La présentation de la collection printemps 2027 s’est tenue pour la troisième année consécutive à la Fondation Simone et Cino Del Duca. Dès l’entrée de cet hôtel particulier du XIXe siècle donnant sur le parc Monceau, une citation manuscrite accueillait les visiteurs : « Je reconnaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. » Il s’agit des mots du renard dans Le Petit Prince, le conte d’Antoine de Saint-Exupéry. En 2026, Le Petit Prince fêtera les 80 ans de sa publication en France. Berluti a saisi l’occasion pour créer une collection entière autour de cet anniversaire.

Ce n’est pas un hasard. L’univers de Saint-Exupéry attire en effet l’attention sur la nature, le vivant et les petits détails qui donnent du sens à la vie. Berluti, maison fondée par une famille originaire des Marches et ancrée dans les cultures italienne et française, y trouve une résonance évidente. Jean-Marc Mansvelt, le directeur général de la maison, l’a formulé sans détour : « Ce que nous voulions transmettre sur Berluti – l’essentiel, la fidélité, la transmission -, c’est précisément ce que raconte Le Petit Prince. »
La citation à l’entrée avait également une valeur biographique pour la maison. Olga Berluti, l’ancienne directrice artistique de la griffe, reconnaissait paraît-il un client rien qu’au son de ses pas. Une légende de la cordonnerie devenue fil conducteur d’une présentation entière.

Le parcours se déployait pièce après pièce, comme un roman. Une version fantasmée du bureau de Saint-Exupéry, avec un casque et une veste d’aviateur en cuir posés sur un portemanteau, précédait une salle obscure éclairée comme un ciel nocturne, dans laquelle des sacs et des portefeuilles étaient disposés dans des sphères argentées évoquant le voyage de Le Petit Prince à travers l’espace. Sur un bureau doucement éclairé, des planètes, des dessins et des vitrines reliaient l’univers du livre à l’univers Berluti.
Mais la collection printemps 2027 ne se réduisait pas à cet hommage littéraire. Le thème du jardin constituait le cœur de la collection. La veste Forestière arborait une jonquille qui semblait pousser naturellement dans sa poche. Une veste en jersey arborait une fleur brodée, comme si elle avait poussé depuis l’intérieur du vêtement. La légèreté était partout. Des chemises pop-over, des chemises classiques et des pièces Scritto arboraient des motifs floraux grâce à la broderie, à l’imprimé ou à des effets optiques.
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Côté souliers, Berluti présentait le Galet Bloom, dont le nom fait référence à ces pierres lisses que l’on trouve sur les plages. Ce nouveau modèle capsule s’inspire de la courbe organique d’un arum, une fleur à la forme singulière. Le Lorenzo, mocassin emblématique de la maison, habituellement confectionné en cuir de kangourou, était proposé cette saison en cuir de buffle et en daim souple. Les loafers Panache poursuivaient eux aussi le langage chaussant de la maison, avec des matières fines et une construction précise.
La maroquinerie ne manquait pas d’ambition non plus. Dans le salon Orange, de petits accessoires en cuir s’inspiraient de la peinture impressionniste. La marque avait sélectionné des fragments de quatre tableaux qu’elle avait appliqués sur les modèles Un Jour, Luti, Un Jour de Poche et Toujours. Le résultat tenait autant de la galerie d’art que du catalogue de mode. On pensait à ces collectionneurs qui portent leurs toiles plutôt que de les accrocher.

Pour les fêtes, une édition limitée était également prévue. La marque proposera une collection capsule de maroquinerie inspirée de Le Petit Prince, mêlant couleurs, détails graphiques et citations manuscrites. Le loafer Alessandro, également en édition limitée, était quant à lui orné d’une rose gravée, clin d’œil direct à la rose du livre que le Petit Prince arrosait et protégeait sur sa planète.
La dernière salle de la présentation était consacrée à la réparation. Un artisan y travaillait parmi des pièces restaurées qui portaient les habitudes et la mémoire de leurs propriétaires. Berluti précise que 97 % de ses produits peuvent être réparés dans son atelier d’Aubervilliers. Un geste rare dans un secteur qui privilégie souvent le renouvellement à la durabilité. Un objet que l’on répare, c’est un objet auquel on tient. C’est aussi, à sa façon, la morale du conte.
La collection printemps 2027 de Berluti confirmait ainsi la direction prise par la maison depuis quelques saisons : moins de pièces, mais plus fouillées. Moins de bruit, mais plus de sens. Comme le dit le renard au Petit Prince : « L’essentiel est invisible pour les yeux. » Berluti l’a rendu visible, en cuir, en broderie et en patine.



















