| Burberry dévoile sa collection homme printemps 2027 lors de la Fashion Week de Londres, conçue par le directeur artistique Daniel Lee en collaboration avec la designer textile britannique Celia Birtwell, 85 ans. Le défilé s’est tenu au Chelsea College of Arts et célèbre le 170e anniversaire de la maison. La collection réinterprète le trench signature en taffetas de soie brodé de motifs floraux, avec des finitions volontairement froissées et des épaulettes tressées à la main. |
Confier une partie de sa collection masculine aux motifs d’une designer textile de 85 ans : ce pari aurait pu passer pour un coup de communication anniversaire comme un autre. Sauf que Daniel Lee, directeur artistique de Burberry depuis 2022, a choisi Celia Birtwell pour célébrer le 170e anniversaire de la maison, et le résultat bouleverse franchement les codes habituels de la griffe britannique. Fini le trench figé dans sa gabardine impeccable. Place à des pièces qui portent la trace de la main, du pli, de l’usure volontaire.

Le nom ne dira peut-être rien aux moins initiés à la mode britannique, mais Celia Birtwell occupe une place à part dans l’histoire du textile anglais. Dans les années 1960 et 1970, elle dessinait les imprimés floraux et les motifs graphiques que son mari de l’époque, le créateur Ossie Clark, transformait en robes cultes. Le peintre David Hockney l’a portraiturée à plusieurs reprises, dont ce fameux « Painted Lady » de 1985. Autant dire que lorsque Daniel Lee annonce l’avoir rencontrée pour la première fois en mai dernier, il ne s’agit pas d’un simple partenariat marketing. Il parle d’elle comme de l’incarnation même du style britannique, et le fait de l’avoir installée au premier rang du défilé, à Chelsea College of Arts, où elle a autrefois enseigné, confirme que sa démarche est sincère plutôt qu’opportuniste.
Pour les hommes, la collection délaisse les coupes strictes qui caractérisaient les collections précédentes de Lee. Les silhouettes raccourcissent, se détendent et s’enfilent avec une aisance presque négligée. On y retrouve bien sûr le fameux trench de la maison, mais réinterprété en taffetas de soie brodé de motifs floraux signés Birtwell, avec des finitions à la main qui donnent à chaque pièce un aspect volontairement inachevé. Les chemises et les shorts en taffetas reprennent cette même logique : un tissu froissé, presque vécu, qui tranche avec le lissé habituel des podiums de luxe.

Le fameux motif à carreaux Burberry n’a pas disparu, il s’est simplement laissé transformer. Sous l’influence de Birtwell, ce motif emblématique se réduit parfois à une rayure ou se déploie en treillis coloré sur lequel viennent fleurir ses illustrations botaniques. Les visages « Halloween » qu’elle avait imaginés dans les années 1970 réapparaissent sous forme de médaillons ou de petites broderies, posés sur des cols de manteaux ou glissés dans les poches. Le sac Sloane, lui, gagne une texture en cuir tressé qui invite littéralement à y poser la main.
Ce qui frappe dans cette collection, c’est la revendication assumée de l’imperfection — et c’est bien là que Burberry prend un risque calculé. Un motif signé par une icône du textile anglais suffit à faire parler au-delà du cercle de la mode ; l’idée du vêtement volontairement « usé », elle, est plus risquée commercialement, car elle va à l’encontre d’un luxe encore largement vendu sur le neuf et l’impeccable. Daniel Lee explique vouloir que les vêtements semblent habités, presque intimes, comme si on les portait depuis longtemps. Les épaulettes tressées, posées à plat sur l’épaule comme des rustines cousues à la main, en sont l’exemple le plus parlant. Rien n’est trop repassé, rien ne paraît figé sous cellophane. Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large du secteur du luxe masculin, où la texture et le vécu remplacent progressivement le brillant et le neuf comme marqueurs de qualité — une bascule que l’on retrouve déjà chez d’autres maisons qui jouent la carte du vintage assumé plutôt que du sur-mesure aseptisé.
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Les chaussures suivent le même chemin. Les clogs à brides, hérités des années 1970, côtoient des mocassins de randonnée modernisés, tandis que les semelles vulcanisées arborent volontairement des bords légèrement estompés. Le denim, teinté dans des tons roses délavés ou dans le taupe caractéristique du trench, complète ce vestiaire pensé pour un homme qui ne cherche pas à se mettre en avant, mais à mettre en valeur la matière.
Le choix du lieu compte tout autant que les vêtements. Le Chelsea College of Arts, avec son espace blanc et dépouillé, contraste volontairement avec le faste habituel des défilés parisiens ou milanais. Des assises en bois brut, disposées sans ordre apparent, réchauffent cet espace presque clinique. La bande sonore, empruntée à quatre décennies de morceaux de David Bowie, ancre la collection dans une culture britannique qui déborde largement le cadre de la mode.

Christopher Bailey, prédécesseur de Daniel Lee à la tête de la création chez Burberry, avait lui aussi puisé dans l’univers de David Hockney pour construire certains de ses défilés les plus marquants. En choisissant Birtwell, proche du peintre et figure tout aussi centrale de cette époque, Lee s’inscrit dans une filiation assumée tout en imposant sa propre vision. La maison, engagée depuis plusieurs saisons dans un resserrement commercial autour de son trench signature, semble ici s’autoriser un vrai geste créatif sans pour autant renoncer à sa rigueur.
Ce pari en dit long sur l’état d’esprit actuel du luxe masculin : à force de miser sur la perfection industrielle, les maisons se sont toutes ressemblées. C’est peut-être l’imperfection assumée, et non la nouveauté du motif, qui redevient le vrai luxe.




















