Il y a des collections qui occupent l’espace et d’autres qui creusent. Celle que présente KIDILL pour le printemps 2027 appartient résolument à la seconde catégorie. Présentée le 23 juin 2026 à Paris, lors de la Fashion Week masculine, la collection porte un titre qui sonne comme un avertissement : « Chaotic Discord ». Pourtant, rien dans ce travail ne relève du désordre gratuit.

Depuis douze ans, KIDILL construit son identité sur les ruines fertiles du punk, du hardcore et du grunge. Originaire de Fukuoka, Sueyasu a toujours été attiré par les cultures punk et grunge, qu’il a découvertes lors de son séjour à Londres dans les années 1990. Il en a fait sa matière première, sa boussole. Mais pour le printemps 2027, quelque chose a changé. Le créateur tourne le dos aux références culturelles et aux collaborations à répétition pour se concentrer sur ce que le vêtement exprime lorsqu’on lui ôte tous ses ornements. « Quand j’y repense, cela fait plus de douze ans que KIDILL existe. Et pour être franc, je me sens enfin prêt à affronter la profondeur du vêtement », confie-t-il.
Ce retour à la construction n’est pas une capitulation. Les imprimés graphiques omniprésents et les références culturelles immédiates laissent progressivement la place à un travail approfondi sur la construction, le volume et la matière. Les vestes, les pantalons et les chemises voient leurs silhouettes sans cesse déformées, portées par une construction méticuleuse qui dissimule une multitude de pinces. Ce que l’on voit n’est pas le résultat d’un dessin, mais d’un geste, presque d’une pression.

Les pièces en denim et les sweatshirts méritent qu’on s’y attarde. Des découpes assemblées à l’aide de près de trois cents épingles sont recouvertes de couches successives de peinture craquelée. Avec le temps et l’usage, ce film se fissure et se détache, révélant progressivement les badges et les détails enfouis sous la surface. Ces vêtements vieillissent. Ils évoluent. C’est rare.
Le tartan, d’abord déstructuré, est ensuite recomposé en patchwork, puis volontairement agrandi et désynchronisé de son échelle habituelle. Les plis et les replis du tissu introduisent des ruptures visuelles qui troublent la lecture de la silhouette sans jamais la brouiller complètement. Les chemises et les pièces en denim sont, quant à elles, recouvertes de silicone avant d’être appliquées directement sur le vêtement ; lorsque certaines parties se décollent, une image cachée apparaît. Deux lectures pour un seul objet.
La seule collaboration de la saison est celle avec Juicy Couture. Strass, paillettes, logos brillants et motifs d’ailes sont poussés à l’extrême, puis déconstruits et réassemblés selon l’esthétique propre à KIDILL. Les célèbres hoodies oversized sont pliés, déplacés, reconstruits. Sueyasu retourne ces codes de la célébrité des années 2000 contre eux-mêmes avec une ironie qui n’exclut pas la tendresse.
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Chaotic Discord ne désigne pas un monde chaotique. Sueyasu le précise lui-même : il s’agit plutôt « d’un éloignement volontaire de ce qui est considéré comme légitime ou authentique ». Il ajoute : « Le chaos, lui aussi, se transforme avec le temps. Je ne veux pas cautionner le moment où le chaos d’hier se transforme en un « uniforme classique » et commence à ressembler à une réponse. Je veux que le mystère et les secrets demeurent à l’intérieur du vêtement. »
C’est peut-être là le vrai propos de cette collection. Non pas la destruction, mais la résistance à la fixité. Sueyasu ne veut pas que KIDILL devienne une référence. Il veut qu’elle reste une question.












