| Le musée Eberhard & Co. ouvre exceptionnellement au public les 30 et 31 octobre 2026, pour la 12e Biennale du patrimoine horloger. Les visites guidées d’une heure ont lieu à la Maison de l’Aigle, siège historique de la marque à La Chaux-de-Fonds. Elles sont incluses dans le Pass Biennale à 10 francs suisses. Deux montres de 1969 y sont présentées. |
D’ordinaire, il faut prendre rendez-vous. Les 30 et 31 octobre 2026, le musée Eberhard & Co. fait une exception à sa règle de discrétion. À l’occasion de la 12e Biennale du patrimoine horloger, la maison ouvre au public son siège historique de La Chaux-de-Fonds et propose des visites guidées de ses collections. Vous serez parmi les premiers à voir deux acquisitions récentes.
Deux montres. La même année. Et pourtant, elles n’ont presque rien en commun.

La Biennale du patrimoine horloger ouvre une quarantaine de manufactures
La Biennale du patrimoine horloger se tient cette année du 29 octobre au 1er novembre. Organisée par la Fondation Urbanisme horloger, elle rassemble une quarantaine de manufactures et d’ateliers répartis entre La Chaux-de-Fonds, Le Locle et Saint-Imier. Des maisons telles que Patek Philippe, Cartier, Audemars Piguet ou Zenith y côtoient des indépendants plus confidentiels comme H992 ou Yosuke Sekiguchi. Visites guidées, journées portes ouvertes, ateliers d’initiation : le programme est copieux. Les places, elles, sont comptées. Les réservations sont ouvertes depuis le 22 septembre.
Le décor compte autant que les invités. La Chaux-de-Fonds et Le Locle sont inscrites depuis 2009 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Leurs rues tirées au cordeau et leurs immeubles aux larges fenêtres, conçus pour offrir aux ateliers la meilleure lumière possible, rappellent que ces villes ont été dessinées pour l’horlogerie. On ne visite pas une manufacture ici comme on visiterait une usine ailleurs.
La Maison de l’Aigle accueille Eberhard & Co. depuis plus d’un siècle
C’est en 1887 que la société Eberhard & Co. voit le jour à La Chaux-de-Fonds. Au début du XXe siècle, Georges-Lucien Eberhard fait bâtir la Maison de l’Aigle au 73, avenue Léopold-Robert. L’édifice occupe une bonne partie d’un pâté de maisons et figure parmi les bâtiments industriels de la ville reconnus par l’UNESCO, rappelle la Fédération de l’industrie horlogère suisse. Sur son dôme trône un aigle.
C’est l’emblème de la marque.
Revenir entre ces murs était un objectif affiché par Barbara Monti, l’actuelle présidente. C’est chose faite en 2018. Le musée a ouvert quelques mois plus tard, le 27 juin 2019. Ce jour-là , l’aigle restauré retrouve d’ailleurs son perchoir. L’oiseau a pourtant dû redescendre depuis, sérieusement abîmé par un violent orage. Confiée à La Zinguerie d’Art, un atelier spécialisé dans l’ornementation architecturale, sa remise en état s’est achevée au printemps 2026. Détail savoureux pour les amateurs : une capsule scellée à l’intérieur de la sculpture contient une lettre de Barbara Monti adressée aux générations futures. Elle renferme également un composant du Chronographe 1887 Édition Limitée, dont le pont supérieur reprend la forme de l’écusson de la maison.

Des montres de poche aux Chrono 4, près de 140 ans de créations
Que trouverez-vous à l’intérieur ? D’abord, des montres. Beaucoup. Des montres de poche de la fin du XIXe siècle, les premiers chronographes-bracelets (la marque situe le tout premier en 1919), puis les modèles qui ont fait sa réputation, jusqu’aux créations les plus récentes. Les amateurs de chronographes guetteront la lignée des Chrono 4, reconnaissables à leurs quatre compteurs alignés.
Les vitrines ne disent pas tout. Le parcours s’appuie également sur un fonds d’archives conséquent : documents d’époque, composants, outils et matériaux d’origine. Les brevets déposés au fil des décennies occupent une place de choix. Pour quiconque s’intéresse à la façon dont une montre se conçoit, et pas seulement à son allure, cette partie vaut le déplacement à elle seule.

Le Contograf 31504 de 1969 conserve son verre à échelles intégrées
Première nouveauté de la collection permanente, le Contograf référence 31504. La ligne Contograf est présentée au début des années 1960. Europa Star rappelle une particularité amusante de ses débuts : le compteur des minutes permettait également de surveiller la durée des communications téléphoniques, alors facturées par tranches de trois minutes. Un chronographe pensé pour le quotidien.
L’exemplaire acquis date de 1969. Son boîtier étanche en acier mesure 43 mm, une taille généreuse pour l’époque. Sous le capot, on trouve le calibre Eberhard 310-82, un mouvement mécanique à remontage manuel. Le cadran noir adopte la configuration dite « reverse panda », avec deux compteurs blancs et un guichet de date à 6 heures. Lisible. Franc. Efficace.
Un détail mérite l’attention des collectionneurs. Les échelles tachymétrique et télémétrique (la première sert à calculer une vitesse moyenne et la seconde à estimer la distance d’un phénomène à partir du décalage entre l’image et le son, comme pour un orage) ne sont pas imprimées sur le cadran, mais sur la face intérieure du verre en plexiglas. Un verre changé au fil des révisions et cette signature disparaît. Retrouver une pièce qui l’a conservée n’a donc rien d’anodin. La maison ne dit d’ailleurs ni d’où vient cet exemplaire, ni combien elle l’a payé. Les lignes adoucies du boîtier et le graphisme du cadran annoncent déjà les codes des années 1970, sans jamais sacrifier la fonction.

Une broche-montre de 16,5 mm révèle le savoir-faire joaillier d’Eberhard & Co.
La seconde acquisition change complètement de registre. Il s’agit d’une broche-montre joaillière, du genre que l’on portait épinglée au revers d’une veste ou d’un manteau. Un motif végétal rehaussé d’émail et de pierres précieuses accueille en son cœur un minuscule boîtier en or rose 18 carats de 16,5 mm de diamètre, à peine plus large qu’une pièce d’un centime d’euro. La maison parle d’un petit « fruit mécanique ». L’image est juste : la montre se fond dans le feuillage au point qu’on la cherche presque du regard.
À l’intérieur se trouve le calibre Eberhard 400, un mouvement mécanique à remontage manuel de 4 ¾ lignes, soit environ 10,7 mm. Miniaturiser à ce point un mouvement demandait un véritable savoir-faire. On l’oublie souvent quand on parle de cette marque surtout associée aux chronographes.
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En 1969, Eberhard & Co. passe aux mains de Palmiro Monti
Pourquoi présenter ces deux pièces ensemble ? Parce qu’elles sortent des ateliers la même année, et pas n’importe laquelle. Cette année-là , Palmiro Monti, jusque-là distributeur de la marque en Italie, en prend le contrôle et succède à la famille Eberhard. Le moment est loin d’être neutre. Le moment est loin d’être neutre.
En juillet 1969, l’homme marche sur la Lune, un chronographe au poignet. Fin décembre, Seiko commercialise à Tokyo l’Astron, la première montre-bracelet à quartz vendue au public. L’horlogerie suisse ne le sait pas encore, mais elle s’apprête à traverser la crise la plus grave de son existence. La même année voient d’ailleurs le jour les premiers chronographes automatiques, signe d’une industrie qui innovait encore à plein régime à la veille de la tempête.
D’un côté, un chronographe sportif. De l’autre, une pièce de joaillerie. Rapprochées, ces deux montres montrent l’étendue du catalogue d’une maison à la veille d’un bouleversement. Elles rappellent aussi, c’est en tout cas le récit que la maison entretient, qu’Eberhard & Co. a traversé ces années difficiles sans renier son héritage. Le fait que les deux pièces choisies coïncident avec l’arrivée des Monti, toujours aux commandes, n’est sans doute pas le fruit du hasard.
Visiter le musée Eberhard & Co. les 30 et 31 octobre 2026
Les visites guidées du musée Eberhard & Co. ont lieu les 30 et 31 octobre 2026 à la Maison de l’Aigle, avenue Léopold-Robert 73, à La Chaux-de-Fonds. Les inscriptions se font auprès de la Fondation Urbanisme horloger, qui coordonne l’ensemble de la Biennale. La visite dure une heure, avec six créneaux par jour, de 10 h à 16 h. Elle est comprise dans le Pass Biennale, vendu 10 francs suisses et gratuit pour les moins de 18 ans, et doit être réservée en ligne. Si vous comptez enchaîner plusieurs manufactures durant le week-end, réservez tôt et prévoyez de bonnes chaussures. Entre La Chaux-de-Fonds, Le Locle et Saint-Imier, les occasions de pousser une porte habituellement close ne manqueront pas.
La prochaine Biennale n’aura lieu qu’en 2028.



