Une édition rare d’Harry Potter, conservée par inadvertance dans un grenier pendant près de trois décennies, vient d’atteindre 17 000 livres sterling lors d’une vente aux enchères en Angleterre. Un résultat qui sidère les experts du marché du livre ancien.
Katrina McNichol avait vingt-quatre ans en 1997 lorsqu’elle reçut par courrier, dans les Highlands écossais, un exemplaire broché d’Harry Potter à l’école des sorciers. Elle travaillait alors comme critique littéraire pour un magazine. Chaque semaine, sa boîte aux lettres débordait de nouvelles parutions. « Chaque semaine, je recevais plus de vingt titres à lire, et il m’était impossible de tous les traiter. J’avais sincèrement oublié qu’il existait », confie-t-elle aujourd’hui.

Le livre rejoignit alors le fond d’un carton, rangé quelque part dans les combles. Il y resta intact jusqu’à ce que McNichol, âgée de cinquante-trois ans, décide de faire le tri dans son grenier d’Édimbourg. « Quand je suis tombée dessus, trente ans plus tard, j’ai cru rêver », raconte-t-elle. Ce qui n’était qu’un volume parmi d’autres allait se révéler être l’un des objets bibliophiles les plus convoités du moment.
Lorsque Bloomsbury Publishing a publié Harry Potter à l’école des sorciers au printemps 1997, l’éditeur n’anticipait guère un succès retentissant. L’impression initiale se limita à 500 exemplaires en version cartonnée et à un peu plus de 5 000 en format broché. Le prix de vente en librairie était de 4,99 livres sterling, soit environ six euros de l’époque. Rien ne laissait présager que ce roman pour enfants allait bouleverser l’édition mondiale et transformer ces premiers tirages en objets rarissimes.
Aujourd’hui, les collectionneurs se les arrachent. Un exemplaire cartonné annoté de la main de J. K. Rowling avait atteint 150 000 livres sterling chez Sotheby’s en 2013. En 2021, Heritage Auctions à Dallas a adjugé une autre édition originale cartonnée pour la somme record de 471 000 dollars, faisant de cet ouvrage le roman du XXe siècle le plus cher jamais vendu à ce jour.
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L’exemplaire de Katrina McNichol présente plusieurs caractéristiques propres aux premiers tirages, que les spécialistes utilisent pour authentifier l’origine d’un volume. La quatrième de couverture comporte une célèbre faute d’impression : le mot « Philosopher’s » y est orthographié sans le « o ». L’école de magie est quant à elle désignée par l’appellation erronée « Hogwarts School of Wizardry and Witchcraft » au lieu de « Witchcraft and Wizardry », une formulation corrigée dans les éditions ultérieures.
Page 53, une autre erreur frappe : la liste des fournitures scolaires de Harry mentionne « 1 baguette » (1 wand) à deux reprises. Ces imperfections d’imprimerie, loin de dévaluer le livre, en constituent aujourd’hui les marqueurs d’authenticité les plus recherchés. Pour les experts, une première édition sans ces coquilles serait même suspecte.
La vente a eu lieu chez Rare Book Auctions, une maison de vente spécialisée installée à Lichfield, dans le Staffordshire, en Angleterre. L’exemplaire avait suscité un intérêt international avant d’être acquis par un acheteur britannique pour 17 000 livres sterling, soit environ 20 000 euros. Jim Spencer, spécialiste du livre chez Hansons Auctioneers, n’a pas caché sa satisfaction : « Cette vente a explosé le record précédent, et franchement, ça ne m’a pas surpris. Le livre avait été conservé dans un endroit de stockage, ce qui lui avait permis de rester dans un état impeccable. Il est étonnant de constater que les premières éditions brochées d’Harry Potter atteignent aujourd’hui presque les mêmes prix que les versions cartonnées il y a dix ans. La clé de ce record, c’est l’état de conservation. C’était peut-être le plus bel exemplaire jamais mis sur le marché. »
Ce résultat dépasse le précédent record mondial pour un broché de première édition, déjà établi par la même maison de vente, avec une adjudication à 12 000 livres sterling l’année précédente. La progression est spectaculaire.
Le phénomène Harry Potter a donné lieu à l’une des communautés de collectionneurs les plus actives au monde dans le domaine du livre contemporain. Alors que la plupart des romans récents perdent toute valeur marchande dès leur parution, les premières éditions de la saga de J. K. Rowling n’ont cessé de prendre de la valeur depuis la fin des années 1990. Les exemplaires en parfait état se font de plus en plus rares, car la plupart des acheteurs originaux ont lu leurs livres, les ont prêtés ou ils se sont abîmés avec le temps.
C’est précisément cette rareté, combinée à l’état de conservation, qui fait la différence lors des ventes. Un exemplaire lu, corné, portant des annotations ou des traces d’humidité verra en effet sa valeur divisée par plusieurs fois par rapport à un volume resté vierge. L’histoire de Katrina McNichol illustre parfaitement ce paradoxe : c’est parce qu’elle n’a jamais ouvert ce livre qu’il vaut aujourd’hui une petite fortune. « On ne s’attend pas à trouver quelque chose d’aussi précieux dans son propre grenier », confie-t-elle.
McNichol dit avoir été soulagée que ce volume trouve un acquéreur qui en comprenne la valeur. « Je suis contente que ce livre appartienne désormais à quelqu’un qui apprécie vraiment ce qu’est une petite, mais véritable, pièce de l’histoire de l’édition », a-t-elle déclaré. Cette formule, discrète et mesurée, traduit pourtant une réalité frappante : la saga du jeune sorcier, née d’un manuscrit refusé par plusieurs éditeurs avant d’être accepté par Bloomsbury, est l’un des objets de collection les plus disputés de la littérature populaire contemporaine.
Au fil des ans, les enchères autour des premières éditions ont démontré que le marché du livre rare ne se limite plus aux incunables médiévaux ou aux manuscrits du XVIIe siècle. Un roman de poche sorti en 1997 et imprimé à quelques milliers d’exemplaires peut aujourd’hui rivaliser financièrement avec des pièces d’une tout autre antiquité. À condition, bien sûr, de l’avoir gardé dans un carton sans jamais l’ouvrir pendant trente ans.



