Coupe du monde 2026, les quinze polémiques qui ébranlent la FIFA

Sur la pelouse comme dans les coulisses, chaque décision de la FIFA est scrutée. Entre soupçons de favoritisme, appels politiques et incidents techniques, cette Coupe du monde raconte une tout autre histoire.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
14 Minutes de lecture

Sur le papier, tout semblait rouler pour la FIFA. La Coupe du monde 2026, la première à réunir 48 équipes, devait offrir un été de football grandeur nature aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Dans les faits, le tournoi restera marqué par une longue série de controverses qui ont rythmé chaque phase de la compétition, du tirage au sort de décembre jusqu’aux quarts de finale. Décisions arbitrales contestées, ingérence politique, mesures inédites imposées aux joueurs : voici une par une les dix polémiques qui ont accompagné ce Mondial et qui interrogent la gouvernance de l’instance dirigeante du football mondial.

Une suspension de Ronaldo étrangement allégée

Tout a commencé en novembre 2025, bien avant le coup d’envoi. Expulsé pour un coup de coude sur l’Irlandais Dara O’Shea lors des qualifications, Cristiano Ronaldo aurait dû manquer trois rencontres, dont les deux premières de la Coupe du monde. La commission de discipline de la FIFA en a décidé autrement, invoquant l’article 27 de son propre code, qui autorise l’instance à suspendre l’exécution d’une sanction à titre probatoire. Le Portugais n’a donc purgé qu’un seul match. Cette décision est intervenue quelques jours après un dîner à la Maison-Blanche réunissant Ronaldo, le président Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Au Portugal, le quotidien A Bola n’y est pas allé de main morte : « La FIFA a deux poids, deux mesures. »

Un tirage au sort qui a protégé les favoris

Nouveauté de cette édition, la FIFA a instauré un système de têtes de série, à la manière du tennis, pour éviter que les meilleures nations ne s’affrontent avant la finale. Résultat : pour la première fois depuis l’instauration du classement FIFA en 1992, les quatre équipes les mieux classées se sont toutes retrouvées en demi-finale.

Un dispositif qui favorise clairement les grosses cylindrées, au détriment des équipes ambitieuses, obligées d’affronter des adversaires redoutables dès les phases de groupe.

- Publicité -

Un prix de la paix taillé sur mesure pour Trump

Le 5 décembre 2025, lors du tirage au sort organisé au Kennedy Center de Washington, Gianni Infantino a remis à Donald Trump le tout premier « Prix de la paix de la FIFA ». Cette distinction avait été créée quelques semaines plus tôt, sans que des critères de sélection soient publiés ni que le Conseil de la FIFA, composé de 37 membres, soit consulté. Le président américain avait manqué de peu le prix Nobel de la paix la même année. Plusieurs observateurs ont dénoncé une opération de flatterie destinée à garantir la coopération politique nécessaire à l’organisation de la Coupe du monde sur le sol américain. La cérémonie, initialement prévue à Las Vegas, avait d’ailleurs été déplacée à Washington à la demande de la Maison Blanche.

Coupe du monde 2026, les quinze polémiques qui ébranlent la FIFA
Le Président américain Donald J. Trump reçoit le « Prix FIFA pour la paix » des mains de Gianni Infantino, le Président de la FIFA – © Photo : FIFA

Balogun de retour sur le terrain malgré un carton rouge

Cependant, rien n’a autant secoué le tournoi que l’affaire Folarin Balogun. L’attaquant américain, expulsé lors des seizièmes de finale contre la Bosnie-Herzégovine pour une intervention jugée dangereuse, était automatiquement suspendu pour le huitième de finale contre la Belgique. Mais Donald Trump a appelé Gianni Infantino pour demander un réexamen de la décision. Deux jours plus tard, la commission de discipline levait la suspension, s’appuyant de nouveau sur l’article 27. « J’ai parlé à Gianni, j’ai demandé un réexamen », a confirmé Trump depuis la Maison-Blanche.

Une décision historique prise en solitaire

Le rebondissement le plus embarrassant pour la FIFA est survenu quelques jours plus tard. Le quotidien britannique The Times a révélé que la décision de lever la suspension de Balogun avait été prise par une seule personne, l’Émirati Mohammad al-Kamali, président de la commission de discipline, sans consulter les dix-sept autres membres de cet organe. Une pratique jugée exceptionnelle, même au sein de la FIFA, où les dossiers les plus sensibles sont d’ordinaire tranchés par un collège de trois membres au minimum. Des eurodéputés ont depuis réclamé l’ouverture d’une enquête au Parlement européen sur l’implication du président de la FIFA dans ce dossier.

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.

- Publicité -

La Belgique maintient la pression sur la FIFA

La Fédération belge de football a immédiatement crié au scandale, rappelant qu’une circulaire distribuée à toutes les fédérations en mai 2026 présentait cette suspension comme automatique et non susceptible d’appel. Battue par les États-Unis en huitièmes de finale malgré cette polémique, elle a néanmoins annoncé son intention de maintenir la pression sur la FIFA, évoquant des questions de sécurité juridique, de transparence et d’égalité de traitement entre les équipes participantes. Une position rare de la part d’une fédération nationale en pleine compétition, qui est généralement peu encline à s’attaquer publiquement à l’instance organisatrice du tournoi.

Des pauses hydratation qui divisent le football

Sur le terrain, une autre nouveauté a fini par agacer supporters et joueurs. Pour la première fois de l’histoire de la compétition, la FIFA a rendu obligatoire une pause de trois minutes à la 22e minute de chaque mi-temps, quelles que soient les conditions climatiques, y compris dans les stades climatisés. Officiellement justifiée par la nécessité de protéger les joueurs de la chaleur nord-américaine, cette mesure a surtout permis aux diffuseurs de glisser des écrans publicitaires supplémentaires. Le capitaine néerlandais Virgil van Dijk a résumé le malaise ambiant : « Je trouve ces pauses d’hydratation un peu particulières. » Jürgen Klopp est allé plus loin, dénonçant un « spectacle publicitaire » qui prendrait le football en otage au profit des annonceurs, tandis que d’autres entraîneurs, à l’image de Didier Deschamps, y voient au contraire une opportunité tactique bienvenue.

Curaçao, victime collatérale d’une pause stratégique

L’un des exemples les plus cités reste le match entre l’Allemagne et Curaçao, à Houston. Menés au score et portés par leur public, les joueurs de la plus petite nation jamais qualifiée pour une Coupe du monde ont vu leur élan se briser net lors de la pause d’hydratation, avant de s’incliner largement face à la quadruple championne du monde. De quoi nourrir l’idée, chez les plus sceptiques, que ces arrêts profitent avant tout aux équipes dominantes et aux écrans publicitaires, rarement aux outsiders venus créer la surprise le temps d’une mi-temps.

- Publicité -

Mbappé visé par des propos racistes venus du Paraguay

D’autres épisodes ont rappelé que la politique et les tensions sociales n’étaient jamais loin du ballon. Le parquet français a ouvert une enquête après que des propos racistes ont été tenus par une sénatrice paraguayenne à l’encontre de Kylian Mbappé, au lendemain de l’élimination du Paraguay face à l’équipe de France. Emmanuel Macron a personnellement apporté son soutien au capitaine des Bleus, tandis que le gouvernement paraguayen devait gérer les suites diplomatiques de l’affaire en pleine Coupe du monde.

La FIFA contrainte de défendre publiquement son arbitre

Dans un geste rarissime pour une institution qui protège d’ordinaire ses arbitres en silence, la FIFA a dû défendre publiquement l’intégrité du Brésilien Raphael Claus, mis en cause par Donald Trump lui-même après l’expulsion de Balogun. Cet épisode illustre le climat particulier de cette Coupe du monde, où les critiques envers le corps arbitral ne viennent plus seulement des bancs de touche ou des réseaux sociaux, mais aussi directement de la Maison-Blanche.

Trump, une ombre politique jusque sur le podium

Deux autres détails ont fini d’alimenter le sentiment d’une compétition placée sous tutelle politique. D’abord, la confusion entourant le refus d’entrée aux États-Unis opposé à l’arbitre somalien Omar Alatani, un cas resté flou malgré les explications fournies. Ensuite, l’annonce que Donald Trump remettrait en personne le trophée aux vainqueurs lors de la finale du 19 juillet. Une décision inédite qui a fait grincer des dents jusque dans les rangs des observateurs les plus habitués aux excès de communication de la FIFA sous la présidence d’Infantino.

Un but litigieux et une caméra montrée du doigt

Lors du quart de finale opposant la Norvège à l’Angleterre, les Norvégiens ont crié à l’injustice après un but égalisateur anglais consécutif, selon eux, à un contact entre le ballon et une caméra suspendue au-dessus du terrain. Le sélectionneur norvégien, Ståle Solbakken, n’a pas caché sa frustration : « Le ballon est retombé tout droit, juste devant le banc… donc il l’a touchée ! » La FIFA a rétorqué que ses données de suivi ne montraient aucun pic sur le capteur du ballon.

- Publicité -

Un nul étrangement arrangeant entre l’Algérie et l’Autriche

Lors de la dernière journée de la phase de poules, l’Algérie et l’Autriche ont ravivé le souvenir de la fameuse « Non-agression de Gijón » de 1982. Après un score de 2-2, les deux équipes ont semblé se contenter du statu quo, éliminant ainsi l’Iran. Riyad Mahrez a reconnu le caractère « un peu gênant » de la situation, tandis que le sélectionneur autrichien, Ralf Rangnick, a balayé toute idée d’arrangement : « Si Alfred Hitchcock avait écrit un tel scénario, j’aurais probablement dit qu’il était complètement fou. »

Un carton retiré à Embolo qui agace la Suisse

En quart de finale contre la Suisse, l’Argentine s’est de nouveau retrouvée au cœur de la tourmente. L’exclusion de Breel Embolo, décidée après une intervention de la vidéo pour « erreur d’identité » sur le carton initialement destiné à Leandro Paredes, a fait bondir Remo Freuler, qui a parlé d’un « désastre ». Le capitaine suisse Granit Xhaka a résumé son agacement en une phrase sans détour : « Les règles sont les règles, mais c’est une décision qui tue le jeu. »

L’Argentine visée par la théorie de la VARgentine

Il est impossible d’évoquer les controverses de cette Coupe du monde sans s’arrêter sur ce que certains internautes ont surnommé la « VARgentine ». Aucune preuve tangible ne vient étayer la théorie d’un arbitrage favorable à l’Albiceleste, mais les décisions contestées se sont multipliées.

Après l’élimination de l’Égypte en huitième de finale, l’attaquant Mostafa Zaki a lâché, dépité : « La Coupe est dirigée vers l’Argentine. » Le sélectionneur égyptien, Hossam Hassan, est allé encore plus loin : « Il semble qu’il y ait eu une pression du côté argentin sur l’arbitre qui a conduit à ce résultat. » Des propos immédiatement recadrés par Pierluigi Collina, le patron des arbitres de la FIFA, qui a dénoncé des « allégations infondées » susceptibles de mettre en danger l’intégrité des officiels et de leurs familles.

- Publicité -

Une FIFA désormais prisonnière du moindre soupçon

Pris séparément, chacun de ces dix épisodes aurait pu rester une péripétie sans lendemain. Additionnés, ils dessinent le portrait d’une compétition rattrapée par les soupçons, dans laquelle chaque carton rouge, chaque recours à la vidéo et chaque décision de dernière minute est désormais scruté à la loupe. Un éditorialiste québécois résumait récemment le sentiment ambiant en évoquant, depuis l’affaire Balogun, une véritable boîte de Pandore ouverte par la FIFA elle-même. Les organisateurs avancent pour leur part que la taille inédite de la compétition, avec 48 équipes et trois pays hôtes, explique en partie cette agitation logistique et médiatique. Reste que la confiance, une fois entamée, est difficile à restaurer en cours de route, et la FIFA devra composer, jusqu’à la finale, avec un public de plus en plus attentif à la moindre incohérence.

- Publicité -
Partager cet article