Il fallait un projet aussi démesuré que celui de Christopher Nolan pour ramener la pellicule au centre de l’attention. Depuis le 15 juillet, un seul écran en France permet de voir L’Odyssée dans son format d’origine, l’IMAX 70 mm, et cet écran se trouve à Montpellier, au Pathé Odysseum. Pas à Paris. Pas à Lyon. Montpellier. Ce détail a de quoi surprendre les habitués des avant-premières parisiennes, mais la logique est parfaitement claire une fois expliquée.
Le Pathé Odysseum possède l’écran idéal pour l’IMAX 70 mm
Dès que le groupe IMAX a proposé son projecteur 70 mm, le groupe Pathé s’est porté candidat, un choix présenté comme avant tout artistique par Sébastien Rodriguez, directeur des cinémas Pathé de Montpellier. La salle montpelliéraine partait avec un avantage que peu de concurrents pouvaient revendiquer. C’est en effet le seul cinéma français à posséder un écran IMAX au format natif 1,43, mesurant 22,39 mètres de large sur 16,76 mètres de haut, pour une surface de 432 mètres carrés. Autrement dit, le géant existait déjà. Il ne manquait plus que la machine capable de lui faire cracher toute sa puissance.
Cette machine mérite justement qu’on s’y attarde. On oublie trop souvent que le cinéma numérique a effacé en une quinzaine d’années tout un savoir-faire artisanal. Le film a été tourné sur pellicule IMAX 65 mm à 15 perforations, puis tiré au format IMAX 70 mm, offrant ainsi une surface d’image trois fois plus grande que celle d’un film en argentique standard. Le calcul donne le vertige : on approche, selon les estimations techniques d’IMAX, l’équivalent d’une définition en 18 K. Aucun téléviseur domestique, aussi haut de gamme soit-il, ne peut rivaliser.
| 📌 Repères clés |
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| 🎬 Un seul écran en France projette L’Odyssée en véritable IMAX 70mm sur pellicule, au Pathé Odysseum de Montpellier 📽️ 432 m² d’écran, au format natif 1,43 (22,39 m sur 16,76 m), le seul de ce type en France 🎞️ 110 kg et 18 km de pellicule par copie, rechargée après chaque séance par huit techniciens formés spécialement 🎟️ 13 000 préventes enregistrées en un mois, avec des spectateurs venus de toute la France 📅 À l’affiche jusqu’au 31 août, avant l’arrivée de Dune, troisième partie, en IMAX 70mm dès la mi-décembre |
Une copie de 110 kilos remet les projectionnistes au premier plan
Le plus étonnant dans cette histoire tient moins à la technologie qu’aux hommes chargés de la faire fonctionner. La copie de L’Odyssée, assemblée sur un plateau unique, pèse 110 kilos pour environ 18 kilomètres de pellicule. Un chiffre qui semble sorti d’un autre siècle, alors que la plupart des salles reçoivent leurs films sur un simple disque dur.
Depuis une dizaine de jours, avant l’ouverture, huit techniciens des cinémas Comédie et Odysseum ont été formés sur place par les équipes IMAX pour recharger la pellicule après chaque séance. Des gestes que la profession avait abandonnés il y a près de dix-huit ans, avec la généralisation du numérique. Deux d’entre eux, précise-t-on du côté de Pathé, avaient encore connu l’époque du 35 mm. On imagine sans peine l’émotion particulière qui a dû traverser la cabine de projection au moment de rallumer ces réflexes endormis.
Le résultat interpelle ceux qui ont pu franchir la porte de cette cabine. Une vraie bobine de pellicule tourne à cette échelle, ce que l’équipe technique redécouvre avec la même intensité que le public en salle. Loin des discours marketing habituels, ce plaisir presque nostalgique traverse aussi bien les professionnels aguerris que les spectateurs venus découvrir un objet qu’ils croyaient disparu.
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Le format 1,43 déploie une image impossible à reproduire ailleurs
Sur le plan strictement visuel, la différence saute aux yeux dès les premières minutes. Le format carré 1,43:1 n’a plus grand-chose à voir avec le 2,39:1 des salles classiques : il n’y a pas de bandes noires, ni en haut, ni en bas, ni sur les côtés ; l’image occupe tout le cadre et une bonne partie du champ de vision périphérique, dès les premiers rangs. Cette absence de cadre, aussi bête que cela puisse paraître, change profondément la façon dont on vit un film pendant deux heures et quarante minutes.
Reste évidemment la question de l’accès. Pour tous ceux qui ne vivent pas dans le sud de la France, voir L’Odyssée tel que Nolan l’a conçu implique un véritable déplacement et une dépense que tout le monde ne peut pas se permettre. Les salles IMAX numériques classiques, ailleurs sur le territoire, diffusent le film dans un rapport de 1,90:1, ce qui rogne mécaniquement une partie de l’image originale, renvoyant ainsi les personnages secondaires hors-cadre. Voir le film à Montpellier revient donc à voir un autre objet, presque un autre découpage, que celui proposé partout ailleurs en France.
Treize mille préventes consacrent Montpellier comme destination cinéma
Les chiffres parlent d’eux-mêmes à ce stade. En un mois, treize mille préventes ont été enregistrées pour les séances IMAX 70 mm au Pathé Odysseum, et des spectateurs sont prêts à traverser la moitié du pays pour s’installer dans cette salle unique. Une jeune femme venue de Marseille pour l’occasion confiait, à la sortie de la séance, avoir trouvé l’expérience grandiose et ne regretter absolument pas la somme dépensée pour le déplacement. Un autre spectateur, poster sous le bras, racontait rester sous le choc plusieurs heures après la projection.
Le phénomène dépasse d’ailleurs largement le public français. Seules une quarantaine de salles dans le monde maîtrisent aujourd’hui ce format exigeant, et le Pathé Odysseum de Montpellier n’est que le troisième cinéma d’Europe à pouvoir le projeter. Dans les pays où la rareté est encore plus marquée, certains billets se sont échangés au marché noir à des tarifs proches du millier de dollars. Rien de tel pour l’instant à Montpellier, mais la pression sur les créneaux les plus demandés reste réelle.
L’IMAX 70 mm installe Montpellier dans une stratégie durable
Le Pathé Odysseum ne compte pas retirer L’Odyssée de son programme avant la fin de l’été. Le cinéma prévoit de garder le film à l’affiche au moins jusqu’au 31 août, offrant ainsi un peu de temps aux retardataires pour organiser leur venue. Et l’histoire ne semble pas près de s’arrêter. Dune, troisième partie, de Denis Villeneuve, devrait être le prochain film à exploiter cette technologie à Montpellier, dès la mi-décembre, confirmant ainsi que l’installation de ce projecteur s’inscrit dans une stratégie à long terme plutôt que dans un coup d’éclat isolé lié à la seule sortie de Nolan.
De ce pari technique et financier, la ville d’Occitanie sort clairement gagnante. Le coup de projecteur profite à tout le quartier d’Odysseum, commerces compris, et place durablement Montpellier sur une carte que peu auraient imaginée il y a encore un an. Pour les cinéphiles prêts à faire le déplacement, la question n’est plus de savoir si l’expérience vaut le coup. La question est plutôt de savoir combien de temps il faudra encore patienter avant de trouver une place libre.



