| mporio Armani a présenté sa collection printemps 2027, baptisée « Traces of Time », le 24 septembre 2026 à l’Armani/Teatro de Milan. C’est la dernière collection signée par Leo Dell’Orco et Silvana Armani avant l’arrivée de Dario Vitale, nommé directeur créatif le 16 septembre 2026 après quinze ans passés chez Miu Miu et un passage chez Versace. |
Certains adieux ne se donnent pas la peine de le dire. Celui d’Emporio Armani, présenté à Milan pour le printemps 2027, en fait partie. Leo Dell’Orco et Silvana Armani, aux commandes de la marque depuis des années, y ont présenté leur dernière collection avant l’arrivée de Dario Vitale, nommé directeur créatif le 16 septembre 2026, soit huit jours seulement avant ce défilé, après un passage éclair chez Versace et quinze ans passés chez Miu Miu aux côtés de Miuccia Prada. Rien dans le décor ne laissait deviner l’ampleur du moment. Et pourtant, tout, dans les vêtements eux-mêmes, racontait un passage de témoin.

La présentation s’est tenue dans le hall démesuré de l’Armani/Teatro, cet espace dessiné par Tadao Ando sur la Via Bergognone, que Giorgio Armani a ouvert au début des années 2000. Le lieu, tout en béton et en lumière rasante, sert d’écrin depuis vingt ans aux défilés de la maison. Pour l’occasion, les mannequins, figés, se tenaient en rangs, presque immobiles, comme une garde silencieuse. Les invités pouvaient s’approcher, toucher les matières et observer de près les finitions. Cette proximité change tout : un vêtement qu’on regarde de loin reste une silhouette, tandis qu’un vêtement qu’on touche devient un objet.
La collection portait un nom qui résumait son propos : « Traces of Time ». Les pièces affichaient un aspect vécu, presque froissé, comme sorties d’une valise après un long voyage. Les vestes en lin et en seersucker, ceinturées de tissu, se portaient par-dessus des débardeurs transparents et des gilets amples au tombé décontracté. Les manteaux sombres, taillés dans un denim de coton léger et délavé, évoquaient un vestiaire bohème hérité des années 1970. Certains ensembles, veste et pantalon, jouaient sur un motif tie-dye marine et blanc, discret mais reconnaissable pour les initiés.

D’autres pièces poussaient plus loin cette idée de matière travaillée par le temps. Un bomber ample portait une broderie en cristaux censée rappeler des formations de sel, tandis qu’un pull en maille de coton, volontairement défait à certains endroits, laissait pendre quelques fils sur le devant. La maison a expliqué vouloir ainsi mettre en avant la personnalité de celui ou celle qui porte le vêtement plutôt qu’une allure imposée depuis le podium.
Le vestiaire masculin reste, cette saison encore, le terrain d’expression le plus riche de la maison. On y retrouve des costumes à revers pointus, taillés dans des matières claires et froissées, associés à des chaussures tressées façon corde, ainsi que des chemises souples et des cravates fines. Plus loin, des trenchs oversize côtoient des shorts courts, une association qui aurait paru risquée il y a dix ans, mais qui tient parfaitement debout ici. Un bomber portait des surpiqûres horizontales irrégulières, comme les cernes concentriques d’un tronc d’arbre, et en dessous se dessinait un paysage presque abstrait, semblable à une vue de chaîne de montagnes. Un trench délavé à l’acide affichait une surface rappelant une veine de marbre fendue.
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Ailleurs encore, des cristaux traités recouvraient les épaules, le col et les poignets d’une veste en denim noir, tandis qu’un blouson et un pantalon large en denim subissaient un traitement similaire, plus généreux. Une veste et un pantalon en matière brune froissée donnaient une impression de densité, presque comme un sous-bois à la tombée du jour. Le dernier look de cette partie masculine mettait en scène un gilet noir orné de reliefs perlés disposés en lignes parallèles qui se transformaient, vers le bas, en un motif minéral plus libre.

Cette collection ne cherche pas à surprendre par la nouveauté. Elle cherche plutôt à faire le point et à rassembler vingt ans de vestiaire Emporio Armani dans une dernière proposition cohérente avant que Dario Vitale ne prenne la suite. Le calendrier ajoute à la charge symbolique du moment : ce défilé se tient un peu plus d’un an après la disparition de Giorgio Armani, le 4 septembre 2025, à l’âge de 91 ans, et à peine plus d’une semaine après l’annonce officielle de la nomination de Vitale – une collection pensée avant son arrivée, mais présentée dans son ombre. Premier créateur à occuper ce poste sans appartenir à la famille Armani, il présentera sa première collection l’an prochain. Il est difficile de dire à quoi ressemblera cet Emporio Armani nouvelle génération. Mais cette collection printemps 2027 aura eu le mérite rare de clore un chapitre sans forcer le trait, avec l’élégance discrète d’une maison qui sait où elle va, même quand elle change de main. Le vrai test n’aura pas lieu ici : il viendra l’an prochain, quand on saura ce que Dario Vitale choisit de garder de cette mémoire et ce qu’il décide enfin d’effacer.


































