Le 24 juin 2026, alors que Paris suffoque sous une chaleur record (39 degrés à l’extérieur, transformant n’importe quel bâtiment entièrement vitré en serre tropicale), Alexandre Mattiussi accueillait ses invités dans l’ancienne Fondation Cartier, dans le bâtiment spectaculaire imaginé par Jean Nouvel. Pour que le paradoxe soit complet, c’est précisément dans cet écrin de verre que la marque Ami Paris a présenté l’une de ses collections les plus légères, les plus directes et les plus sincèrement masculines. Un vestiaire de printemps 2027 pensé pour l’homme qui vit, qui marche, qui existe, sans chercher à se donner en spectacle.

On connaît l’exercice Mattiussi. L’année précédente, il avait proposé une interprétation ouverte et romantique du chic parisien à la place des Victoires, avec des silhouettes fluides et des matières légères. En janvier, sa collection automne-hiver 2026-27 avait offert une approche plus resserrée, centrée sur des proportions précises et un tailoring rigoureux. Ce printemps 2027, il prend le contre-pied. Il revient à la fluidité, mais une fluidité plus aboutie, plus désinvolte, comme s’il avait définitivement tourné le dos à toute raideur résiduelle.
Le cadre choisi n’est pas anodin. La structure de Jean Nouvel laisse la lumière entrer sous tous les angles ; l’intérieur ressemble à l’extérieur, rien n’a l’air précieux ni intouchable. Ce même rapport à la matière traverse la collection. Le tailoring a été assoupli, déconstruit et délesté de sa doublure, jusqu’à ce qu’il épouse le mouvement du corps d’un homme qui ne pense plus à ce qu’il porte, ce qui, au fond, est la définition la plus honnête du luxe véritable. Des costumes à un bouton dans des tons neutres, portés sur des tee-shirts délavés au style vintage. Des blazers carrés et non doublés en gris perle, associés à des pantalons en soie fluide. Le sartorial et le quotidien se réconcilient sans effort apparent.

La palette de couleurs en dit long sur l’état d’esprit. Les tons neutres (gris perle, blanc cassé, beige, brun naturel) sont ponctués de touches de rouge rubis, d’ocre et de bleu cobalt. Ce n’est pas une palette timide, mais elle ne cherche pas à impressionner. Elle respire. Côté matières, les soies côtoient les laines fines et les nylons techniques dans un équilibre qui donne envie de toucher avant même de regarder.
Le tee-shirt « I Love Paris » porté par Anwar Hadid résume à lui seul l’ambition de cette collection. Derrière cette référence pop se cache une déclaration d’amour à une ville bien réelle, loin des fantasmes et des clichés de carte postale. Ce clin d’œil à l’Amérique, cette rivalité bienveillante entre les deux rives de l’Atlantique, a toujours traversé l’ADN d’Ami Paris. Mattiussi aime cette tension-là. Il en tire quelque chose de vivant, de jamais figé.
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Le printemps 2027 approfondit l’univers Ivy League qui coule dans les veines de la marque. On y trouve des shorts courts portés avec des polos rayés, des vestes de safari en suède ou en denim dont l’ourlet est effiloché, ainsi que des mailles argyle portées par des hommes qui n’ont pas l’air d’avoir fait d’efforts particuliers pour s’habiller. C’est là le tour de force de Mattiussi : rendre désirable ce qui pourrait sembler ordinaire. Il libère les silhouettes parisiennes en leur donnant des lignes plus fluides et des structures affranchies de leurs conventions restrictives, non pas pour faire une démonstration, mais pour rendre la vie un peu plus confortable.
Le vestiaire masculin de cette collection mérite qu’on s’y attarde, pièce par pièce. Les constructions cargo, les coupes semi-doublées, les imprimés graphiques : tout cela constitue un registre très large, mais cohérent. La superposition n’est pas un artifice stylistique ici ; c’est une façon de s’habiller qui reflète la réalité de beaucoup d’hommes à Paris, ceux qui passent d’une réunion à une terrasse, d’un musée à un canal. Le casting lui-même incarnait cet esprit : une diversité spontanée de personnages qui donnent aux vêtements leur vérité, pour reprendre les mots du communiqué de presse.

Côté accessoires, le Boyfriend Bag poursuit son ascension en version souple et patinée, confectionnée en nappa. Le Bingo Bag, plus nouveau, attire l’œil avec sa sphère métallique coulissante qui permet de le porter à l’épaule ou en bandoulière selon l’humeur. La chaussure de running Mirage est réinterprétée dans une version plus affirmée, tandis que des slip-ons en caoutchouc jouent sur le trompe-l’œil. Des lunettes de soleil au charme résolument vintage complètent l’ensemble.
À l’intérieur, où le thermomètre affichait 39 degrés, chaque invité s’est vu remettre un éventail siglé Ami, tandis que Catherine Deneuve, figure mythique du cinéma français et fidèle des Fashion Weeks parisiennes depuis plusieurs décennies, et liée à Ami depuis la campagne du sac Le Déjà Vu en 2021, prenait place au premier rang. Lou Doillon, Clara Luciani, Maluma et Julien de Saint-Jean : le parterre était à l’image de la collection, éclectique sans être calculé.
Quant au créateur lui-même, il confiait en coulisses avoir traversé Paris un soir de Fête de la musique et avoir eu les larmes aux yeux devant une ville qui dansait jusqu’à l’aube, jeune et vivante malgré tout. C’est ce Paris-là qu’il habille. Pas le Paris des guides touristiques, ni celui des grandes heures de la couture. Un vestiaire pensé autour des moments les plus significatifs, comme les plus ordinaires, de la vie, comme l’indiquait l’invitation.
Ami Paris printemps 2027 ne réinvente rien. C’est peut-être là son plus grand mérite.


























