Mercredi soir, à Houston, le Portugal a laissé deux points précieux sur la pelouse du NRG Stadium. Un match nul 1-1 contre la République démocratique du Congo, qui participe à sa première Coupe du monde depuis 52 ans. Un résultat qui pose d’emblée deux problèmes distincts et tout aussi sérieux : la transparence de Cristiano Ronaldo au cœur du dispositif offensif et l’incapacité de Roberto Martinez à ajuster son plan de jeu en cours de match.
La star n’a touché que 25 ballons lors de ces 90 minutes pénibles. Un record négatif pour lui dans un grand tournoi. Jamais il n’avait été aussi peu trouvé par ses coéquipiers. À 41 ans, celui qui porte fièrement le maillot de la Seleção depuis plus de vingt ans n’a plus les jambes pour corriger seul les errements d’un système qui ne lui rend pas service. Et cette fois, le système lui-même a montré ses limites.
Le Portugal démarre fort puis renonce à son avantage
Pourtant, le Portugal avait bien commencé. João Neves a inscrit le but d’ouverture de la tête dès la sixième minute, à l’issue d’une séquence de six minutes au cours de laquelle son équipe avait réalisé 84 passes contre 12 pour l’adversaire. La mécanique tournait. Les latéraux étaient hauts, le milieu de terrain dominait, et Ronaldo occupait les défenseurs centraux pour libérer des espaces sur les côtés. Le plan de Martinez fonctionnait à merveille.
Mais à peine le but avait-il été marqué que quelque chose avait changé. Martinez l’a reconnu lui-même après le match : marquer le premier but a eu l’effet inverse de ce qu’on attendait. Au lieu de les libérer, cela les a poussés à garder le ballon et à ne plus chercher à creuser l’écart. Et dans ce repli collectif inattendu, la RD Congo a trouvé de l’espace.
Yoane Wissa punit le déséquilibre portugais
La RD Congo a finalement égalisé en fin de première période sur un but de Yoane Wissa de la tête, avant de terminer le match avec plus de tentatives de tirs (huit contre sept), plus de tirs cadrés (deux contre un) et un xG supérieur (0,82 contre 0,64). Des chiffres qui font mal quand on s’appelle le Portugal et qu’on se présente parmi les favoris pour le titre.
Le but de Wissa n’est pas sorti de nulle part. Il est le fruit d’une prise de risque offensive de la part des Portugais, qui, pour tenter de déborder sur les côtés, ont laissé des espaces béants en transition. Quand Bernardo Silva a perdu le ballon, João Cancelo se trouvait déjà très haut. Le déséquilibre défensif était total. Samuel Moutoussamy a pu tirer depuis la périphérie de la surface ; le tir a dévié en corner. Et sur le deuxième ballon, Wissa a été impitoyable.
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Cristiano Ronaldo face à sa plus longue disette
Il faudra bien parler de lui, même si le tableau d’ensemble est plus large. Cristiano Ronaldo enchaîne un dixième match de suite en tournoi majeur sans marquer, Coupe du monde et Euro confondus. Il s’agit de sa plus longue disette en sélection lors de ce type de rencontres.
Avec 143 buts inscrits en 226 sélections, il reste le meilleur buteur de l’histoire des matchs internationaux. Son palmarès est unique. Mais les fantômes de l’Euro 2024 et de la Coupe du monde 2022 au Qatar rôdent déjà dans ce Mondial 2026. Ronaldo n’est plus un joueur capable de se créer des occasions grâce à sa vitesse ou à son impact physique. Il dépend désormais de la qualité des centres, de l’intelligence de ses appels et surtout de coéquipiers capables de le trouver tôt et souvent.
Face aux Congolais, cette chaîne s’est grippée à plusieurs reprises. Bernardo Silva et Pedro Neto n’ont jamais cherché à apporter de la verticalité au jeu, laissant Ronaldo complètement esseulé devant, sans aucune influence sur la partie. Résultat : trois tentatives au total, aucune cadrée.
Pendant ce temps, Lionel Messi signait un triplé avec l’Argentine contre l’Algérie. Harry Kane et Erling Haaland ont chacun marqué deux buts. Tous évoluaient dans des systèmes conçus pour mettre en valeur leurs qualités respectives. Le contraste est cruel.
Roberto Martinez prisonnier de son cadre tactique
C’est ici que la critique dépasse le seul cas de Ronaldo. Roberto Martinez, l’homme de confiance désigné pour mener la Seleção à son premier titre mondial, n’a pas trouvé les ressources tactiques nécessaires pour débloquer la situation lorsque la RD Congo a durci son bloc défensif en deuxième mi-temps.
La RDC a élevé sa ligne défensive. Elle a commencé à presser plus haut et à couper les lignes vers les milieux de terrain portugais. Et ça a fonctionné. Les statistiques le prouvent : dans le deuxième acte, les trois milieux de terrain portugais – Vitinha, Neves et Fernandes – ont réduit de moitié leurs touches de balle par rapport à la première période. Martinez a reconnu que l’équipe avait perdu en profondeur dans son jeu, ce qui a clairement aidé les Congolais.
Pourtant, des solutions existaient sur le banc. Même lorsque Gonçalo Ramos est entré en jeu à la 83e minute, c’était pour remplacer Vitinha, un milieu de terrain, et non Cristiano Ronaldo. Un choix qui illustre bien la position inconfortable de Martinez : soit ne pas sortir son capitaine, au risque de paraître acculé par les événements, soit maintenir un joueur invisible dans l’espoir d’un éclair de génie tardif.
Martinez a défendu ce choix avec aplomb : « Ça n’a aucun sens de sortir le meilleur buteur du football mondial dans un match où tu as besoin de marquer des buts. » Une affirmation qui sonne davantage comme une profession de foi que comme une analyse lucide de la situation.
Le rôle de Ronaldo devient le vrai test du Portugal
Le Portugal retrouvera l’Ouzbékistan mardi prochain à Houston. Après ce match nul contre le Congo, une nouvelle déception pourrait placer les Portugais dans une position délicate lors de la phase de groupes. Le groupe K n’admet aucune erreur.
En cinq participations à la Coupe du monde, Ronaldo a toujours marqué au moins un but à chaque édition. Pourtant, ses huit réalisations en 22 matchs sont loin de ses standards habituels. Cette Coupe du monde 2026 pourrait bien être la dernière. C’est l’occasion pour lui de corriger ce bilan et d’ajouter un chapitre supplémentaire à une légende déjà immense. Mais le temps presse.
Après le match, Martinez a tenu à relativiser en citant les précédents de l’Argentine battue par l’Arabie saoudite en 2022 et de l’Espagne défaite par la Suisse en 2010, avant de finalement remporter le titre. L’argument tient sur le papier. Sauf que ni l’Argentine de 2022, ni l’Espagne de 2010 n’avaient un Ronaldo de 41 ans dans leurs rangs.
Le Portugal a les hommes pour aller loin dans cette Coupe du monde. Son milieu de terrain, avec Neves, Vitinha, Fernandes et Bernardo Silva, figure parmi les meilleurs au monde. La défense est solide. Mais si Martinez ne trouve pas rapidement comment redonner du sens au rôle de Ronaldo dans le système ou s’il ne prend pas la décision difficile qui s’impose, cette Coupe du monde risque de s’arrêter trop tôt pour une équipe qui avait toutes les raisons d’espérer beaucoup mieux.



