Samedi soir, malgré la canicule qui frappait Paris, une foule dense s’est massée pour assister au défilé de SOSHIOTSUKI. Grand vainqueur du prix LVMH 2025, le créateur japonais présentait sa collection printemps 2027 baptisée « The Persistence of Memory », clin d’œil assumé aux montres molles de Salvador Dalí. Ce titre n’était pas qu’un effet de manche.

Chez Soshi Otsuki, tout part d’une image précise : celle d’un père de famille strict, corseté dans son costume de bureau, qui se relâche imperceptiblement le temps de quelques jours de vacances. Un col qui se retourne. Une ceinture qui ne ferme plus tout à fait. Un short qui laisse deviner le caleçon en dessous.
Otsuki n’a jamais connu ces étés balnéaires occidentaux qu’il imagine ici. Le designer, né en 1990 et formé au Bunka Fashion College, s’appuie sur une nostalgie qui n’est pas la sienne, une mémoire empruntée à son père et à la génération des salarymen japonais des années 1980. Le vêtement devient alors le support d’un souvenir que l’on n’a pas vécu.
| 📌 Repères clés |
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| 👔 SOSHIOTSUKI revisite le costume du salaryman japonais en vestiaire de vacances sophistiqué. 🧵 Chaque silhouette repose sur une construction technique extrêmement précise malgré une apparente décontraction. 🤝 ASICS, SANYO, Blackmeans et Kota Okuda enrichissent la collection grâce à leur savoir-faire artisanal. 🏆 Depuis son Prix LVMH 2025, SOSHIOTSUKI confirme son statut parmi les créateurs masculins les plus observés. 🌿 Le printemps 2027 affirme une élégance japonaise où la nostalgie devient un langage stylistique. |

En effet, ce laisser-aller apparent cache une construction d’une précision presque maniaque. Les revers des chemises conservent leur courbure grâce à des baleines cousues dans le col. Les fermetures de ceintures, qui semblent abandonnées sur la hanche, sont en réalité bâties autour d’inserts métalliques dissimulés qui dessinent en creux la lettre S, initiale de la marque. Même les shorts, qui semblent ne plus pouvoir se boutonner, obéissent à un patronage calculé au millimètre près.
Les matières racontent la même histoire de temps suspendu. Les lainages et les lins sont teints en fil, chaîne et trame de couleurs différentes pour donner de la profondeur au tissu ; les cotons subissent des lavages qui leur donnent l’aspect d’un vêtement déjà porté depuis vingt ans. La palette de couleurs s’en ressent : beige sec, brun argileux, bleu délavé. Des teintes de matière ayant perdu son humidité au soleil plutôt que des couleurs vives et triomphantes.
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La maison ASICS SportStyle poursuit sa collaboration avec une nouvelle sneaker, la GEL-AXIS FF, déclinée en quatre coloris alliant mesh haute densité et cuir perforé. SANYO YAMACHO signe des sandales Gurkha qui reprennent la silhouette d’un soulier de ville classique. SANYOCOAT propose un long manteau à épaulettes amovibles, directement inspiré d’un imperméable que portait le père du créateur dans les années 1980, jusque dans le détail du logo vintage. Le spécialiste japonais Blackmeans signe de son côté une veste en cuir craquelé, tandis que le joaillier Kota Okuda clôt le défilé avec des pinces à cravate et des boutons de manchette en argent.
Cette accumulation de noms pourrait alourdir le propos. Elle l’enrichit au contraire en rappelant qu’au Japon, la mode masculine reste avant tout une affaire d’artisans.

Depuis sa victoire au prix LVMH en 2025, Otsuki enchaîne les apparitions : créateur invité à Pitti Uomo en janvier dernier, puis signataire d’une capsule pour Zara dévoilée en décembre 2025. Une reconnaissance qui ne l’a pas éloigné de son obsession première : un vestiaire d’apparence négligée, mais structuré comme une armure souple.
Les amateurs de mode masculine qui suivent Otsuki depuis ses débuts à la Rakuten Fashion Week de Tokyo retrouveront dans cette collection printemps 2027 la même grammaire : une élégance qui se donne des airs de désinvolture sans jamais perdre le fil de sa construction. Une rigueur sartoriale au service d’un art du relâchement qui doit autant à l’héritage du tailoring occidental qu’à la discipline japonaise du geste.
On referme le défilé avec une certitude. Soshi Otsuki n’habille pas des vacanciers. Il habille des hommes qui rêvent de l’être.














