Coupe du monde à 64 pays : la FIFA veut trancher avant la fin de l’été

De 48 à 64 équipes, la Coupe du monde pourrait encore changer d’échelle en 2030. À Zurich, une étude indépendante doit désormais mesurer ce que cette expansion coûterait - et rapporterait.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
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© Photo : kovop58@gmail.com (Depositphotos)
La FIFA étudie un passage de la Coupe du monde de 48 à 64 pays dès l’édition 2030. L’instance veut désigner le 14 août une agence indépendante chargée d’évaluer le projet. Celle-ci disposera de quatre semaines pour rendre ses conclusions, soit autour du 10 ou du 11 septembre.

Le dossier était resté en sommeil depuis plusieurs mois. Il vient brutalement de se réveiller. Selon un document interne consulté cette semaine, la FIFA a décidé d’accélérer l’un des chantiers les plus sensibles de son mandat : le passage possible à une Coupe du monde à 64 pays dès 2030. L’instance mondiale du football s’apprête à mandater une agence de conseil indépendante pour trancher la question, et le calendrier retenu ne laisse guère de place au tempo habituel des grandes institutions sportives. Tout devrait se jouer avant même la rentrée.

Un homme concentre tous les regards sur ce dossier : Gianni Infantino. Le président de la FIFA n’a jamais caché son intérêt pour un format élargi. Il l’a redit récemment au média The Athletic, avec une formule qui résume assez bien sa vision du football mondial. « Un tournoi à 64 équipes est une option qui sera sans doute étudiée et débattue au sein des commissions compétentes après la fin de la Coupe du monde en cours », a-t-il expliqué, avant d’ajouter une phrase qui sonne presque comme un slogan de campagne : « Chaque pays doit pouvoir rêver de participer à la Coupe du monde. »

La FIFA veut mesurer l’impact d’un passage de 48 à 64 équipes

Le courrier envoyé jeudi à plusieurs interlocuteurs ne laisse planer aucun doute sur les intentions de la fédération internationale. « La FIFA étudie les implications stratégiques d’un éventuel élargissement de la Coupe du monde au-delà de son format actuel », peut-on y lire. L’objectif affiché est de déterminer si le passage de 48 à 64 équipes, envisagé à partir de l’édition 2030, viendrait altérer la valeur du tournoi et, plus largement, l’écosystème entier du football professionnel.

La demande adressée aux agences pressenties précise bien le périmètre de l’étude. Il ne s’agit pas seulement de calculer un supplément de recettes publicitaires. Le document évoque une évaluation complète des conséquences pour les marques, les diffuseurs, les fédérations, les confédérations, les ligues et les clubs. Une phrase mérite d’être citée intégralement, tant elle éclaire la logique interne de la FIFA : « Des données provenant des consommateurs ou des supporters pourront être utilisées lorsqu’elles apportent un éclairage utile, mais elles ne devront pas constituer le cœur de l’étude, celle-ci devant conserver une approche principalement orientée B2B. » Autrement dit, ce sont d’abord les partenaires commerciaux qui seront écoutés. Les supporters viendront en complément.

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Une agence devra rendre son avis dès septembre

Le document fixe une échéance précise pour la désignation de l’agence retenue : le 14 août. Cette structure disposera ensuite de quatre semaines pour livrer ses conclusions. En clair, un avis pourrait être rendu autour du 10 ou du 11 septembre. Cette date n’a rien d’anodin. Elle précède de justesse la date limite du 19 septembre fixée dans un autre dossier explosif : celui de la vente controversée de la Coupe du monde, qui agite déjà les couloirs de Zurich depuis le début de la semaine.

Deux dossiers, une seule fenêtre de tir. La FIFA semble vouloir clarifier plusieurs fronts stratégiques au même moment, quitte à multiplier les tensions internes. Le pari est risqué, mais il correspond à la méthode Infantino : avancer vite, quitte à essuyer les critiques en chemin.

La Conmebol propose 64 équipes, l’UEFA et la Concacaf s’y opposent

Le projet d’un Mondial à 64 nations ne sort pas de nulle part. Il a été officiellement porté par la Conmebol, la confédération sud-américaine, dès le mois de mars 2025. Son président, Alejandro Domínguez, avait alors défendu l’idée d’un tournoi géant pour célébrer le centenaire de la compétition, cent ans après la première édition organisée en Uruguay. « Nous sommes convaincus que la célébration du centenaire sera unique, car on ne célèbre qu’une seule fois un centenaire », avait-il justifié, avant d’ajouter : « C’est pourquoi nous proposons, pour la première fois, d’organiser cet anniversaire avec 64 équipes, sur trois continents simultanément. »

Si la proposition est séduisante sur le papier, elle se heurte pourtant à une opposition frontale du côté européen. L’UEFA n’a jamais dissimulé son hostilité. Son président, Aleksander Ceferin, a qualifié l’idée de mauvaise, estimant qu’un tel élargissement nuirait autant à la compétition elle-même qu’aux éliminatoires continentales. Même son de cloche du côté nord-américain : le président de la Concacaf, Victor Montagliani, redoute un système à bout de souffle avec près d’un tiers des fédérations membres de la FIFA qualifiées d’office pour la phase finale. Selon les opposants au projet, ce chiffre viendrait diluer la valeur sportive des qualifications régionales.

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Un Mondial à 64 équipes ferait grimper le tournoi à 128 matchs

Autre argument avancé par les sceptiques : les infrastructures. Le Mondial 2030 sera coorganisé par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, avec trois matchs inauguraux prévus en Uruguay, en Argentine et au Paraguay, en hommage à l’édition fondatrice. Or, ces pays ont dimensionné leurs stades, leurs hôtels et leurs plans de transport pour un format à 48 équipes, et non pour un doublement quasi complet du nombre de participants. Ajouter 16 sélections supplémentaires ne relève pas d’un simple ajustement logistique.

Sur le plan strictement sportif, le format envisagé prévoirait un retour à la qualification directe des deux premiers de chaque groupe pour les phases à élimination directe. Ce mécanisme mettrait fin au système des meilleurs troisièmes, introduit spécifiquement pour la formule à 48 équipes qui a débuté cette année aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Ce choix simplifierait la lecture du tournoi, mais allongerait mécaniquement sa durée totale, avec 128 matchs à programmer sur plusieurs semaines.

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Le Mondial 2026 à 48 équipes pèsera sur la décision

La FIFA avance donc, mais elle sait qu’elle joue une partie délicate. Le format inédit à 48 équipes a été testé pour la première fois cette année. Ses résultats, tant sur le plan sportif que financier, serviront presque à coup sûr de référence pour les décisions à venir concernant l’hypothèse des 64 nations. Si l’audience et les recettes sont à la hauteur des attentes, l’argument économique en faveur d’un nouvel élargissement s’en trouvera renforcé. Dans le cas contraire, les opposants au projet auront de quoi étayer leur scepticisme.

Reste une question de fond, presque philosophique, qui traverse tout ce débat : jusqu’où peut-on faire grandir la compétition la plus regardée de la planète sans en diluer l’intensité ? La FIFA a choisi son camp : celui de l’expansion continue. Les prochaines semaines diront si les instances continentales acceptent de la suivre ou si elles imposeront un coup d’arrêt à ce projet vieux de plus d’un an.

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