Junya Watanabe MAN signe un printemps 2027 où le bling devient un langage de haute couture

Sous les chaînes, les perles et les logos se cache une réflexion bien plus profonde. Junya Watanabe MAN déplace les frontières du luxe sans jamais perdre son exigence.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
8 Minutes de lecture

Le tracksuit a envahi les podiums ce printemps et Junya Watanabe MAN en a fait le cœur de son défilé. Pas n’importe comment. Avec une volonté frontale, presque jouissive, de court-circuiter les hiérarchies établies du vestiaire masculin. La collection s’intitule « BLING BLING BLING ». Le ton est donné.

Junya Watanabe MAN signe un printemps 2027 où le bling devient un langage de haute couture
© Photo : Junya Watanabe MAN

Watanabe présentait ses créations au Trianon, une salle de concert parisienne, le 26 juin dernier, dans une semaine où les marques japonaises ont maintenu une présence particulièrement forte lors de la Paris Fashion Week Men’s, avec notamment Comme des Garçons Homme Plus, Sacai, Kolor, doublet et lui-même. Ce matin-là, on n’est pas venu assister à un défilé. On est venu assister à une démonstration de force, à un acte de résistance habillé en survêtement.

La collaboration centrale de la saison est celle avec Kappa, marque turinoise fondée en 1916 dont le logo emblématique, l’Omini (les silhouettes dos à dos d’un homme et d’une femme nus), a été décliné avec générosité et sans complexe sur les manches, les jambes de pantalon et les capuches. Créé par accident en 1969 lors d’un shooting pour une marque de maillots de bain, ce logo a quelque chose de subversif dans sa nudité affichée. Watanabe le sait. C’est pour cette raison qu’il l’a choisi. Ou peut-être pas. Avec lui, on ne sait jamais exactement. C’est là une partie du plaisir.

Junya Watanabe MAN signe un printemps 2027 où le bling devient un langage de haute couture
© Photo : Junya Watanabe MAN

Pour cette collection, Watanabe a mobilisé plus d’une douzaine de collaborateurs, dont d’anciens complices comme Levi’s, Carhartt, New Balance et le cordonnier allemand Heinrich Dinkelacker, mais aussi de nouveaux partenaires comme Union LA et Kappa. Seize marques. Un seul regard suffit. Ce n’est pas de la confusion, c’est de la méthode.

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Le fil rouge ? Le hip-hop des années 1980. Ou plutôt le souvenir de cette époque, vu à travers le prisme d’un Japonais qui déconstruit depuis des décennies les codes du vestiaire occidental. Les chaînes en or pleuvaient sur les vestes de survêtement. Des perles venaient s’y glisser, un geste anachronique et parfait. On pensait à Run-DMC portant des adidas sans lacets et des chaînes en or sur scène. Le geste était le même, l’intention un peu différente.

📌 Repères clés
👔 Collection — Junya Watanabe MAN printemps 2027 présentée à Paris.
✨ Inspiration — Hip-hop des années 1980 et esthétique bling revisitée.
🤝 Collaborations — Kappa, Levi’s, New Balance, Carhartt, Kota Okuda et plusieurs partenaires majeurs.
🧵 Signature — Tailoring déconstruit, sportswear premium et accessoires transformés en objets d’art.
🎯 À retenir — Une réflexion ambitieuse sur les nouveaux codes du luxe masculin.
Junya Watanabe MAN signe un printemps 2027 où le bling devient un langage de haute couture
© Photo : Junya Watanabe MAN

Les casquettes ont concentré l’essentiel de l’attention. Watanabe s’est associé au bijoutier japonais Kota Okuda pour les transformer en œuvres d’art portables. Broches géantes, petites couronnes, épingles de sûreté, fausse monnaie, chaînes traversant le bord de la visière : chaque exemplaire était unique, probablement non commercialisable, mais forcément désirable. Les modèles comportaient des logos de clubs de baseball américains : les Tigers de Détroit, les Astros de Houston et les Athletics d’Oakland. D’autres étaient estampillés DHL. Le commentateur averti y a vu une référence à la première période de VETEMENTS quand Demna Gvasalia faisait de la livraison une métaphore du luxe. Watanabe, lui, livre ses messages à sa manière : sur la visière d’une casquette, en lettres capitales : « JW MAN ».

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La taille des lettres, la hauteur du logo — tout cela, c’est la grammaire du bling. Ce terme, issu de la culture afro-américaine, popularisé par le hip-hop, puis adopté par la mode globale, désigne l’ostentation décorative poussée à l’extrême. Watanabe n’en fait pas la satire. Il n’en fait pas non plus la célébration naïve. Il l’analyse, la retourne, la recompose.

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Junya Watanabe MAN signe un printemps 2027 où le bling devient un langage de haute couture
© Photo : Junya Watanabe MAN

Les vêtements eux-mêmes méritaient qu’on s’y attarde. Des survêtements en tissu bouclé, parfois ornés de faux billets de banque. Des coupes napolitaines et de la chemiserie importées de chez Luigi Borrelli, Guy Rover et Maria Santangelo, détournées et cousues dans de nouvelles silhouettes aux accents sportswear. Des Levi’s 501 retournés, avec les poches dans le dos. Des chaussures New Balance et Tricker’s utilisées non pas pour les pieds, mais pour définir les lignes d’épaule. Watanabe a toujours aimé prendre un objet là où on l’attend le moins.

La déconstruction s’est étendue aux vestes de tailleur, qui semblaient sorties de Savile Row ou de la rue Cambon, et qui ont été transformées en écharpes, étoles ou cages décoratives à porter par-dessus un survêtement. C’est ce genre de geste qui rappelle pourquoi Watanabe reste une référence dans le prêt-à-porter masculin contemporain. Il prend le sacré, lui fait faire un grand écart, et montre que ça tient.

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© Photo : Junya Watanabe MAN

Il y avait également, portés avec une ironie tranquille, des clins d’œil à la culture chav britannique des années 1990. Baskets blanches, logo Kappa surdimensionné sur les manches et les jambes. Ce sous-entendu-là ne manquait pas de sel. La marque Kappa a justement accompagné les sous-cultures urbaines européennes depuis les années 1980, adoptée aussi bien par les supporters de football que par les musiciens indé britanniques, avant d’être récupérée par les créateurs de mode. La boucle est bouclée. Watanabe l’a fermée avec des pinces dorées.

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Faut-il tout porter dans la vraie vie ? Probablement pas. La casquette DHL ornée de chaînes et de fausses couronnes de diamants requiert un certain niveau de conviction personnelle. Mais ce n’est peut-être pas le bon angle d’approche. Ce défilé ne visait pas à équiper des garde-robes. Il cherchait à poser une question : où se trouve la frontière entre l’élégance et la vulgarité, et qui est chargé de la tracer ? Watanabe ne répond pas. Il préfère créer le territoire où la question peut exister.

La collection printemps 2027 de Junya Watanabe MAN est, à cet égard, l’une des plus stimulantes de la semaine de la mode parisienne. Pas la plus portable. Pas la plus commerciale. Mais certainement la plus honnête dans ses ambitions.

Junya Watanabe MAN signe un printemps 2027 où le bling devient un langage de haute couture
© Photo : Junya Watanabe MAN
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© Photo : Junya Watanabe MAN
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© Photo : Junya Watanabe MAN
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© Photo : Junya Watanabe MAN
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© Photo : Junya Watanabe MAN
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© Photo : Junya Watanabe MAN
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© Photo : Junya Watanabe MAN
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