La Monnaie de Paris réinvente l’or avec son Bullion à la française

Alors que l’or retrouve son statut de refuge absolu, La Monnaie de Paris remet la France dans la conversation mondiale du Bullion.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
11 Minutes de lecture
© Photo : La Monnaie de Paris

La Monnaie de Paris vient de franchir un cap historique. Le 26 mai 2026, lors d’une frappe inaugurale en présence du ministre de l’Économie, Roland Lescure, l’institution a officiellement lancé son Bullion à la française : le Marianne Or, une monnaie d’investissement en or pur qui n’avait pas d’équivalent français sur le marché international. Un événement rare. Une première.

Le grand retour de l’or français

Pour comprendre l’ampleur de cet événement, il faut remonter loin dans le temps. De l’Antiquité à la IIIe République, l’or monnayé en France a circulé sous des formes qui font partie de la mémoire collective : l’écu, le louis d’or, le napoléon. Ces pièces ont traversé les guerres, les crises économiques et les changements de régime. Elles ont été thésaurisées dans des tiroirs, transmises de main en main et glissées dans des enveloppes lors de mariages ou de baptêmes. En France, l’or n’est pas seulement une valeur financière. C’est un réflexe, presque un instinct.

Avec le temps, ces pièces ont perdu leur rôle de monnaie circulante pour devenir des instruments d’épargne appréciés pour leur stabilité et leur ancrage dans le réel. Cependant, il manquait une pièce française conçue spécifiquement pour l’investissement, standardisée et internationale, capable de rivaliser avec les références mondiales du marché du bullion. C’est précisément ce vide que vient combler le Marianne Or.

« Le Bullion marque une étape majeure dans la transformation de la Monnaie de Paris. En donnant naissance à une monnaie d’investissement en or, nous renouons avec une histoire monétaire prestigieuse qui passe par l’écu, le louis ou le napoléon, tout en ouvrant un nouveau relais de croissance. Avec ses deux déclinaisons, physique et numérique, le Bullion illustre notre capacité à allier tradition et innovation, dans un contexte où l’or affirme plus que jamais son statut de valeur refuge par excellence. » C’est par ces mots que Marc Schwartz, président-directeur général de la Monnaie de Paris, a présenté cette initiative.

- Publicité -
La Monnaie de Paris réinvente l’or avec son Bullion à la française
Marianne Or 1 Oz (Or.999, valeur faciale : 100 €, poids : 31,10g, diamètre : 32,22 mm) – © Photo : La Monnaie de Paris

Le Bullion, cet actif que la France n’avait jamais créé

Le terme lui-même mérite qu’on s’y attarde. Un Bullion désigne une monnaie-lingot en métal précieux dont la valeur repose sur son poids et sa pureté, et non sur sa rareté numismatique. Contrairement aux pièces de collection, les Bullions sont produits en grande quantité par les instituts monétaires officiels du monde entier et servent avant tout de support d’investissement standardisé, reconnu et échangeable sur les marchés internationaux. Ils bénéficient par ailleurs d’une exonération de la TVA, conformément au règlement européen sur l’or d’investissement.

L’étymologie du mot est elle-même instructive. La piste la plus sérieuse mène au vieux français boillon, utilisé au Moyen Âge à la cour d’Angleterre. Et il y a ce personnage fascinant : Claude de Bullion, surintendant des finances de Louis XIII, qui fut l’un des artisans du Louis d’or institué en 1640, est un personnage fascinant. Pour nombre de Français, ce nom reste associé au capital, à l’épargne et à la transmission. Un clin d’œil de l’histoire qui n’est peut-être pas tout à fait un hasard.

Sur le marché international, les références sont bien établies. Le Krugerrand sud-africain, lancé en 1967, est la première pièce d’un gramme d’or pur à l’once et la pièce d’or la plus diffusée au monde. Introduite en 1979 par la Royal Canadian Mint, la Gold Maple Leaf canadienne se distingue par sa pureté supérieure et son design soigné, séduisant à la fois les investisseurs et les collectionneurs. Jusqu’à présent, la France ne disposait d’aucune pièce de ce type. Mais la donne change.

La Monnaie de Paris réinvente l’or avec son Bullion à la française
Marianne Or 1/2 Oz (Or.999, valeur faciale : 50 €, poids : 15,55g, diamètre : 26,50 mm) – © Photo : La Monnaie de Paris

Une Marianne contemporaine pensée pour le marché mondial

Le design du Bullion Marianne Or est l’œuvre de Joaquin Jimenez, graveur général de la Monnaie de Paris. Il a choisi une Marianne résolument contemporaine, coiffée du bonnet phrygien et ornée d’une cocarde hexagonale dont les couleurs sont transcrites selon les codes héraldiques : lignes horizontales pour le bleu, surface lisse pour le blanc et lignes verticales pour le rouge. Le contour de la pièce est structuré par vingt-quatre facettes hexagonales évoquant le territoire français. Au revers, une carte facettée de la France, incluant les territoires d’outre-mer, rappelle l’unité du pays dans sa diversité. Un microtexte « OR 999,9 » vient attester de la pureté du métal.

- Publicité -

« Concevoir le Bullion français ne relevait pas uniquement de l’esthétique, mais aussi de la symbolique. À travers une Marianne contemporaine, nous avons voulu créer une pièce qui incarne son époque tout en s’inscrivant dans la grande tradition des monnaies emblématiques. » Ces mots de Joaquin Jimenez résument bien l’enjeu : produire une pièce qui soit à la fois un objet industriel de précision et un objet porteur d’une identité nationale forte.

Dominique Antérion, conservateur des collections historiques de la Monnaie de Paris, a suivi de près ce projet de réinterprétation. C’est à lui qu’il revient de veiller à la cohérence entre la création contemporaine et le legs patrimonial de l’institution. Un équilibre délicat que la pièce semble avoir trouvé.

La Monnaie de Paris réinvente l’or avec son Bullion à la française
Marianne Or 1/4 Oz (Or.999, valeur faciale : 25 €, poids : 7,78g, diamètre : 21,52 mm) – © Photo : La Monnaie de Paris

Physique ou numérique, un nouvel accès à l’or

L’une des innovations majeures du Bullion à la française réside dans sa structure commerciale. Le Marianne Or se décline en deux formats complémentaires. D’un côté, la version physique : une pièce en or pur 999 millièmes, livrée chez l’acheteur en trois jours, à conserver, à transmettre ou à offrir. D’autre part, l’e-Marianne Or est une version numérique dont l’or physique est conservé de manière sécurisée par la Monnaie de Paris elle-même. Il est convertible à tout moment en pièce tangible et revendable en ligne au cours du jour.

- Publicité -

La gamme se compose de quatre coupures adossées au cours international de l’or : 1 once (31,10 g), 1/2 once (15,55 g), 1/4 d’once (7,78 g) et 1/10 d’once (3,11 g). L’objectif est clair : permettre au plus grand nombre d’accéder à l’or d’investissement, que l’on dispose de quelques centaines d’euros ou d’un portefeuille plus conséquent. L’achat s’effectue en ligne, à un prix indexé en temps réel sur le cours de l’or.

Les frais de commission sont de 4 % pour la version physique et de 3 % pour l’e-Marianne Or, avec une dégressivité possible selon les volumes. Les frais de garde de la version numérique s’élèvent à 0,5 % par an et la revente est soumise à une commission de 1,5 %. La gestion fiscale est simplifiée pour les détenteurs d’e-Marianne, car la Monnaie de Paris prend en charge l’obligation déclarative.

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.

La Monnaie de Paris réinvente l’or avec son Bullion à la française
Marianne Or 1/10 Oz (Or.999, valeur faciale : 10 €, poids : 3,11g, diamètre : 15,97 mm) – © Photo : La Monnaie de Paris

La Monnaie de Paris accélère sa transformation stratégique

Rappelons que la Monnaie de Paris est la plus ancienne institution française encore en activité. Fondée en 864, elle frappe la monnaie pour l’État depuis plus de 1 100 ans. Nichée quai de Conti, en plein cœur de Paris, depuis 1775, elle abrite l’une des dernières usines de la capitale encore en activité. Artisanat d’art, médailles, décorations officielles, objets d’art en métal précieux : tout cela est encore fabriqué ici, à quelques centaines de mètres de la Seine.

- Publicité -

Le lancement du Marianne Or s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’institution, qui entend s’imposer comme un acteur de référence sur le marché international de l’or. Clémentine Cazalets, économiste à la Monnaie de Paris, suit de près les évolutions du marché de l’or et propose régulièrement des analyses accessibles au public. Ce contexte n’est pas anodin : ces derniers mois, les cours des métaux précieux ont atteint des niveaux records et la demande mondiale pour des valeurs refuges ne faiblit pas.

La commercialisation publique du Marianne Or débutera le 16 juin 2026 sur le site dédié investissement.monnaiedeparis.fr, offrant la possibilité d’acheter, de revendre et de faire livrer les pièces physiques à une date ultérieure. La Monnaie de Paris reste également ouverte au public au musée du quai de Conti, du mardi au dimanche de 11 h à 18 h, avec nocturne le mercredi jusqu’à 21 h. Un lieu à (re)découvrir, surtout en ce moment.

- Publicité -
Partager cet article