Le lieu de présentation de la collection ne pouvait pas être mieux choisi. Pour sa collection printemps-été 2027, Etro a investi les galeries du musée national de la science et de la technologie Leonardo da Vinci de Milan, reconstituant une gare imaginaire peuplée de locomotives d’époque. Des malles et des valises estampillées du motif Arnica étaient empilées sur les quais. Les mannequins déambulaient parmi les vestiges d’un autre temps, tels des voyageurs suspendus entre deux destinations. Le décor résumait à lui seul la question qui plane désormais sur la maison : vers où se dirige-t-elle vraiment ?

La question n’est pas anodine. En mars 2026, Marco De Vincenzo a quitté la direction artistique d’Etro, d’un commun accord avec la marque, dans le cadre d’une nouvelle phase stratégique. Aucun successeur n’a pour l’heure été nommé. C’est donc le studio interne qui signe cette collection printemps 2027 pour homme, avec pour mission de préserver les codes de la maison, le temps qu’elle trouve un nouveau chef de file.
Pour Etro, le voyage n’est pas un thème parmi d’autres, c’est une philosophie. Fondée à Milan en 1968 par Gimmo Etro, la marque a bâti son identité autour du motif Paisley, devenu son emblème mondial, et a développé un univers lifestyle nourri de voyages et d’influences culturelles multiples. Pendant des décennies, la maison a su faire de cette errance bohème un langage à part entière, un mélange d’Inde et d’Italie, d’Orient et d’Occident, de bazar et de palais. Tout cela est bien présent ce printemps 2027. Mais quelque chose manque.

Les silhouettes réunissent des costumes jacquard, des duster coats en soie double face, des chemises bowling à imprimés opulents, des pulls à carreaux en relief, des séparables en madras et des broderies élaborées. Le tout défile dans une cohérence assumée. Le costume se porte avec la désinvolture d’une chemise et, parfois, la chemise fait office de veste. Les rayures scandent les chemises, tandis que le motif Paisley, signature absolue de la maison, se décline en variations infinies, parfois associé à d’autres motifs. C’est une garde-robe généreuse et bien construite, qui répond à tous les codes de la maison.
Les pièces fortes ne manquent pas. Les vestes-chemises en daim brodé ou découpé au laser dans des coloris vifs, comme le jaune canari ou le prune, comptent parmi les propositions les plus saisissantes. Les accessoires, quant à eux, jouent la carte du souvenir de voyage : foulards tressés, pendentifs, bracelets et breloques en forme d’avion ou de bateau en papier, accrochés aux pantalons et aux sacs. Un clin d’œil ludique, presque poétique.
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Pourtant, quelque chose résiste. On reconnaît tout, on n’est jamais surpris. Les paisleys, les rayures, les foulards d’archives, les imprimés madras, les broderies – tout est là, fidèlement reproduit. Mais la fidélité à un héritage n’est pas la même chose que sa réinvention. Une collection peut cocher toutes les cases d’une maison sans pour autant lui donner une direction nouvelle. C’est précisément ce à quoi on se heurte ici. Le résultat est soigné, commercialement solide et incontestablement portable. Mais il s’apparente davantage à un inventaire qu’à une proposition.
Finalement, ce que cette collection exprime, c’est la difficulté d’un moment de transition. Les observateurs de l’industrie attendent de voir si Etro introduira une esthétique plus distincte ou audacieuse lors des prochaines saisons. Pour l’heure, la direction de la marque reste incertaine et le studio interne gère le présent sans prétendre définir l’avenir.

Il serait injuste de réduire cette collection à un simple exercice de style. L’homme qu’elle habille existe vraiment : il connaît ses classiques, porte ses imprimés avec une aisance naturelle et n’a pas besoin qu’on lui dicte ses tenues. La coupe souple, les chemises allongées en robes légères, les trenchs en suédine imprimée – tout cela se prête parfaitement à une valise pour Marrakech ou Kyoto. Mais une maison comme Etro a toujours su faire davantage que simplement fonctionner.
Lors de cette Fashion Week milanaise dédiée au printemps-été 2027, GUCCI et FENDI étaient absents, en pleine transition créative. Etro, elle, était là. C’est déjà quelque chose. Mais être présent ne suffit pas toujours. La prochaine saison devra répondre à la question que cette collection pose sans y apporter de réponse : qui est le directeur artistique d’Etro aujourd’hui ?



























