| Marni dévoile sa collection homme printemps 2027, la deuxième signée par la directrice artistique Meryll Rogge, présentée à Milan du 19 au 23 juin 2026. Nommée en juillet 2025 par le groupe OTB pour succéder à Francesco Risso, la créatrice belge associe pantalon d’atelier, ceinture en peau de serpent et boucles surdimensionnées. Les pièces arrivent en boutique dès le printemps 2027. |
Chez Marni, le vestiaire masculin printemps 2027 s’écrit à rebours des évidences. Pour sa deuxième collection à la tête de la maison milanaise, la créatrice belge Meryll Rogge ne cherche pas à tout réinventer. Elle trie, isole et garde ce qui mérite de rester, tout en poussant ailleurs ce qui commençait à s’essouffler. Le résultat surprend par sa retenue autant que par son culot.

Sa nomination remonte à juillet 2025 : le groupe OTB l’a choisie pour succéder à Francesco Risso, resté près de dix ans à la tête de Marni, moins d’un mois après le départ de ce dernier. À l’époque, la créatrice belge sortait tout juste du Grand Prix de l’ANDAM 2025, après avoir bâti sa réputation sur sa propre marque éponyme, lancée en 2020, et sur des passages remarqués chez Marc Jacobs, puis chez Dries Van Noten, où elle dirigeait la ligne femme. Elle est aujourd’hui la seule femme à occuper un poste de direction artistique au sein du groupe OTB (Diesel, Maison Margiela, Jil Sander, AMIRI) et rejoint un cercle encore restreint de créatrices à la tête de grandes maisons de luxe, aux côtés de Chemena Kamali chez Chloé, Louise Trotter chez Bottega Veneta ou Sarah Burton chez Givenchy. Cette collection printemps 2027 a été présentée à Milan lors de la Fashion Week homme, qui s’est tenue du 19 au 23 juin 2026.
L’homme Marni du printemps 2027 porte un pantalon qui aurait pu sortir d’un atelier. Taille droite, devant plat, poches utilitaires posées sans excès. Rien de tape-à -l’œil. Et pourtant, dès qu’on y regarde de plus près, un détail cloche, volontairement. Une ceinture en peau de serpent vient casser la sobriété du pantalon. Un gilet à col halter, pièce que l’on associe rarement à une silhouette masculine, est porté sous une veste carrée aux épaules nettes. Cette rencontre entre le vêtement fonctionnel et l’ornement incongru forme la colonne vertébrale de la collection. Rogge ne cache pas son ambition. Selon ses propres mots, l’idée n’est pas d’être flamboyant, mais discret, tout en restant présent. C’est cette nuance qui change tout dans la façon de porter un vêtement. Ce jeu entre rigueur et dérapage n’est pas un simple effet de style : c’est le fil conducteur de sa carrière, depuis ses années passées à dessiner le vestiaire féminin de Dries Van Noten jusqu’à sa propre marque, où les frontières entre garde-robe masculine et féminine ont toujours été poreuses.

Les mailles, elles aussi, jouent double jeu. Des rayures classiques, presque scolaires, sont piquées de minuscules paillettes disposées en rangs serrés. On les remarque à peine au premier regard, puis elles accrochent la lumière au moindre mouvement. Cette manière de glisser un peu de brillance dans une pièce a priori sage résume assez bien l’exercice auquel la créatrice s’est livrée cette saison. Garder les fondamentaux du placard masculin, les frotter contre quelque chose d’inattendu et observer ce qui en ressort.
La palette suit une logique singulière. Plutôt que de partir d’une inspiration purement décorative, Rogge a choisi des teintes calquées sur les couleurs de cheveux. Gris cendré, châtain, noir profond, blond pâle. Cette gamme, loin d’être anodine, installe une sorte de continuité entre les âges de la vie sans jamais tomber dans la démonstration. Le vêtement masculin y gagne une chaleur discrète, presque organique, qui contraste avec les codes plus froids souvent associés au tailleur classique.
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Le vintage n’est jamais loin non plus. Un imprimé abstrait, tiré d’une robe des années 1960 et poussé jusqu’à devenir méconnaissable, se retrouve appliqué sur des pièces résolument masculines. La référence existe, mais elle a été tordue, réduite, presque effacée. On la devine plus qu’on ne la reconnaît, et c’est précisément ce qui rend l’ensemble intéressant pour quiconque aime les vêtements qui racontent quelque chose sans le crier.
Les boucles, chez Marni, ne sont jamais de simples accessoires. Cette saison, elles grossissent démesurément sur certaines pièces, puis rétrécissent à l’extrême sur d’autres. Les élastiques emblématiques de la maison sont agrandis et les petits boutons habituels sont eux aussi passés au format supérieur, puis posés sur du cuir ou de la laine épaisse. Cette manipulation des échelles n’a rien de gratuit. Elle force le regard à s’arrêter sur des détails qu’on aurait ignorés autrement et donne au vêtement une allure presque architecturale.

La construction elle-même se dévoile. Les doublures apparaissent à l’air libre et les surpiqûres triples, habituellement réservées à l’univers du travail industriel, deviennent une signature visible sur les vestes et les pantalons. Un bustier, initialement conçu comme une pièce intérieure, est intégré au vêtement, inversant ainsi l’ordre habituel des couches. On pourrait croire à une provocation. Il s’agit en réalité d’une façon assez rigoureuse de montrer comment un vêtement est fait, plutôt que de le cacher sous une façade lisse.
Rogge revendique une continuité avec l’histoire de la maison plutôt qu’une rupture spectaculaire. Il le formule simplement : une volonté d’établir un langage et de décider ce qu’on y ajoute ou ce qu’on en retire. Pour l’homme, cette démarche se traduit par des pièces qui restent portables au quotidien tout en conservant une pointe d’anomalie assumée. Le tailleur y perd un peu de sa rigidité, tandis que la garde-robe fonctionnelle y gagne un supplément d’âme.

Ces pièces arriveront en boutique au printemps 2027, dans les adresses Marni et chez une sélection de multimarques spécialisés. En attendant, le vestiaire proposé – pantalon d’atelier, gilet halter, boucles surdimensionnées – se prête déjà à une appropriation partielle : il s’agit moins d’une collection à reproduire au pied de la lettre que d’un principe à emprunter, celui d’introduire un seul détail décalé dans une tenue par ailleurs sobre.
Ce printemps 2027 marque donc un tournant mesuré pour Marni. Pas de table rase ni de grand geste spectaculaire, mais un travail d’orfèvre sur les proportions, les matières et les couleurs. Pour l’homme qui s’habille chez Marni, la promesse tient en une idée simple. Rester reconnaissable sans jamais être prévisible. Après une décennie Risso construite sur l’exubérance comme signature, le pari de Rogge est en réalité plus risqué qu’il n’y paraît : prouver qu’il est possible de rester Marni sans en faire des caisses. À ce stade, la maison tient cet équilibre sans perdre son âme – et c’est peut-être là la vraie audace de cette collection.


















