Ziggy Chen, à Paris, imagine un printemps 2027 patiné par le temps

Rien ne brille, tout se patine. À Paris, un studio pense le vêtement comme un objet qui vieillit avec son propriétaire, loin des effets immédiats que réclame habituellement la mode.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
5 Minutes de lecture

Ziggy Chen, la griffe née à Shanghai en 2012, a présenté sa collection le 27 juin dans le cadre de la Fashion Week Homme de Paris. Intitulée AMBIEPOSE, elle ne raconte ni la jeunesse triomphante, ni les matières neuves. Elle observe le temps qui abîme et embellit à la fois.

Ziggy Chen, à Paris, imagine un printemps 2027 patiné par le temps
© Photo : Ziggy Chen

Chez Ziggy Chen, tout commence par un principe. Depuis sa création, la maison cherche le point de friction entre la tradition chinoise et notre époque, qu’elle traduit dans le vêtement plutôt que de le théoriser sur le papier. Le studio privilégie les volumes simples, les détails techniques et les matières travaillées jusqu’à l’épuisement de leurs usages habituels. Rien n’y est laissé au hasard, mais rien n’y semble non plus calculé.

Cette saison, le vêtement porte la trace de ce qui l’a précédé.

📌 Repères clés
🧵 AMBIEPOSE explore le temps comme véritable matière créative.
🌿 Lin, soie, cuir et jersey composent une garde-robe volontairement patinée.
👔 Les silhouettes se resserrent, marquant une évolution par rapport aux saisons précédentes.
🌧️ Les imprimés de pluie et de fleurs fanées prolongent l’identité visuelle de la maison.
🇫🇷 Présentée à Paris, la collection affirme une vision durable et intemporelle du luxe masculin.

La palette reste sobre. Les couleurs se superposent comme des lessivages successifs, à l’image de celles qu’un vêtement acquiert après des années de port et d’exposition à la lumière : lin naturel, gris bleuté proche de la brume, tons éteints par une faible saturation. Le motif signature de la maison, cette « pluie sale » qui traverse plusieurs collections, se pare cette fois de fleurs fanées imprimées en transparence. L’ensemble évoque moins une saison qu’une patine.

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Les matières confirment cette idée d’usure choisie. Le lin, la soie et le jersey de coton très doux composent l’ossature de la collection. L’ajouré s’impose comme un geste structurant, appliqué au denim comme au cuir, deux matières rarement associées à une telle légèreté. Une maille de lin écru prolonge ce vocabulaire, assurant une continuité entre les pièces plutôt qu’une succession d’effets isolés.

Le grain compte plus que l’éclat.

Ziggy Chen, à Paris, imagine un printemps 2027 patiné par le temps
© Photo : Ziggy Chen

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Les surfaces ne recherchent ni le lisse ni le brillant. Elles évoquent des pages tournées, mates, froissées par l’usage plutôt que par le pli calculé du prêt-à-porter neuf. Le temps devient une matière à part entière, au même titre que le lin ou le cuir. C’est un parti pris rare dans une industrie qui vend habituellement la nouveauté comme argument premier.

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Les silhouettes, elles, se resserrent. Après plusieurs saisons axées sur des volumes généreux, Ziggy Chen resserre l’allure et privilégie une coupe structurée qui n’exclut pas l’aisance. Le vêtement garde sa liberté de mouvement, conçu sans contexte d’usage imposé : ni costume de ville strictement défini, ni tenue de loisir revendiquée. Il doit simplement pouvoir se porter tous les jours.

Ziggy Chen, à Paris, imagine un printemps 2027 patiné par le temps
© Photo : Ziggy Chen

La comparaison avec la collection précédente éclaire ce virage. Pour le printemps-été 2026, la maison avait choisi PRITRIKE, un hommage à la puissance brute de la nature et à ses cycles. AMBIEPOSE poursuit cette réflexion sur un terrain plus intime : non pas la nature comme force extérieure, mais le corps et le vêtement comme lieux où le temps s’inscrit directement.

Pour l’homme qui s’habille à Paris cet été-là, Ziggy Chen propose une alternative aux collections qui misent tout sur l’effet immédiat. Ici, la valeur d’une pièce se mesure à ce qu’elle devient avec le temps, et non à l’effet qu’elle produit le premier jour. Une proposition discrète qui s’adresse directement à ceux qui portent leurs vêtements longtemps avant de les aimer vraiment.

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Ziggy Chen, à Paris, imagine un printemps 2027 patiné par le temps
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