EGONLAB printemps 2027 – Ataraxie, ou l’art de trouver la paix sans renoncer à exister

Une silhouette avance dans un calme apparent. Derrière chaque couture, EGONLAB transforme le printemps 2027 en réflexion sensible sur notre manière d'habiter le monde.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
8 Minutes de lecture

Un mot grec ancien pour une collection ancrée dans le présent. Florentin Glémarec et Kevin Nompeix ont choisi le terme grec ancien Ataraxia, qui signifie « tranquillité de l’âme » selon les stoïciens, pour titrer leur collection EGONLAB printemps 2027. Ce choix n’est pas anodin.

EGONLAB printemps 2027 - Ataraxie, ou l'art de trouver la paix sans renoncer à exister
© Photo : EGONLAB

La collection s’ouvre sur une anecdote qui serre le cœur. Kevin Nompeix raconte qu’un neveu lui a confié qu’il n’avait plus envie d’étudier, car il était persuadé que la guerre était imminente. Devant une telle phrase, on peut soit sourire jaune, soit se mettre au travail. Le duo a choisi la deuxième option. Face aux signaux anxiogènes qui ne cessent de se multiplier, EGONLAB considère le podium comme une tribune d’où s’exprime une certaine vision du monde et de ceux qui le façonnent. Ce n’est pas de la naïveté. C’est une posture.

Fondé en 2019, le duo parisien fusionne le masculin et le féminin, la tradition et la modernité, en cultivant un esprit rebelle. Sept ans après ses débuts, la marque figure parmi les cinq finalistes du Grand Prix de l’ANDAM 2026, doté de 300 000 euros, aux côtés de Fidan Novruzova, Marie Adam-Leenaerdt, Pauline Dujancourt et Zomer. Cette reconnaissance, méritée, s’explique en grande partie par cette collection printemps 2027.

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© Photo : EGONLAB

Pour créer cette collection, les deux créateurs se sont inspirés d’un concept : les espaces liminaux. Ces lieux de passage, ces entre-deux qui n’appartiennent ni tout à fait au réel ni tout à fait à l’imaginaire. EGONLAB a voulu créer quelque chose entre le réel et l’imaginaire, le présent et le futur, une bulle dans laquelle les gens peuvent se projeter avec davantage d’optimisme. Le vestiaire est pensé comme un territoire de transition. Ni repli, ni fuite. Une respiration.

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Sur le podium, cela se traduit par des pièces qui jouent avec leur propre apparence. Les trompe-l’œil sont partout et toujours habiles. Une veste en denim dissimule ainsi un col en popeline qui surgit comme une surprise. Des chemises semblent porter des cravates imprimées sur leur boutonnière. Un blouson laisse entrevoir un T-shirt fantôme à la taille, présent sans vraiment l’être. Le vêtement ment, délibérément, avec élégance.

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Le tailoring reste au cœur du travail d’EGONLAB. Depuis 2019, c’est leur pierre angulaire, leur ADN urbain-punk qui vise à habiller toutes les morphologies, tous les genres et tous les âges sans jamais les dénaturer. Pour le printemps 2027, cette signature s’affine encore. Les doublures disparaissent. Les blazers épousent le corps comme une seconde peau sans sacrifier leur structure. Les vestes rentrées dans les pantalons et les shorts dessinent une silhouette à la taille marquée et à l’allure décidée.

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© Photo : EGONLAB

Les détails font la différence : des pantalons à pinces qui se resserrent à la cheville grâce à une bandelette boutonnée, un costume en lin couleur chocolat dont les ourlets laissent apparaître des détails lacés façon boots. La fameuse cage d’escalier en colimaçon du musée Gustave Moreau réapparaît sur des cols. Ce genre de référence cultivée, jetée là sans fanfare, est typique d’EGONLAB. Elle récompense ceux qui regardent de près.

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La surprise de cette saison s’appelle le Coquette Core. Inspiré de la coquetterie au sens littéraire du terme — Glémarec cite Marivaux : « Le négligé est une abjuration simulée de coquetterie ; mais en même temps, le chef-d’œuvre de l’envie de plaire » —, ce chapitre injecte une féminité délibérée dans le vestiaire masculin. Des chemises en soie brodées de cristaux Swarovski à la main. Des nœuds en satin noués sous le menton. Des références au vêtement de nuit recontextualisées en tenue de soirée. Pour séduire sans en avoir l’air, EGONLAB joue sur une tension constante entre maîtrise et abandon, brouillant les frontières entre le masculin et le féminin à travers des trompe-l’œil qui défient la lecture des pièces.

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© Photo : EGONLAB

Il ne s’agit ni de travestissement, ni de provocation facile. C’est une ambiguïté choisie et confortable qui dit quelque chose de précis sur l’époque : les hommes qui s’habillent chez Egonlab n’ont pas peur du désir ni de la douceur.

Certaines pièces de cette collection printemps 2027 sont fabriquées à partir de dentelles et de broderies produites par des religieuses dans des monastères français. Des guipures vintage y côtoient des broderies récentes, réalisées à la main selon des techniques qui n’ont pas d’équivalent industriel. Ce choix n’est pas anecdotique. Les créateurs soulignent qu’aucune machine au monde ne peut reproduire ce type de travail. C’est une façon de remettre l’artisanat au centre, non pas comme argument de vente, mais comme acte de résistance contre l’uniformisation.

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© Photo : EGONLAB

Les plissés en vague sur certaines pièces sont le résultat d’une technique complexe de gaufrage, en référence aux Amants de Magritte. Les traces d’écume sur des shorts en denim sont, quant à elles, le fruit d’une déchirure volontairement inachevée, suspendue dans le temps. EGONLAB fabrique des vêtements qui semblent avoir une histoire avant même d’être portés.

La collection s’accompagne d’une collaboration avec Eastpak qui n’est pas un simple placement de produit. Les sacs (tote bags en petite et grande taille, mini belt bags) sont conçus pour s’intégrer aux silhouettes de la collection, et non pour s’y greffer. Deux finitions sont proposées : un motif YD Check réinterprété par EGONLAB et un simili cuir au rendu sobre. Des ceintures de valise intégrées, des compartiments pour ordinateur, des passants de ceinture : la fonctionnalité est au rendez-vous. La collection est disponible immédiatement, supprimant ainsi le délai habituel entre le défilé et la mise en vente.

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© Photo : EGONLAB

Sept ans après ses débuts, EGONLAB s’impose comme une marque qui entend célébrer les individualités, l’ouverture et l’union dans un monde au bord de l’implosion. Glémarec et Nompeix n’ont jamais prétendu que la mode pouvait sauver quoi que ce soit. Mais ils croient, et cette collection le montre, qu’elle peut offrir un espace où l’on se sent moins seul. Moins assiégé.

L’Ataraxie selon EGONLAB ne ressemble pas à la quiétude d’un moine. Elle ressemble à un blazer sans doublure rentré dans un short, avec une chemise brodée par des nonnes et un sac Eastpak à l’épaule. Un calme actif. Une paix qui bouge.

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© Photo : EGONLAB
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