L’histoire secrète et la folle destinée du trophée de la Coupe du monde

Six kilos d'or. Un symbole reconnu sur tous les continents. Derrière cette silhouette devenue iconique se cache une histoire bien plus mouvementée qu'il n'y paraît.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
8 Minutes de lecture
© Photo : FIFA

Certains objets dépassent leur propre matière. Le trophée de la Coupe du monde en fait partie. Six kilos d’or massif, trente-six centimètres de hauteur, et pourtant quelque chose d’indescriptible qui fait trembler les plus grands champions du monde lorsqu’ils le soulevent. Depuis 1974, cette statuette imaginée par un artiste milanais discret règne sur le football planétaire. Son histoire mérite qu’on s’y attarde.

Le jour où le Brésil a forcé la FIFA à réinventer son trophée

Tout commence au Mexique, en été 1970. Le Brésil de Pelé remporte alors son troisième titre mondial. Trois victoires. Un règlement implacable s’applique alors : le premier pays à remporter trois fois la Coupe du monde conserve le trophée à jamais. C’est Jules Rimet, visionnaire et ancien président de la FIFA, qui avait établi cette règle décisive. La Seleção repart donc avec la statuette originale sous le bras et la FIFA se retrouve face à un vide. Elle n’a plus de trophée à remettre.

La fédération lance alors un concours international. Cinquante-trois propositions sont reçues de sept pays différents. Le choix se porte finalement sur l’œuvre d’un sculpteur milanais peu connu du grand public : Silvio Gazzaniga.

Silvio Gazzaniga, l’artiste qui a redessiné la gloire

Il travaille alors pour la société Stabilimento Artistico Bertoni, à Milan. Sa mission est claire, mais ambitieuse : créer quelque chose de radicalement nouveau. Son fils, Giorgio, a confié à The Athletic en 2022 : « Le trophée Jules Rimet était une expression de l’Art nouveau. Mon père voulait donner une nouvelle version de l’esprit de l’art au XXe siècle. »

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Gazzaniga ne copie rien. Il repart de zéro. Il imagine deux silhouettes humaines aux bras levés, tenant ensemble un globe terrestre. Deux joueurs. Deux équipes qui s’affrontent, puis l’une d’elles qui triomphe. Ce geste vers le ciel, c’est la joie pure de la victoire. Selon ses propres mots, « l’idée était de symboliser l’effort, le dynamisme et l’exaltation de l’athlète au moment de la victoire ». Chaque détail compte. Le globe brille, mais la base du trophée reste mate, comme pour rappeler que la gloire ne se donne pas, elle se conquiert.

La statuette est officiellement présentée le 5 avril 1971 par Sir Stanley Rous, alors président de la FIFA. Elle est mise en jeu pour la première fois lors de la Coupe du monde 1974 en Allemagne de l’Ouest, remportée par l’équipe d’Allemagne de Beckenbauer devant les Pays-Bas.

Les caractéristiques qui rendent ce trophée unique

Ce trophée est une véritable pièce d’orfèvrerie. L’extérieur est en or 18 carats. La statuette mesure précisément 36 cm et pèse 6,142 kg. À l’époque, son coût de fabrication s’élevait à environ 7 690 livres sterling, soit l’équivalent de 98 500 livres en valeur actuelle.

Deux anneaux de malachite verte entourent vingt espaces rectangulaires destinés à accueillir les noms des nations victorieuses à sa base. Vingt cases. Ce qui mène mathématiquement jusqu’à l’édition 2030 de la Coupe du monde. Personne à la FIFA ne vous dira officiellement si un nouveau trophée sera créé après cela – dans les couloirs de Zurich, on n’aime pas trop ce genre de question.

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Son nom officiel est d’une sobriété déconcertante : FIFA World Cup Trophy. Pas de poésie dans l’étiquette. Toute la poésie réside dans l’objet lui-même.

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Un symbole protégé par des règles d’exception

Toucher le trophée de la Coupe du monde n’est pas donné à tout le monde. La FIFA a établi des règles très strictes à ce sujet : seuls les vainqueurs des tournois, certains membres de la fédération et les chefs d’État sont autorisés à le toucher. C’est là que réside toute la valeur symbolique de ce bout de métal doré. On ne soulève pas la Coupe du monde par hasard.

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Jusqu’en 2006, les champions du monde avaient le droit de conserver le trophée original pendant quatre ans. Ce temps béni est révolu. Depuis, la FIFA récupère l’original dès la fin de la cérémonie et offre une réplique aux vainqueurs. Le vrai trophée est quant à lui exposé en permanence au siège de la FIFA, à Zurich.

Quand le rituel sacré a été bousculé au Qatar

Décembre 2022, finale de la Coupe du monde au Qatar. L’Argentine bat la France aux tirs au but dans l’un des matchs les plus fous de l’histoire du football. Sur la pelouse du stade Lusail, un homme surgit au milieu des célébrations argentines. Nusret Gökçe, alias Salt Bae, un chef cuisinier turc devenu célèbre sur les réseaux sociaux pour sa façon spectaculaire de saler la viande, s’empare du trophée. Il le caresse, le brandit et se fait photographier avec.

Les images font le tour du monde en quelques heures. Mais pas pour les bonnes raisons. Non seulement il a perturbé la fête des champions, mais il a également violé de façon flagrante les statuts de la FIFA. La fédération a ouvert une enquête. Dans un communiqué cité par la BBC, un porte-parole de la FIFA déclare : « À la suite d’un examen, nous avons établi que des individus avaient eu un accès inapproprié au terrain après la cérémonie de clôture, le 18 décembre. Une action interne appropriée sera prise. » Selon des médias sud-américains, Salt Bae aurait finalement été banni des prochaines éditions de la Coupe du monde.

Cet incident a révélé quelque chose d’important : ce trophée n’est pas qu’un objet de prestige. Il est le gardien d’un rituel sacré auquel supporters et dirigeants tiennent à préserver.

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Le précédent Jules Rimet continue de hanter la FIFA

L’histoire du premier trophée est nettement moins reluisante. La Coupe Jules Rimet, qui représentait Niké, la déesse grecque de la Victoire, sur un socle en lapis-lazuli, avait en effet été volée une première fois à Londres en 1966, puis retrouvée dans un buisson par un chien nommé Pickles. Après que le Brésil l’a définitivement conservée en 1970, elle a été dérobée à nouveau en 1983 lors d’une exposition à Rio de Janeiro. Elle n’a jamais été retrouvée. Selon toute vraisemblance, elle a été fondue pour la valeur de son métal.

Voilà pourquoi le trophée de Gazzaniga ne quitte plus le coffre-fort de la FIFA. On ne commet pas deux fois la même erreur.

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