comprimer. Cette approche technique permet aux hommes de se dĂ©placer librement tout en conservant une Ă©lĂ©gance naturelle.
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LEMAIRE dĂ©fend une vision humaniste du vĂȘtement
Le duo crĂ©atif puise rĂ©guliĂšrement son inspiration dans le cinĂ©ma et dans des personnages de la vie rĂ©elle. Cette saison, leur dĂ©marche devient presque philosophique. Christophe Lemaire la dĂ©crit comme « super terre-Ă -terre » tout en restant « un peu irrationnelle ». Cette tension crĂ©e un point de dĂ©sirabilitĂ© unique, oĂč le rationnel rencontre lâĂ©motionnel.
Pour LEMAIRE, le style relĂšve de la personnalitĂ© plutĂŽt que de lâattitude superficielle, une vision qui se prolonge dans une masculinitĂ© plus consciente et sensible explorĂ©e lors du printemps 2026. Lâhumeur imprĂšgne lâatmosphĂšre, Ă lâimage de lâambiance dâun film ou de lâĂ©tat dâesprit dâune personne. Elle englobe Ă la fois lâintĂ©rieur et lâextĂ©rieur. Les crĂ©ateurs ne cherchent pas Ă imposer une image figĂ©e, mais Ă rĂ©vĂ©ler la diversitĂ© des caractĂšres et la profondeur humaine.
Les textures captent la lumiĂšre avec subtilitĂ©. Des velours froissĂ©s Ă©voquent du mĂ©tal liquide. Les tons terre sont ponctuĂ©s dâinserts de couleurs impressionnistes rappelant lâapproche picturale chĂšre Ă la maison. Le casting est sans doute le plus distinctif de la Fashion Week parisienne. Les modĂšles masculins se dĂ©placent en silence, tandis que leurs surfaces irisĂ©es attirent le regard.

Une performance manifeste au cĆur de lâidentitĂ© LEMAIRE
Certains mannequins dĂ©placent une chaise. Dâautres avancent vers le public. Les mouvements, prompts et indĂ©chiffrables, sont Ă©trangement captivants. Sarah-Linh Tran qualifie cette prĂ©sentation de « plus didactique » pour comprendre les proportions et les gammes chromatiques. Cette approche permet dâapprĂ©cier la construction de piĂšces telles que des combinaisons ressemblant Ă des shorts portĂ©s avec des bottes montant jusquâaux genoux.
Le rideau tombe dâun coup, rĂ©vĂ©lant un fond Ă©clairĂ© Ă©voquant un lever de soleil doux. La musique pulse avec une Ă©nergie accrue. Des illustrations de Roland Topor ornent certaines piĂšces et attirent lâattention dans plusieurs directions. Cette performance souligne un paradoxe fondamental. LEMAIRE ne produit pas de vĂȘtements de performance. Ses crĂ©ations visent Ă renforcer la confiance dans le cadre de la vie quotidienne.
La maison parisienne affirme une vision claire dans un secteur souvent accusĂ© de matĂ©rialisme excessif. Montrer des personnes, leur diversitĂ© et leur profondeur humaine est un acte de rĂ©sistance face Ă la dĂ©shumanisation ambiante. Les vĂȘtements pour hommes de la marque ne sont pas de simples produits. Ils deviennent des outils dâexpression personnelle qui permettent aux hommes de vivre leur existence avec authenticitĂ©.
























