Style Sketch, le styliste de poche de Meta qui puise dans votre feed Instagram

Meta glisse en silence un styliste de poche sur les smartphones d’Asie du Sud-Est. Il connaît votre garde-robe, votre silhouette, et la météo de demain.

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Christian Morizot
Christian Morizot
Pigiste ardu
Christian Morizot, c’est un peu le couteau suisse du numérique : pigiste depuis presque dix ans, il a roulé sa bosse dans la tech et le...
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Meta veut devenir votre styliste, à condition de lui ouvrir votre Instagram - © Photo : Meta
Style Sketch est une application de mode de Meta, repérée le 28 octobre 2026 sur iOS et Android en Indonésie, à Singapour et en Thaïlande. Elle inventorie la garde-robe à partir des photos Instagram et Facebook ou de clichés pris à la main, puis compose des tenues essayées sur un avatar. Aucune date de sortie européenne n’est annoncée.

Il n’y a eu ni keynote, ni communiqué, ni billet de blog. Meta a simplement glissé Style Sketch sur l’App Store et le Google Play Store sans prévenir personne. Une discrétion étonnante pour une application qui propose de fouiller vos photos Instagram afin d’inventorier votre dressing.

C’est le consultant en réseaux sociaux Matt Navarra qui l’a repérée le 28 octobre dans un message publié sur X. TechCrunch a confirmé son existence dès le lendemain.

Pour le moment, l’application n’est proposée qu’en Indonésie, à Singapour et en Thaïlande, sur iOS comme sur Android. Aucun calendrier n’a été évoqué pour l’Europe. Sollicité par TechCrunch, Meta n’a pas répondu. En France, l’information est passée presque inaperçue.

Le principe est simple. Style Sketch vous aide à vous habiller avec ce que vous possédez déjà. Officiellement du moins, il n’est pas question de vous pousser à acheter.

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Pour constituer votre garde-robe virtuelle, l’application vous invite à vous connecter à Instagram et à Facebook. L’intelligence artificielle passe alors en revue les photos que vous avez publiées, identifie les vêtements que vous portez et les range dans un placard numérique. Si vous préférez ne pas connecter vos comptes, vous pouvez photographier vos pièces une à une, filmer une courte vidéo ou importer des images depuis votre pellicule. La connexion aux réseaux sociaux reste donc facultative, précise Engadget.

Une fois l’inventaire terminé, Style Sketch suggère des associations censées correspondre à votre style. Vous pouvez aussi partir d’une pièce précise, comme ce blazer qui ne quitte jamais son cintre, et demander à l’IA de construire plusieurs tenues autour.

Vient ensuite l’essayage. Selon la fiche de l’application, les tenues s’affichent sur un modèle virtuel « réaliste, adapté à votre morphologie et à votre teint ». Vous voyez le rendu sans rien enfiler.

Deux fonctions complètent l’ensemble.

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La première ajuste les propositions en fonction de la météo du jour. Inutile de sortir la chemise en lin un jour d’averse.

La seconde s’adresse aux voyageurs. Vous indiquez votre destination, la durée de votre séjour et les activités prévues. L’application établit alors un planning de tenues jour par jour, en tenant compte des prévisions météorologiques et de votre programme. De quoi boucler une valise sans emporter trois pulls de trop !

En clair, Meta veut faire de l’IA un styliste de poche capable de remplacer le coup d’œil d’un proche avant de sortir.

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Sur le papier, l’idée n’a rien de nouveau. Des start-up comme Alta proposent déjà de numériser sa garde-robe et de visualiser ses tenues. Google Photos a lancé cette année une fonction Wardrobe qui repère les vêtements dans votre photothèque pour en dresser un catalogue, essayage virtuel compris. Cette fonction est pour l’instant disponible aux États-Unis, en Inde et au Brésil. Google propose également l’essayage virtuel dans son moteur de recherche depuis 2022, dans une dizaine de pays, mais pas encore en France. ChatGPT, de son côté, permet depuis début octobre de voir un vêtement sur soi à partir d’un selfie.

L’atout de Meta tient en un mot : Instagram.

Depuis des années, des millions d’utilisateurs y documentent leurs tenues, souvent en pied et sous plusieurs angles. TechCrunch le souligne, ils disposent déjà d’un historique visuel de leur style. La concurrence demande de tout photographier. Meta, lui, n’a qu’à piocher dans l’existant.

C’est précisément là que le bât blesse. Ouvrir un compte Instagram à une IA de mode revient à lui confier des centaines de photos de soi. Le mannequin virtuel devant vous ressembler, il faut également fournir des informations sur votre silhouette et votre carnation.

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Que deviennent ces données ? Ni TechCrunch ni Engadget ne détaillent la politique de confidentialité de Style Sketch. On ignore si les photos servent à entraîner les modèles de Meta, combien de temps elles sont conservées et si vos goûts vestimentaires alimentent le ciblage publicitaire. Pour un groupe dont Instagram vit en grande partie des annonces de marques de mode, la question n’a rien de théorique.

Les antécédents du groupe n’ont rien de rassurant. Depuis le 16 décembre 2025, Meta exploite les conversations avec son assistant Meta AI pour personnaliser les publicités et les contenus, sans possibilité de refus, comme l’avait rapporté Reuters. L’Union européenne, le Royaume-Uni et la Corée du Sud sont restés à l’écart de cette mesure. L’Indonésie, Singapour et la Thaïlande, non.

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En Europe, le groupe entraîne déjà ses IA sur les publications publiques de ses utilisateurs adultes depuis le 27 mai 2023. La CNIL avait alors rappelé aux internautes qu’ils pouvaient s’y opposer.

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Engadget rappelle également que Mark Zuckerberg multiplie les applications d’IA pour inciter un plus grand nombre de personnes à utiliser ses systèmes, et donc à les alimenter. Style Sketch rejoint ainsi une série de lancements récents : Waddle World, un jeu d’animal virtuel testé aux Philippines quelques semaines plus tôt, l’outil de création de jeux Pocket et le générateur de vidéos Vibes. D’après le Wall Street Journal, le patron de Meta a prévenu ses équipes que d’autres applications suivraient, l’IA ayant fortement accéléré leur développement.

Meta ne s’en explique pas, mais le choix de l’Asie du Sud-Est n’a rien d’un hasard. Ces marchés, très mobiles et friands de réseaux sociaux, offrent en effet un cadre réglementaire plus souple que le RGPD, même si l’Indonésie, Singapour et la Thaïlande disposent chacun d’une loi sur les données personnelles. Meta peut y tester ses idées sans trop craindre une mise en demeure le lendemain.

Meta ne s’en explique pas, mais le choix de l’Asie du Sud-Est n’a rien d’un hasard. Ces marchés très mobiles et friands de réseaux sociaux ont bien chacun leur loi sur les données personnelles, mais elles n’ont pas la même portée que le RGPD. L’Indonésie attend toujours l’autorité censée faire appliquer la sienne, adoptée en 2022. La Thaïlande plafonne ses amendes à 5 millions de bahts, soit environ 133 000 euros. Seul Singapour peut frapper fort. Meta peut y tester ses idées sans trop craindre une mise en demeure le lendemain.

L’IA styliste a de quoi séduire, à condition de ne pas oublier ce qu’on lui confie. Avant d’ouvrir votre dressing à Meta, il est préférable de savoir ce que le groupe compte faire de vos selfies.

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