Paris n’avait jamais accueilli Goku entre ses murs historiques. C’est chose faite depuis le 9 juillet 2026 : la Monnaie de Paris, institution née en 864 et gardienne d’un savoir-faire artisanal millénaire, dévoile une collection de treize mini-médailles consacrées à Dragon Ball, l’œuvre culte d’Akira Toriyama. L’annonce a de quoi surprendre au premier abord. Que vient faire un manga japonais dans les ateliers de gravure du quai de Conti, là où l’on frappe depuis des siècles les monnaies de la République ? La réponse tient en un mot : la transmission.
Quarante ans après sa diffusion au Japon le 26 février 1986, l’univers de Dragon Ball n’a rien perdu de sa force d’attraction. Le manga s’est imposé comme un jalon de la culture populaire mondiale, et la France en constitue aujourd’hui le deuxième marché après le Japon lui-même, avec près de trente-trois millions de tomes écoulés en 2025 selon les chiffres avancés par l’éditeur, un volume qui dépasse même celui de la bande dessinée franco-belge sur la même période. Un tel engouement ne pouvait échapper à l’attention d’une institution dont la mission consiste précisément à ancrer dans le métal les images qui traversent les générations.

Dragon Ball impose un nouveau défi aux graveurs de la Monnaie de Paris
La collection réunit dix mini-médailles dorées et trois versions argentées, plus rares, chacune mesurant trois virgule quatre centimètres de diamètre. On y retrouve les figures fondatrices du récit initiatique de Goku : Bulma, Tortue Géniale, Krilin, Yamcha, Chichi, Tenshinhan, Chaozu, Piccolo et Puar composent la première série, tandis que Shenron, le dragon exauceur de vœux, ainsi que Goku sous sa forme adulte et sous sa forme de Grand Singe, occupent les emplacements argentés. Le revers commun affiche les sept Dragon Balls entourant un Dragon Radar, clin d’œil direct à l’objet qui structure toute la quête du héros.
L’exercice n’avait rien d’anodin pour l’Atelier de gravure de la Monnaie de Paris, habitué à traiter des sujets patrimoniaux ou institutionnels plutôt que des personnages d’animation japonaise.

Joaquin Jimenez, graveur général de l’institution, résume l’ambition du projet en ces termes : « Plus qu’une série, Dragon Ball est un symbole de dépassement de soi et d’amitié. À travers la galerie de portraits des personnages principaux de la saga, l’Atelier de gravure s’est attelé à traduire l’énergie, l’humour et l’esprit d’aventure qui font l’ADN de Dragon Ball. »
Traduire en relief le trait si particulier de Toriyama, ses expressions outrées, ses postures de combat, représente un défi technique certain. La médaille, contrairement à l’illustration, impose des contraintes de profondeur, de lisibilité et de résistance à l’usure que seul un savoir-faire ancien permet de maîtriser. On mesure ici la continuité entre les ateliers qui frappaient jadis les décorations officielles et ceux qui, aujourd’hui, immortalisent Goku ou Bulma avec la même exigence technique.

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
La médaille Shenron en or déclenche une chasse au trésor nationale
La dimension ludique n’a pas été oubliée. Les mini-médailles sont vendues en pochettes individuelles et aléatoires au prix de 5,50 euros, ou dans un pack découverte à 17,99 euros comprenant un album collector et deux pochettes surprises. Le principe du tirage au sort n’est pas sans rappeler les codes du jeu de cartes à collectionner, un choix marketing assumé qui rapproche la Monnaie de Paris des pratiques du secteur ludique plutôt que de celles, plus feutrées, du marché numismatique traditionnel.
Le clou de l’opération réside toutefois ailleurs. Parmi les centaines de milliers de pochettes distribuées à travers le territoire, l’une d’entre elles dissimule une médaille Shenron réalisée en or fin, échangeable contre une version en or massif estimée à 3 500 euros. Un tirage annoncé à 285 000 exemplaires pour les pochettes surprises laisse penser que la traque du précieux dragon doré pourrait s’étirer sur plusieurs mois, offrant aux amateurs le temps de constituer patiemment leur collection sans céder à la précipitation.
Il convient toutefois de lever une ambiguïté fréquente. Ces objets ne constituent pas des pièces de monnaie ayant cours légal en euros. Il s’agit de médailles de collection frappées en métal commun, sans valeur faciale, à distinguer des véritables monnaies de collection que la Monnaie de Paris continue par ailleurs de produire, notamment dans le cadre de collaborations avec l’univers de la culture populaire.

La Monnaie de Paris ouvre ses ateliers aux grandes icônes populaires
Cette collaboration avec Toei Animation, studio japonais qui gère depuis sa filiale parisienne créée en 2004 l’exploitation des séries produites par la société sur l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, illustre une tendance de fond. Les institutions patrimoniales françaises cherchent de plus en plus à dialoguer avec des publics jeunes, biberonnés aux mangas plutôt qu’aux figures classiques de l’histoire nationale, sans pour autant renoncer à leur exigence artisanale.
La Monnaie de Paris, implantée depuis 1775 au cœur de la capitale et depuis 1973 à Pessac en Gironde, continue ainsi de faire vivre ses ateliers en explorant des territoires inattendus. Reste à savoir si cette incursion dans l’univers de Dragon Ball ouvrira la voie à d’autres collaborations du même ordre, entre institutions séculaires et licences populaires contemporaines. Les collectionneurs, eux, ont déjà pris d’assaut le site monnaiedeparis.fr et les revendeurs agréés.




