PRADA. Le mot résonne différemment depuis dimanche. À peine la Fashion Week homme de Milan avait-elle repris son souffle que Miuccia Prada et Raf Simons frappaient fort, sans bruit ni artifice, avec une collection printemps 2027 qui repose sur une idée presque provocatrice : faire du jean la pièce centrale du vestiaire masculin de luxe. Pas le jean de tout le monde. Le leur.

Présenté le 21 juin 2026 à la fondation Prada, le défilé PRADA homme printemps-été 2027 s’impose déjà comme un moment clé de la saison. Le sol transparent, éclairé par des néons blancs tranchants, conférait aux silhouettes une allure implacable. Une clarté presque chirurgicale. Dans ce hangar, hommes et femmes ont défilé derrière le mannequin australien Julia Nobis, sur un plancher de lumière froide.
Il faut une certaine audace pour choisir le jean comme terrain d’expérimentation quand on dirige l’une des maisons les plus intellectuelles de la mode. Miuccia Prada l’admet volontiers : elle n’en a jamais porté. Raf Simons, lui, avait abandonné cette pièce depuis deux décennies. C’est précisément de cette distance que naît la pertinence du geste. Ceux qui n’ont aucune relation affective avec un vêtement le regardent autrement. Ils voient la structure, pas l’habitude.

La collection s’articule autour de la notion de choix conscient. Plutôt que de réduire, l’accent est mis sur la distillation, vers l’essentiel, l’intentionnel, le significatif. Les vêtements, objets universels du quotidien, sont entièrement repensés. Aucun jean n’était en denim indigo. Des jeans skinny aux teintes qui pourraient appartenir aux années 1990 (berry, rose, blanc cassé, jaune, vert pomme) côtoyaient des vestes en cuir évoquant les années 1970, et pourtant l’ensemble demeurait frais et résolument contemporain.
Ce qui frappe, c’est la cohérence formelle. Les hauts en cuir et les gilets se portaient haut, laissant parfois entrevoir le nombril. Des foulards noués autour des hanches apportaient de la couleur, tout comme des pochettes accrochées à de larges ceinturons. Des chemises et des pantalons transparents complétaient ces silhouettes acérées. Rien n’était là par hasard. Tout avait un sens, ou refusait ostensiblement d’en avoir un autre.

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Les créateurs ont revendiqué un « exercice de clarté », un « antidote à la complication ». Selon eux, l’ambition était de faire quelque chose de nouveau avec presque rien, de lutter contre l’exagération, la complexité matérielle et le design inutile. On pense à Adolf Loos et à son mépris de l’ornement superflu. On pense aussi à cette génération d’hommes qui portent leurs vêtements comme des convictions, et non comme des déguisements.

La silhouette se voulait exacte, hautement contrôlée, raffinée et linéaire, constante. Androgyne sans être ambiguë. Skinny sans être agressive. Des femmes défilaient également sur le podium, brouillant les frontières de genre sans en faire un manifeste. Le geste était sobre. Il n’avait pas besoin de crier pour s’imposer.
Les lunettes asymétriques méritent qu’on s’y attarde. Un verre rectangulaire, l’autre circulaire : une anisométropie esthétique qui en dit long sur l’approche du duo. Voir les choses de travers pour mieux les recentrer. Cette lunetterie décalée résumait à elle seule l’intention de toute la collection.

Avec cette collection, PRADA confirme une tendance de fond dans la mode masculine : le retour aux coupes ajustées, la valorisation des basiques et la réduction des artifices. Ce n’est pas de la nostalgie. C’est une prise de position. Dans un paysage saturé de volumes, de logos et d’effets spéciaux textiles, opter pour un jean skinny en organza translucide relève presque de la provocation tranquille.
PRADA revendique une rupture avec les conventions du luxe en modifiant les matières et en réévaluant les proportions. La veste en jean recoupée comme une chemise ajustée ou le costume canadien taillé dans du tweed prince-de-galles sont autant de propositions qui invitent le porteur à repenser sa façon de s’habiller, et pas seulement ce qu’il achète.
Miuccia Prada avait prévenu : la mode, c’est ce qu’on juge juste de porter à un moment donné. Dimanche, à Milan, ce moment était celui du dépouillement assumé. Pas de la pauvreté. De la rigueur. Ce n’est pas la même chose.








