Maison MIHARA YASUHIRO printemps 2027 – quand la nonchalance devient la forme la plus aboutie du style

Des pince-notes qui restent. Des manches qui tombent. Des matiĂšres qui semblent avoir dĂ©jĂ  vĂ©cu. Maison MIHARA YASUHIRO signe un printemps 2027 oĂč l'effort le plus raffinĂ© est celui qu'on ne voit pas.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
AprĂšs s'ĂȘtre formĂ© en langues (anglais et vietnamien) et en Ă©conomie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, portĂ© par sa passion pour l'Ă©criture. C'est une...
7 Minutes de lecture

Lors de la Fashion Week de Paris, Maison Mihara Yasuhiro a prĂ©sentĂ© sa collection la plus Ă©purĂ©e depuis des saisons pour le printemps 2027 : des piĂšces froissĂ©es, des superpositions trompe-l’Ɠil et des pince-notes apparentes au service d’une nonchalance revendiquĂ©e.

Paris suffoquait sous 42 degrĂ©s. Maison MIHARA YASUHIRO ouvrait son dĂ©filĂ© avec trois mots qui auraient pu passer pour une provocation : « I hate summer » (je dĂ©teste l’étĂ©). Pas la chaleur en elle-mĂȘme, prĂ©cise le crĂ©ateur. PlutĂŽt ce que l’étĂ© charrie avec lui : cette mĂ©moire qui revient sans prĂ©venir, ce plaisir qu’on n’arrive jamais tout Ă  fait Ă  fuir ni Ă  saisir. Une nostalgie qui Ă©touffe autant qu’elle appelle.

Maison MIHARA YASUHIRO printemps 2027 - quand la nonchalance devient la forme la plus aboutie du style
© Photo : Maison MIHARA YASUHIRO

Le ton était donné. Et pour une fois, Yasuhiro a retenu sa main.

Depuis ses dĂ©buts dans le prĂȘt-Ă -porter masculin, le crĂ©ateur japonais est connu pour sa dĂ©construction signature. Pour le printemps 2027, elle Ă©tait toujours lĂ , mais plus sage. Les silhouettes s’affaissent, les vĂȘtements semblent portĂ©s depuis plusieurs jours, voire avoir servi Ă  dormir. « Je voulais que l’ambiance soit dĂ©tendue », a-t-il glissĂ© aprĂšs le dĂ©filĂ©. « Je ne voulais pas que ça fasse trop luxe. » Une dĂ©claration rare dans un contexte oĂč le luxe se crispe sur sa propre dĂ©finition.

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Ce que propose Yasuhiro ici, c’est moins une collection qu’une permission.

📌 RepĂšres clĂ©s
👔 Collection — Maison MIHARA YASUHIRO prĂ©sente sa vision du printemps 2027 Ă  la Fashion Week de Paris.
đŸ§” Concept — Une Ă©lĂ©gance volontairement relĂąchĂ©e portĂ©e par la « healthy laziness ».
✂ Signature — Superpositions trompe-l’Ɠil, vĂȘtements froissĂ©s et pince-notes apparents renouvellent la dĂ©construction historique de la maison.
đŸ‡ŻđŸ‡” CrĂ©ateur — Mihara Yasuhiro cĂ©lĂšbre trente annĂ©es de crĂ©ation avec une approche plus mature et plus Ă©purĂ©e.
✹ À retenir — Une rĂ©flexion sur le luxe contemporain oĂč le confort devient un vĂ©ritable langage stylistique.
Maison MIHARA YASUHIRO printemps 2027 - quand la nonchalance devient la forme la plus aboutie du style
© Photo : Maison MIHARA YASUHIRO

NĂ© en 1972 Ă  Nagasaki et formĂ© Ă  la Tama Art University de Tokyo, Mihara Yasuhiro a bĂąti sa rĂ©putation en trente ans de travail unique en son genre. Autodidacte de la chaussure, il a appris la fabrication de chaussures en parallĂšle de ses Ă©tudes, dans des ateliers. Il a lancĂ© sa premiĂšre enseigne, Archi Doom, en 1996, qu’il a renommĂ©e dĂšs l’annĂ©e suivante. La marque s’installe Ă  Paris en 2007 pour prĂ©senter ses collections masculines et prend officiellement le nom de Maison MIHARA YASUHIRO Ă  partir de la collection automne-hiver 2016-2017. Trente ans aprĂšs ses dĂ©buts, il choisit de ralentir. Pas de renoncement.

Les pince-notes en mĂ©tal noir, que l’on utilise en cabine pour ajuster les vĂȘtements sur les mannequins, Ă©taient volontairement laissĂ©s visibles sur plusieurs tenues. Les manches Ă©taient retroussĂ©es et maintenues par ces mĂȘmes agrafes. Des vestes fermĂ©es de travers, lĂ©gĂšrement dĂ©calĂ©es. Yasuhiro y voit un hommage aux pianistes de jazz, avec leurs avant-bras dĂ©couverts, qui dĂ©gagent quelque chose de « sexy » sans effort apparent. Un geste, pas une pose.

Maison MIHARA YASUHIRO printemps 2027 - quand la nonchalance devient la forme la plus aboutie du style
© Photo : Maison MIHARA YASUHIRO

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Les sacs de voyage, autre objet du quotidien que le crĂ©ateur dit pourtant dĂ©tester, ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s directement aux piĂšces d’extĂ©rieur, cousus dans le dos des vestes. L’idĂ©e d’un vĂȘtement en transit, jamais vraiment arrivĂ© Ă  destination. Cette maĂźtrise du layering, la superposition de couches de vĂȘtements, de styles et d’univers diffĂ©rents, est depuis longtemps la marque de fabrique de la maison. Pour le printemps 2027, elle prend une tournure nouvelle : des tee-shirts superposĂ©s qui ne sont en rĂ©alitĂ© qu’une seule piĂšce, avec le col d’un Henley et l’encolure d’un crew neck intĂ©grĂ©s dans le mĂȘme tissu. L’illusion du multilayer sans la contrainte. « Je pensais que cela pourrait ĂȘtre stylĂ© », dit-il simplement. Et oui, c’est le cas.

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© Photo : Maison MIHARA YASUHIRO

Des pyjamas qu’on pourrait porter dans la rue. Des matiĂšres dĂ©lavĂ©es, des carreaux fanĂ©s. Ce que Yasuhiro appelle une « healthy laziness », une paresse saine, revendiquĂ©e, opposĂ©e Ă  cette injonction permanente Ă  se surpasser. Le message est clair : l’optimisation perpĂ©tuelle ne mĂšne nulle part. Autant s’habiller avec style sans y penser.

Ceux qui suivent la marque de prĂšs ne seront pas surpris par cette orientation. Les acheteurs multimarques soulignent rĂ©guliĂšrement la rapiditĂ© avec laquelle les piĂšces de la marque se vendent et la collection attire un spectre d’ñges et de profils inhabituellement large pour une griffe de ce positionnement. Ce qui est encore plus Ă©tonnant, c’est que le nom du crĂ©ateur est sous-reprĂ©sentĂ© dans la presse mode par rapport Ă  l’influence rĂ©elle qu’il exerce. Yasuhiro lui-mĂȘme s’en amuse. « Autrefois, je voulais ĂȘtre reconnu pour avoir fait quelque chose d’incroyablement crĂ©atif », confie-t-il. « Mais aprĂšs avoir traversĂ© cette phase et reçu des Ă©loges pour cela, j’ai rĂ©cemment commencĂ© Ă  vouloir ĂȘtre apprĂ©ciĂ© pour autre chose que ma seule crĂ©ativitĂ©. » Et cette affection, pour qui ? « Pour les vĂȘtements, bien sĂ»r, mais aussi pour ceux qui les portent. »

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Maison MIHARA YASUHIRO printemps 2027 - quand la nonchalance devient la forme la plus aboutie du style
© Photo : Maison MIHARA YASUHIRO

C’est peut-ĂȘtre cela, finalement, l’ambition de cette collection printemps 2027. Pas la prouesse, pas l’exploit. Juste des vĂȘtements qu’on a envie de porter et qu’on n’enlĂšverait pas volontiers. Des piĂšces qui savent rester.

Quant Ă  Yasuhiro lui-mĂȘme, la fin de saison le retrouvera sans doute lĂ  oĂč il se sent le mieux : sur une vague, quelque part au large de Chiba, au lever du soleil.

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© Photo : Maison MIHARA YASUHIRO
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© Photo : Maison MIHARA YASUHIRO
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