| L’exposition « Les secrets de l’Alhambra » se tient à l’Institut du monde arabe, à Paris, du 24 novembre 2026 au 16 mai 2027. Consacrée au palais de Grenade à l’époque nasride, elle réunit près de 130 œuvres et des dispositifs immersifs. Elle est organisée avec le Patronato de la Alhambra y Generalife et coproduite par Gédéon Expériences. |
Du 24 novembre 2026 au 16 mai 2027, l’Institut du monde arabe consacre une grande exposition à l’Alhambra de Grenade, tel qu’il a été bâti par les sultans nasrides au XIVe siècle. Le monument, qui a accueilli plus de 2,7 millions de visiteurs en 2025, n’en garde qu’une image pâlie, aux couleurs effacées et aux jardins transformés, amputée de salles entières. Entre les pièces prêtées par Vienne, New York ou Lyon et les séquences immersives, l’exposition « Les secrets de l’Alhambra » fait réapparaître à Paris le palais de Muhammad V.
L’exposition s’intéresse au monument à son apogée, sous le règne de ce dernier. Elle est coorganisée avec le Patronato de la Alhambra y Generalife, l’institution qui gère le site andalou, et coproduite par Gédéon Expériences. Son commissariat est confié à Barbara Boloix, de l’université de Grenade, et à Agnès Carayon, chargée d’expositions à l’Institut du monde arabe. Plus d’une centaine d’œuvres y sont réunies et le parcours alterne salles d’objets et séquences immersives, dosage que peu d’expositions parisiennes parviennent à maintenir sans que l’un écrase l’autre.
Le sujet ne manque pas de public. L’Alhambra reste le monument le plus fréquenté d’Andalousie et seul la Sagrada Familia attire davantage de monde en Espagne. L’exposition propose de retrouver l’état d’origine du palais en suivant trois fils conducteurs : l’eau, le jardin et l’image du pouvoir.

L’Alhambra nasride, une forteresse face à la Castille
L’Alhambra est d’abord une place forte ceinte de murs épais et de tours qui abritait une garnison permanente. Federico García Lorca n’y voyait, de l’extérieur, qu’un assemblage austère de volumes cubiques, sans rapport avec le luxe des salles intérieures.
Cette sobriété a ses raisons. L’émirat nasride vit sous la menace. Vassal du royaume de Castille, il perd du terrain face aux royaumes chrétiens voisins. Son allié naturel, le sultanat mérinide de Fès, entretient des troupes en permanence sur son sol, un appui précieux qui prend parfois des airs de tutelle. Grenade finira par tomber en 1492, prise par les souverains de Castille et d’Aragon, mettant ainsi fin à deux siècles de prospérité.
L’exposition remet donc la guerre au premier plan. Elle s’attarde sur les peintures de la Casita del Partal, encore peu connues du grand public. Exécutées à la détrempe sur stuc, elles se lisent sur trois registres superposés : la chasse en bas, le butin et le retour au campement au centre, et le banquet en haut. Ces scènes renseignent sur les vêtements et les réjouissances de la cour et contredisent l’idée reçue d’un art islamique dépourvu de figures humaines.
Des armes de premier ordre sont présentées à côté, dont une épée attribuée à Boabdil, le dernier sultan de Grenade, et une adarga nasride rare, ce bouclier de cuir en forme de cœur, prêté par le Kunsthistorisches Museum de Vienne. Une paire d’étriers en alliage de cuivre doré et émaillé provenant de la Furusiyya Art Foundation complète l’ensemble.

La fontaine des Lions, douze sculptures et cinq siècles de transformations
La fontaine des Lions de l’Alhambra, installée sous le règne de Muhammad V, a été modifiée à plusieurs reprises après la conquête chrétienne. C’est elle qui a donné son nom au palais qui l’entoure. Douze lions de marbre portent une vasque gravée d’un poème d’Ibn Zamrak, vizir et poète de la cour. Le texte la décrit, mais avec une précision toute relative, si bien que les chercheurs avancent encore des hypothèses sur son apparence à l’époque nasride.
L’original reste à Grenade. À Paris, c’est autour d’une copie que se déploie une séquence immersive consacrée à la variété des lions, au poème et à la symétrie de la cour. Une série de photographies montre surtout comment les restaurateurs, depuis le XIXe siècle, ont modifié l’aspect des lieux au gré de leurs interprétations. Instructif.
La fontaine sert également de point de départ pour aborder le thème de l’eau. Sur la colline de la Sabika, rien ne pousse sans elle. Fontaines, bassins et réservoirs dépendaient de l’Acequia Real, un canal alimenté par des norias qui acheminait l’eau sur plusieurs kilomètres.

Les trois écritures de l’Alhambra racontent le pouvoir des sultans
À l’Alhambra, les inscriptions font partie intégrante de l’architecture, ce que les commissaires appellent l’« architexture ». Le mot est juste. La devise de la dynastie y côtoie des versets du Coran, des formules pieuses et des poèmes à la gloire du sultan bâtisseur. La devise nasride, « Il n’y a de vainqueur que Dieu », se répète à l’infini sur les stucs et les plafonds. Certains textes présentent même le palais comme la fiancée du sultan.
Trois écritures se partagent les surfaces : le coufique anguleux, le cursif plus souple et des calligrammes architecturaux que l’on ne trouve qu’à Grenade. L’exposition en présente des exemples sur céramique, sur bois et sur textile. Des poèmes sont lus à voix haute pour faire entendre ce que disent les murs.
Alicatados et muqarnas, la géométrie au cœur des palais nasrides
Les artisans nasrides ont privilégié l’abstraction géométrique, fondée sur la rotation, la symétrie et la répétition d’un motif de base. Pas d’image divine, pas d’imitation de la création, mais une rigueur mathématique sans faille. Le motif pivote, se reflète et se répète, engendrant des formes nouvelles qui s’adaptent à toutes les surfaces, du soubassement à la coupole. Cette répétition infinie traduit la présence divine jusque dans le moindre détail.
Ce principe s’applique à plat avec les alicatados, ces panneaux de céramique découpés puis assemblés. Il s’applique également en volume avec les muqarnas, ces alvéoles de stuc qui ornent les voûtes du palais.
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La cour de Muhammad V entre influences gothiques et arts islamiques
Malgré la menace militaire, l’émirat nasride entretenait des échanges artistiques avec Fès, mais aussi avec la Castille et l’Aragon, au gré des alliances. Un royaume menacé n’est pas un royaume fermé. Muhammad V, attentif à la culture de ses voisins chrétiens, fait peindre les voûtes de la salle des Rois sur cuir, dans le style gothique international alors partagé par les cours de la péninsule Ibérique.
L’admiration circule aussi en sens inverse. Les princes chrétiens d’Espagne et d’Europe s’arrachent les céramiques et les soieries de Grenade. Un bol en faïence prêté par le Metropolitan Museum of Art de New York, sur lequel un cavalier transperce un serpent, rappelle que cette réputation plonge ses racines plus loin. Probablement produit à Málaga entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, avant même la fondation de l’émirat nasride en 1238, il témoigne d’un savoir-faire céramique dont Grenade fera l’un de ses fleurons.
Le mawlid de 1362 fait revivre les fastes de la cour nasride
Les chroniques de Grenade décrivent les grandes fêtes du palais, dont le mawlid de 1362 qui célébrait la naissance du Prophète. Avant de quitter le palais, le parcours s’attarde sur ces réjouissances, mais aussi sur les mariages princiers et les circoncisions des fils du sultan. Chroniques et recueils de poésie en détaillent les invités, leurs parures, les plats servis, la vaisselle et le décor. L’exposition reconstitue même l’automate présenté lors du mawlid de 1362.
Les plus beaux objets des meilleurs ateliers étaient sortis pour ces occasions. L’exposition quitte alors l’architecture pour s’intéresser aux hommes et aux femmes qui vivaient au palais, ainsi qu’à leur environnement. On y croise notamment un coffret en bois incrusté d’ivoire de la fin du XVe siècle, prêté par la galerie Alexis Renard, ou une grande jarre nasride du XIVe siècle à glaçure verte, venue du musée des Beaux-Arts de Lyon. Des pièces d’usage d’un raffinement rare.

Le Jardin heureux de l’Alhambra renaît à travers les sons de Grenade
C’est dans le jardin que s’achève la visite. Le palais des Lions portait d’ailleurs à l’origine un autre nom : Riyad al-Sa’id, « le Jardin heureux ». Les poèmes gravés sur ses murs comparent les salles à des parterres fleuris. Le vocabulaire varie : jannat, riyadh, bustan, et renvoie aussi bien au paradis coranique qu’aux jardins terrestres.
Ces jardins existaient bel et bien. Certains servaient à l’agrément, d’autres à nourrir la cour. Le bruit de l’eau, l’odeur des plantes, les oiseaux, les fruits : tout était pensé pour le plaisir du promeneur.
Pour restituer cette atmosphère, l’Institut a fait appel à l’artiste sonore Cheb Runer, fin connaisseur du patrimoine arabo-andalou. Il a passé une nuit entière dans les jardins de Grenade pour en enregistrer les sons. Son installation, qui sollicite l’ouïe comme l’odorat, s’appuie sur ces enregistrements et allie lecture personnelle et respect des connaissances scientifiques.

Exposition Alhambra à Paris, dates et informations pratiques
L’exposition « Les secrets de l’Alhambra » est ouverte du 24 novembre 2026 au 16 mai 2027 à l’Institut du monde arabe, situé dans le 5e arrondissement de Paris. Elle couvre les vacances de Noël et d’hiver, de quoi la caler entre deux week-ends gris. L’IMA se trouve au 1, rue des Fossés-Saint-Bernard (métro Sully-Morland ou Cardinal-Lemoine). L’entrée est payante, avec billetterie et horaires disponibles sur le site de l’IMA. Prévoyez du temps, la visite gagne à se faire sans hâte.
Des rencontres, projections, ateliers et spectacles accompagneront l’exposition tout au long de la saison, et le programme complet est disponible en ligne sur le site de l’IMA.
D’après le parcours présenté par l’IMA, l’exposition vise l’équilibre que ratent la plupart des expositions immersives : de vrais objets prêtés par Vienne, New York ou Lyon, et le numérique pour faire comprendre ce qu’on ne peut plus voir. Raison suffisante pour passer par le 5e arrondissement avant de reprendre un billet pour Grenade.
Les secrets de l’Alhambra
(Du 24 novembre 2026 au 16 mai 2027)
Institut du monde arabe
1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e



