Un objet, deux buts entrés dans la légende, et un prix qui pourrait dépasser les dix millions de dollars. Le ballon de la « Main de Dieu » de Maradona s’apprête à revenir sous le feu des projecteurs et les enchères s’annoncent aussi intenses que le match qui l’a rendu célèbre. La maison de vente aux enchères Heritage Auctions a fixé la mise à prix à 2,5 millions de dollars, avec une estimation finale pouvant atteindre dix millions.
Deux buts, un seul ballon : l’authentification par Heritage Auctions
Ce ballon blanc et noir, légèrement dégonflé par le poids des années, n’est pas un souvenir ordinaire. Grâce à des techniques de comparaison photographique, les experts d’Heritage l’ont associé non seulement au but inscrit de la main par Diego Maradona, mais aussi à celui que la FIFA a plus tard baptisé « but du siècle ». Deux réalisations obtenues à quatre minutes d’intervalle, lors du même match, avec le même ballon. Voilà ce qui rend cette pièce si rare aux yeux des collectionneurs.
Mike Provenzale, responsable de production chez Heritage, ne cache pas son enthousiasme. « Quand il est arrivé, j’étais chez Heritage depuis vingt ans, et il y a eu beaucoup d’objets qui, à leur arrivée, ont carrément arrêté tout le département. Celui-ci fait partie de cette liste », confie-t-il. Il ajoute une précision qui résume tout : « C’est un objet si emblématique que même les gens qui ne connaissent rien au football ou à l’événement peuvent en comprendre la valeur. Le fait qu’il soit lié aux deux buts, c’est la cerise sur le gâteau. »

1986, stade Azteca : le quart de finale Argentine-Angleterre
Nous sommes en 1986, au stade Azteca de Mexico. L’Argentine affronte l’Angleterre dans un quart de finale marqué par une tension qui dépasse largement le cadre sportif, la guerre des Malouines étant encore présente dans les esprits. Six minutes après la reprise, Maradona surgit devant le gardien anglais Peter Shilton et pousse le ballon au fond des filets de la main gauche. L’arbitre n’a rien vu. Le but est validé.
Quatre minutes plus tard, Maradona récupère le ballon dans son propre camp et se lance dans une course de soixante mètres, éliminant six joueurs anglais avant de conclure d’un geste que la FIFA qualifiera plus tard de « but du siècle ». L’Argentine s’impose 2-1 et remporte, quelques semaines plus tard, sa deuxième Coupe du monde. Des années plus tard, Maradona reconnaîtra lui-même que le premier but n’aurait jamais dû être accordé. Mais il était trop tard : la légende était déjà née.
2023, une première vente restée sans acheteur
Cette vente n’est pas une première tentative. En février 2023, le même ballon avait atteint 2,04 millions de dollars lors d’une vente aux enchères organisée par Goldin, mais n’avait pas trouvé preneur, car le prix de réserve fixé par le vendeur n’avait pas été atteint. Cette fois, Heritage applique à nouveau une réserve non divulguée, qu’elle juge « modeste au regard de l’importance de l’objet ».
Pour justifier une estimation aussi élevée, la maison de vente s’appuie sur un précédent retentissant. Le maillot que portait Maradona ce jour-là avait été adjugé 9,28 millions de dollars chez Sotheby’s en 2022, établissant un record absolu pour une pièce de collection sportive. « Ce sur quoi nous nous sommes basés, c’est le maillot que portait Maradona pendant ce match », explique Provenzale. « Nous pensons que ce ballon se situe dans la même fourchette, voire plus haut, puisqu’il s’agit du ballon qui est réellement entré deux fois dans le but. »
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De l’arbitre Ali Bennaceur à la vente Heritage, la trajectoire du ballon
L’histoire de cet objet commence avec Ali Bennaceur, l’arbitre tunisien qui officiait ce jour-là. Selon une lettre attribuée à Bennaceur et citée dans la description de la vente Goldin en 2023, tout arbitre central dirigeant un match officiel de la Coupe du monde devenait, à la fin de la rencontre, le seul et unique propriétaire du ballon utilisé pendant toute la partie. Une pratique dont la réalité reste incertaine : en 2014, un porte-parole de la FIFA indiquait au Guardian que les ballons des matchs de Coupe du monde étaient distribués comme souvenirs aux équipes, aux villes hôtes, aux partenaires de la FIFA et au musée de l’institution.
Le ballon a ensuite changé de mains dans le cadre d’une transaction privée. Selon Provenzale, son détenteur a attendu que la technologie de photo-matching progresse suffisamment pour authentifier formellement le lien avec le but de la main, puis avec le but du siècle. Ce timing n’est pas anodin non plus : la vente coïncide avec la Coupe du monde en cours, au cours de laquelle l’Argentine, championne en titre, doit affronter l’Angleterre en demi-finale, mercredi. De quoi garantir une exposition médiatique maximale au moment précis de la mise en vente.

La vessie percée, laissée intacte depuis des décennies
Curiosité supplémentaire : le ballon est aujourd’hui partiellement dégonflé. Selon Provenzale, rien d’accidentel. « Il s’est dégonflé naturellement avec le temps », précise-t-il, ajoutant une remarque révélatrice de la valeur symbolique de l’objet : si ce ballon avait valu mille dollars, la vessie percée aurait sans doute été réparée depuis longtemps, une opération qui coûterait à peine une centaine de dollars. Mais personne n’a osé y toucher. « On ne veut pas jouer avec l’histoire », résume-t-il sobrement.

Le brassard de Maradona à 130 000 dollars, autre signal du marché
Cette vente s’inscrit dans un contexte où les enchères liées à Maradona sont très actives. Le brassard de capitaine que l’Argentin portait lors de ce même match contre l’Angleterre, puis lors de la finale de 1986 face à l’Allemagne de l’Ouest, était lui aussi proposé chez Sotheby’s, avec des enchères ayant atteint 130 000 dollars mardi. Ce climat témoigne d’un engouement grandissant pour les objets liés au football, un marché longtemps dominé par le baseball et le basket-ball américains, et désormais tiré vers le haut par des pièces argentines à forte charge émotionnelle.
Pour les quarante millions d’Argentins qui vénèrent encore la mémoire de Maradona, ce ballon n’a pas de prix. Mais pour les collectionneurs du monde entier, il pourrait bien devenir, d’ici la fin du mois d’août, l’objet sportif le plus cher jamais vendu aux enchères, dépassant même le record établi par le maillot de 1986.



