La villeggiatura. Ce terme n’a pas vraiment d’équivalent en français. Ce n’est pas seulement les vacances ou le départ au soleil. C’est une façon de déplacer toute sa vie, ses habitudes, ses rituels, ses conversations, son sens de l’élégance, depuis la ville vers la villa, depuis ici vers là-bas, sans rien perdre de ce qui nous constitue. Les Italiens l’ont pratiquée avec ferveur des années 1950 aux années 1970. La famille Zegna aussi, d’ailleurs. Alessandro Sartori s’en souvient, lui qui évoque volontiers cette voiture de famille surchargée, avec la grand-mère, le chien et les valises, pour deux semaines de vacances au bord de la mer, dans le même logement.

C’est ce souvenir-là que ZEGNA et sa collection été 2027 ont choisi de mettre en scène. Pas comme une nostalgie figée dans le temps, mais comme un état d’esprit transmissible. Un art de vivre qui se résume à deux mots italiens : saper vivere, saper vestire. Savoir vivre, savoir s’habiller. Chez ZEGNA, les deux sont indissociables.
Le défilé s’est tenu vendredi soir sur l’emblématique jetée de Malibu, face à l’océan. Les invités, parmi lesquels Rami Malek, Mahershala Ali et Gael García Bernal, ont été accueillis sous des parasols rayés orange et jaune, avec des cocktails aux couleurs vives à la main. Des surfeurs californiens dans les vagues, le bois de la jetée sous les pieds, et des silhouettes masculines avançant au ralenti dans la lumière dorée du soir. Le contraste entre ce décor libre et décontracté et la précision des vêtements présentés était, lui aussi, une manière de parler de la villeggiatura, cette élégance qui n’a pas besoin de se forcer.

Après le défilé, les cent vingt clients les plus importants de la maison, venus du monde entier et pour moitié d’Amérique, ont été reçus au Château Marmont. La collection y était présentée dans les cottages de l’hôtel, avec la possibilité de commander sur mesure. ZEGNA avait également préparé une sélection exclusive de pièces en vicuña, cachemire ultrafin et laine à 12 microns. Cinq jours d’immersion dans l’univers de la maison. Ce type d’expérience, déjà organisé à Milan et à Dubaï, prend ici une dimension particulière : la marque chouchoute ses clients comme des hôtes, et non comme des acheteurs.
Sartori a conçu une garde-robe qui se porte avec légèreté, sans tomber dans le laisser-aller. La ligne est verticale, dégagée, légèrement ample ou subtilement ajustée, mais toujours fluide. Les costumes rayés se portent avec des chemises assorties, pour un effet color block sobre et maîtrisé. Les chemises, elles, sont soit boxy, soit fluides, en nappa, nubuck, crocodile ou soie. Portées avec des shorts tailleur, elles incarnent cette désinvolture propre à la villeggiatura : on est habillé, mais on respire.
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La malléabilité reste une signature forte de la maison. Les chemises ont des cols amovibles et interchangeables. Les vestes sont pourvues de demi-ceintures réglables dissimulées dans le dos, permettant d’ajuster la coupe selon l’humeur. Le manteau duster se porte nonchalamment par-dessus un short. La veste double boutonnage multifonction de la saison passée est de retour. Ces détails ne relèvent pas du gadget ; ils traduisent une philosophie : un vêtement doit pouvoir accompagner son porteur dans plusieurs états d’être au cours d’une même journée.
Chez ZEGNA, comme le rappelle régulièrement Sartori, tout part du tissu. Pour cette collection été 2027, la maison a exploré la soie brute, le chanvre lavé, le lin Oasi Lino, les gabardines de soie, le seersucker, le velours français, la toile de soie et de coton. La Tessitura Ubertino, manufacture de tissage appartenant au groupe, a joué un rôle central : ses métiers jacquard, datant des années 1950 et 1960 et restaurés avec des technologies modernes, ont permis de créer des textures riches à partir de mélanges de soie, de papier et de coton. Beaucoup des motifs rayés récurrents de la collection sont nés de ces machines.
Sartori a également dévoilé une nouvelle technique de cuir tissé, développée pendant plus d’un an. Des lanières de suède et de nappa sont d’abord transformées en fil, puis tissées comme un tissu ordinaire. Le résultat, qu’il appelle « cuir tricoté », semble plus léger que ne le laisserait supposer sa fabrication. Un paradoxe qui résume bien l’ambition de la collection : la richesse des matières et la légèreté du porter.

Les couleurs s’inspirent de la Méditerranée. On y trouve des nuances d’acquamarina, d’onda, d’alga et de marea pour les bleus et les verts marins. Des accents de boa, bandiera et madrepora apportent des notes vives. Des tons neutres chauds, conchiglia, duna, molo, ancrent l’ensemble. Et partout, les rayures. Irrégulières et omniprésentes, elles traversent les costumes, les chemises, les sacs et les accessoires. Elles ne sont pas un motif parmi d’autres ; elles sont le fil conducteur visuel de toute la collection, son écriture pour l’été.
Les accessoires viennent compléter cette vision : mocassins et mules en cuir souple, grands sacs et fourre-tout en nubuck rayé ou uni, lunettes carrées, foulards et écharpes en soie. Tout est pensé pour voyager, pour vivre dehors, pour s’installer quelque part le temps d’une saison.
En choisissant le Malibu Pier comme lieu de défilé, ZEGNA a également réaffirmé son engagement en faveur des espaces naturels publics, en soutenant les California State Parks. Ce geste prolonge une conviction fondatrice de la maison : la nature n’est pas un décor à contempler depuis un balcon, c’est quelque chose à préserver et à transmettre.
Cette collection été 2027 s’inscrit dans cette continuité, sans en faire une démonstration. Elle porte, dans ses matières et dans son esprit, quelque chose d’ancré dans le réel. Sartori a conçu une garde-robe pour l’homme qui sait où il va, qui n’a pas besoin de le prouver et qui préfère l’excellence discrète à l’ostentation.























































