| Vacheron Constantin Métiers d’Art Hommage au Règne Animal réunit six montres concept réalisées avec six artisans extérieurs à l’horlogerie. Chaque pièce adopte un boîtier de 42 mm et le calibre automatique 2460 G4. Plumasserie, verre, micro-origami, broderie d’or, papier et marqueterie de bois composent les six cadrans. |
La manufacture genevoise dévoile une série de six montres concept baptisée Vacheron Constantin Métiers d’Art Hommage au Règne Animal. Ce programme a été lancé pour bousculer les habitudes de la haute horlogerie plutôt que pour les confirmer.
Le principe est simple, mais sa mise en œuvre a demandé des années de tâtonnements. Six artisans qui n’avaient jamais posé les mains sur un cadran de montre auparavant ont été invités à transposer leur discipline à l’échelle d’un boîtier de 42 millimètres. Plumasserie, sculpture sur verre, micro-origami, broderie d’or, sculpture sur papier et marqueterie de bois : autant de savoir-faire empruntés à la mode, à la sculpture ou à l’artisanat d’art et qui n’avaient a priori rien à faire dans un atelier horloger.
| 📌 Repères clés |
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| ⌚ Vacheron Constantin Métiers d’Art Hommage au Règne Animal réunit six montres concept construites autour d’un boîtier de 42 mm. 🎨 Six artisans extérieurs à l’horlogerie y transposent la plumasserie, le verre, le micro-origami, la broderie d’or, le papier et la marqueterie de bois. ⚙️ Le calibre automatique 2460 G4 affiche heures, minutes, jour et date par quatre guichets périphériques afin de libérer le centre du cadran. 🪶 Feathersnake nécessite environ 200 fragments issus de sept plumes de lophophore et a demandé 250 heures de travail, recherche et prototypage compris. 🐅 Tigerbroidery a demandé environ 210 heures de travail pour composer son tigre brodé notamment avec des fragments de fils d’or inférieurs au millimètre. |
Vacheron Constantin confie ses cadrans à six métiers venus d’ailleurs
Le « One of Not Many Crafts Programme » n’est pas un simple habillage marketing. Il s’inscrit dans une tradition que Vacheron Constantin cultive depuis sa fondation en 1755 : celle des ateliers Métiers d’Art consacrés au guillochage, à la gravure, à l’émaillage et au sertissage. Mais la maison, la plus vieille manufacture horlogère au monde en activité continue, a voulu aller chercher ailleurs. Elle a notamment noué des partenariats avec des institutions telles que le Louvre ou le Metropolitan Museum of Art, et ce nouveau programme en constitue le prolongement naturel en matière de création.
Sandrine Donguy, directrice Produit et Création de la Maison, résume l’intention : « La vocation de Vacheron Constantin est de créer et d’innover en repoussant sans relâche les limites de la haute horlogerie. » Une formule qui, sur le papier, ressemble à celle de nombreuses maisons horlogères, mais qui prend ici un relief particulier, puisque l’exercice consiste précisément à faire entrer des pratiques extérieures à l’horlogerie dans un domaine qui ne pardonne aucune approximation.
Christian Selmoni, Legacy & Style Director de la marque, ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque une « forme d’incubation créative qui ouvre de nouvelles possibilités d’expression artistique dans les contraintes de l’horlogerie ». Le mot « contrainte » n’est pas anodin. En effet, entre la surface d’un cadran et quatre millimètres de hauteur sous un verre saphir, la marge de manœuvre se compte en dixièmes de millimètre.
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Le calibre 2460 G4 libère le centre du cadran pour les artisans
Techniquement, cette série concept repose sur le calibre 2460 G4, un mouvement mécanique à remontage automatique qui affiche les heures, les minutes, le jour de la semaine et la date par quatre guichets répartis aux extrémités du cadran. Ce parti pris d’affichage périphérique n’est pas un gadget : c’est un classique du répertoire Métiers d’Art de la Maison, déjà employé sur plusieurs séries précédentes, mais qui retrouve ici une utilité inédite. Il libère en effet toute la surface centrale du cadran, transformée en véritable support pour chaque création. Les horlogers de la Maison ont dû adapter les finitions du calibre à l’esthétique propre à chaque pièce, dans un dialogue permanent entre les artistes invités et les maîtres de l’atelier Métiers d’Art.
Deux éléments viennent unifier la collection. Une masse oscillante en or 916/1000, gravée à la main, reproduit les outils propres à chaque savoir-faire représenté. Chaque montre est également associée à un bracelet en cuir de veau embossé d’un motif qui prolonge le langage visuel du cadran, qu’il s’agisse d’écailles, de vagues ou de feuillage.
Feathersnake assemble 200 fragments découpés dans sept plumes
La première pièce, Feathersnake, confie à Julien Vermeulen le soin de faire vivre un serpent imaginaire à l’aide de la plumasserie. L’artiste, formé dans l’atelier du couturier Jean-Paul Gaultier, a recouvert le reptile d’environ deux cents fragments minutieusement découpés dans sept plumes de lophophore. Le résultat s’élève à peine à trois millimètres au-dessus du cadran, mais donne une impression de mouvement saisissante grâce à l’iridescence naturelle du plumage.

Vermeulen raconte avoir dû adapter sa respiration : « Une respiration trop forte risquait de les faire s’envoler », confie-t-il à propos des plumes, avant d’ajouter qu’il lui « était impossible de travailler plus de quatre heures par jour, vu le niveau de concentration exigé par le projet ». Deux cent cinquante heures de travail, recherche et prototypage compris, ont été nécessaires pour cette seule création. À ce niveau de minutie, on comprend que le sport ou l’aventure ne sont jamais loin : c’est la même patience obsessionnelle qu’on retrouve chez un maquettiste ou un tatoueur travaillant au micron près.
Glassoctopus réduit une sculpture de verre à 2,5 millimètres
Deuxième pièce du programme, Glassoctopus met en scène une pieuvre transparente flottant sur un fond guilloché bleu nuit. L’artiste italien Simone Crestani, verrier depuis vingt-cinq ans, a dû inventer une technique inédite pour transformer un volume habituellement pensé en centimètres, voire en pièces monumentales, en une sculpture de 2,5 millimètres d’épaisseur seulement. Il raconte un « véritable tournant » dans son travail et une échelle qui l’a obligé à « repenser entièrement » sa pratique.
Le développement de cette composition a duré plus d’un an. Chaque prototype nécessitait au moins trois jours de travail et la version finale a été retenue parmi quatre pieuvres présentant de subtiles variations de mouvement.

Oraygami plie des raies manta de seulement 5 à 10 millimètres
Avec Oraygami, l’artiste allemande Anya Midori applique le micro-origami à un banc de raies manta miniatures, pliées à la main dans un papier japonais teinté spécialement pour l’occasion. Faute de séquence de pliage existante pour cette forme, elle a dû créer son propre modèle de toutes pièces, un travail qu’elle décrit comme le plus significatif de sa carrière : « C’est en effet la première fois que j’ai été impliquée dès le début du processus créatif plutôt que d’exécuter une idée finalisée. »
Chaque raie mesure entre cinq et dix millimètres avant d’être montée sur de fines tiges en laiton. Le projet, engagé en 2024, a nécessité jusqu’à six heures de pliage pour les premiers exemplaires.

Tigerbroidery compose son tigre avec des fils d’or sous le millimètre
La broderie d’or, technique rarement employée en horlogerie, sert de fil conducteur à Tigerbroidery. Laura Baverstock, diplômée de la Royal School of Needlework, y fait apparaître un tigre dans une jungle brodée sur soie verte. Le corps de l’animal est composé de fragments de fils d’or jaune et blanc 375/1000, coupés un à un et mesurant chacun moins d’un millimètre. Les rayures sont réalisées en fils de cuivre recouverts de céramique noire.
Baverstock évoque une « incursion dans l’inconnu » et une teneur en or inédite pour elle. Le cadran a nécessité environ deux cent dix heures de travail.

Papercroc et Woodenwings poussent papier et bois vers la miniature
Sculpté dans du papier de coton blanc gaufré, Papercroc fait apparaître un crocodile dissimulé dans une végétation enneigée. L’artiste parisienne Marianne Guély, habituée aux installations monumentales, a dû composer avec des papiers en fibre naturelle qui s’effilochent au moindre excès de pression, jusqu’à trouver, avec l’aide de spécialistes de la découpe laser, la précision requise par la haute horlogerie.

Dernière pièce du programme, Woodenwings confie à Anna Le Corno, artiste formée à l’École Boulle, la représentation d’un faucon en marqueterie tridimensionnelle. Douze essences de bois différentes composent l’oiseau, dont un eucalyptus fumé et un bouleau teinté en bleu profond. Trois techniques distinctes de marqueterie ont été combinées pour l’arrière-plan, le corps et les ailes, ces dernières étant assemblées plume par plume selon un procédé spécialement développé pour le projet.

Le règne animal accompagne Vacheron Constantin depuis 1826
Cette série n’est pas une première pour Vacheron Constantin. Dans son dossier de presse, la Maison rappelle plusieurs jalons de son histoire liés au règne animal, de la montre de poche ornée d’un serpent émaillé datant de 1826 jusqu’à la pièce unique Les Cabinotiers Tourbillon Joaillerie Hippocampe de 2022, en passant par la série en hommage à l’ornithologue John James Audubon présentée dans les années 1990. La faune n’y a jamais été un simple motif décoratif. Elle a plutôt servi de terrain d’essai pour repousser les techniques disponibles, génération après génération.
Reste que Métiers d’Art Hommage au Règne Animal frappe par son parti pris. En collaborant avec des artistes totalement étrangers à l’horlogerie, Vacheron Constantin prend un risque assumé, celui de perdre en contrôle ce qu’elle gagne en singularité. Le pari semble tenu. Chacune des six pièces raconte la rencontre entre deux mondes, celui de l’artisanat libre et celui de la mécanique contrainte, et c’est précisément cette tension qui rend la série aussi intéressante à observer qu’à porter.







